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Des choix politiques francs pour enfoncer les sillons d’une Pac juste

Patricia Olivieri

Dans le cadre de la finale régionale de labour, dimanche à Andelat, les responsables du Massif central ont appelé à une Pac tournée vers l’élevage de montagne.

Bien évidemment ce dimanche 1er septembre sur les terres encore ensoleillées de la Planèze sanfloraine, l’heure était bien plus à la communion de la grande famille agricole autour des sillons du labour, à la célébration d’un savoir-faire ancestral mis à l’honneur par la jeune génération et à une forme d’insouciance autour de l’arène des vachettes où se risquaient les intrépides d’un jour  (lire nos pages 14 et 15). Une vitrine festive qui n’enlève rien au message syndical porté par les responsables agricoles du Massif central (JA, FDSEA, chambres d’agriculture) et du Berceau des races à viande à l’aube de la dernière ligne droite qui verra posés les derniers jalons de la réforme de la Politique agricole commune.

Légende : Le 26 août, les responsables du Berceau des races à viande ont exposé leurs revendications à la conseillère agricole de François Hollande.

“Plus vous avez d’herbe, moins vous avez de revenu”

Des revendications à l’ordre du jour d’une conférence de presse tenue dimanche matin, quelques jours seulement après une rencontre des responsables du Berceau des races à viande avec Valérie Métrich-Hecquet, conseillère agricole de François Hollande, qui a confirmé que les décisions franco-françaises se prendraient d’ici la fin du mois de septembre, au plus tard début octobre. “Nous sommes dans un contexte en élevage où, en gros, plus vous avez d’herbe, moins vous avez de revenu, a rappelé Patrick Bénézit, président de la FDSEA du Cantal. La situation est claire, les pouvoirs publics connaissent nos revenus et les banquiers ne nous suivront pas longtemps à cette allure. Le récent accord européen sur la Pac a ouvert des possibilités.  Il appartient maintenant à l’État français de les mettre en œuvre à 100 %.” Et le coordinateur du Berceau des races à viande de lister les quatre axes majeurs de la réforme tels qu’arrêtés en juin dernier à l’issue des trilogues européens. Du côté de la convergence des aides, effective à plein en 2020, “globalement, ça ne va rien ramener à nos zones. Au contraire, ça peut pénaliser certaines exploitations disposant de montants de DPU(1) élevés”. La surprime des 50 premiers hectares ? “Ça va limiter la casse de la convergence sur des exploitations de petite taille, a estimé Patrick Bénézit. Là encore, à l’échelle de la ferme Cantal, ça ne va pas ramener plus d’argent.” Concernant la possibilité donnée aux États membres de recoupler un certain nombre de soutiens directs, les estimations financières concluent “grosso modo à une enveloppe similaire à ce que nous avons actuellement, avec un volant potentiel de 50 à 100 millions d’euros supplémentaires dont nous demandons à ce qu’il soit fléché au maximum et spécifiquement vers les productions animales fragiles : vaches allaitantes, ovins et caprins, productions laitière et porcine en montagne, avec une reconnaissance de l’actif. Mais ça ne va pas conduire non plus à une revalorisation conséquente de ces soutiens”.

L’ICHN(3), seul levier de redistribution

Reste donc un volet de la Pac : la politique de la montagne. “C’est le seul moyen pour nous de réorienter les aides vers l’élevage de nos régions via la compensation des handicaps naturels”, ont affiché unanimement Patrick Bénézit, Jacques Chazalet, président de la FRSEA Massif central, Patrick Escure, président de la FNSEA Auvergne et son benjamin des JA, Jérémy Leroy. “Les dispositions budgétaires et réglementaires obtenues par le Président de la République à Bruxelles permettent de revaloriser fortement les ICHN(3) - que ce soit en zones de montagne ou défavorisées - tout en augmentant les surfaces éligibles”, ont-ils assuré. Concrètement, l’UE a donné son feu vert à un relèvement du plafond des ICHN à hauteur de 450 €/ha (250 € en zones défavorisées) avec un maxima en surfaces porté de 50 à 75 ha, et un cofinancement communautaire réhaussé de 55 à 75 %. En clair, sans accroître son enveloppe nationale, l’État français a les moyens d’augmenter substantiellement les ICHN, “créées en 1973 comme la Dotation jeune agriculteur pour conserver des agriculteurs sur tous les territoires fragiles”, a glissé Patrick Escure. Un enjeu toujours pleinement d’actualité, ont fait valoir les syndicalistes : “Pour atteindre ne serait-ce que la moyenne nationale des revenus agricoles (NDLR, 30 000 € annuels par actif agricole non salarié), il nous manque 10 000 €. On peut bien travailler sur la hausse des prix de nos produits, sur la baisse de nos charges mais la plus  grosse partie ne pourra venir que d’une revalorisation de ces soutiens”, a martelé le président de la FNSEA Auvergne. Revendication jugée d’autant plus légitime que l’élevage à l’herbe doit absorber l’inflation du prix des céréales et autres protéagineux et que “Bruxelles nous a condamnés à rester dépendants de ces approvisionnements extérieurs en maintenant l’obligation de non retournement de 95 % de nos prairies naturelles”.  “C’est un vrai choix politique que nous attendons, pas de demi-mesure”, ont conclu les représentants des éleveurs.
(1) Droit à paiement unique. (2) Prime au maintien des troupeaux de vaches allaitantes. (3) Indemnité compensatoire de handicaps naturels.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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