Coop de Saint-Bonnet : le petit Poucet sur les traces du renouveau

Patricia Olivieri

Daniel Fruquière et Jean-Pierre Lafeuille fiers de faire déguster leur cantal AOP au lait cru.

Alors que la coopération laitière française se regroupe en mastodontes de dimension internationale, la petite coopérative de Saint-Bonnet-de-Salers a fait le choix de l’indépendance.

C’est une double miraculée : sauvée une première fois d’une salmonellose qui l’a obligée à l’été 2001 à détruire une bonne partie de ses stocks, une décennie plus tard la coopérative fromagère de Saint- Bonnet-de-Salers a bien failli être sacrifiée sur l’autel de la restructuration industrielle par le groupe 3A avec lequel un partenariat avait dû être conclu en 2002. Un mariage de raison qui devait les unir jusqu’au 1er avril 2012 mais que Daniel Fruquière, le jeune président qui a repris les rênes de l’outil en 2006, et son équipe, ont dénoncé avant l’échéance. “Ils allaient fermer le site”, se rappelle Claude Daubizit, un des vice- présidents. “On a reçu en conseil d’administration les responsables de 3A qui nous ont annoncé leurs intentions et laissé un mois de réflexion”, complète Daniel Fruquière. Le soir-même les administrateurs de la petite coopérative qui transforme les 7,5 millions de litres de ses 64 adhérents décident de reprendre leur liberté et de continuer une aventure débutée en 1956 sous l’impulsion de MM. Labourel, Chevalier, Raymond, Frutière, Freyssinier.

Des producteurs au four et au moulin
Si les administrateurs savent alors pouvoir compter sur le soutien de la communauté de communes du pays de Salers, avec laquelle un projet d’atelier relais est déjà en cours de réflexion, Jean-Pierre Lafeuille, un autre solide appui du président, concède aujourd’hui avec le recul “qu’il fallait être un peu bargeots.” Car l’équipe va repartir de zéro : pas de ligne de trésorerie, des camions de ramassage qui n’avaient pas tourné depuis dix ans, des débouchés commerciaux à recréer, des sites d’affinage complémentaires à trouver... “On s’est mis d’accord avec 3A le 22 septembre 2011 pour reprendre l’activité le 1er octobre”, relève le président assurant aussi les tâches de direction. Heureusement la coop a repris une partie de son personnel (fabrication et ramassage) et embauché immédiatement une responsable qualité. Les premiers mois sont difficiles : faute d’un outil suffisamment dimensionné, une partie seulement du lait est traité sur place, une autre chez les voisins de Bouriannes et une autre encore vendue sur le marché spot... à 180 €/ 1 000 litres en février 2012. Impossible de continuer dans ces conditions, d’autant que des problèmes liés au grand froid en février 2012 mettent fin au partenariat avec Bouriannes. Il faut alors partir en quête d’un nouveau site d’affinage pour les fourmes : ce sera un tunnel à Ydes, où, pendant six mois, Claude Daubizit, producteur retraité, va se rendre deux fois par semaine avec son épouse pour essuyer 600 pièces... Un dévouement des membres du bureau qui va même les conduire à apporter de leur poche le produit manquant pour assurer la paie du lait aux producteurs. Il y a quelques semaines, les 27 et 28 décembre, ils se sont encore retrou­vés pour peser tous les fromages en cave - soit 2 600 pièces - en vue d’instaurer une comptabilité matière. 

Une nouvelle ère en juin
“Ce qui nous sauve et nous sauvera, c’est qu’on est une équipe soudée de paysans, on s’entend bien. Sur les 64 producteurs, on a un gros noyau de personnes motivées, prêtes à donner un coup de main en cas de coup dur”, déclarent les trois responsables soulignant en outre l’investissement remarquable des salariés. Bilan de ces deux années d’autonomie : “On n’est pas plus pauvres qu’il y a deux ans, sourient-ils. On a une situation financière saine, pas d’emprunt. Le résultat de 2012 n’a certes pas été bon mais 2013 est à l’équilibre même si la coopérative va devoir faire une croix sur une créance de feue sa voisine mauriacoise. “Et on a 576 000 € de stocks de fromages, sachant qu’on va probablement en manquer... Malgré des locaux vieillissants, on arrive à sortir un fromage de qualité, reconnu, et aujourd’hui de gros affineurs tapent à la porte”, ajoute le président. Ce dernier se félicite également du chiffre d’affaires croissant de la boutique située à l’entrée de l’outil (280 000 € en 2013), “sachant qu’on ne peut pas encore accueillir de cars”. D’ici la prochaine saison estivale ce sera possible. Car Saint-Bonnet-de-Salers va véritablement ressusciter dans de nouveaux locaux attenants à son bâtiment historique. Il ne reste plus à présent que le matériel de fabrication et maturation à transférer et les chaînes de froid et de chaleur à installer pour lancer la fabrication dans ce nouvel outil dans le cadre de l’atelier relais rendu possible par l’appui du pays de Salers, de la commune et les subventions d’un Pôle d’excellence rurale (PER). Si tout va bien, en juin, l’équipe de fromagers prendra ses marques sur une nouvelle chaîne de fabrication. Une véritable révolution pour les salariés habitués à des locaux sur deux étages devenus vétustes et un nouveau départ pour la coop.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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