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En Corse, les marges de progrès technique sont grandes

Bernard Griffoul - Réussir Pâtre Octobre 2013

En Corse, les marges de progrès technique sont grandes
Quel que soit le système d’élevage, pastoral ou fourrager, des marges de progrès sont possibles pour accroître la production de lait par brebis. © B. Griffoul

La production laitière corse est en déclin. La diffusion de la génétique et l’autonomie fourragère sont les deux leviers techniques qui peuvent la redynamiser.

Quatre systèmes étudiés

En Corse, les marges de progrès technique sont grandes

Dans les élevages pastoraux, les surfaces pastorales occupent plus de 40 % de la surface exploitée et dans les élevages fourragers les prairies et cultures fourragères représentent plus de 60 % de la surface totale. Pour les premiers, le seuil entre faible et forte complémentation se situe à 80 kg d’aliments distribués par brebis. Quant aux seconds, la répartition entre semi-intensifs et intensifs se fait sur les prairies cultivées et les cultures fourragères avec un seuil à 40 % de la surface totale. p

Personne, en Corse, ne le nie : la situation de la filière lait de brebis est inquiétante. Au cours des cinq dernières campagnes, la collecte de lait a chuté de 1,8 million de litres pour tomber à un peu moins de 6 millions. Ce lait perdu doit être acheté dans d’autres bassins pour satisfaire les besoins de transformation. La filière n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour inciter les producteurs à produire davantage, en s’appuyant notamment sur une « plan d’amplification » qui a permis de développer, en partenariat avec les chambres d’agriculture et l’organisme de sélection de la race corse et le soutien financier de FranceAgriMer, un service d’appui technique auprès des éleveurs.

Les résultats économiques directement liés au lait par brebis

L’interprofession laitière ovine et caprine de Corse (Ilocc) vient de publier la synthèse des résultats des élevages en appui technique pour l’année 2012. Des résultats extrêmement contrastés qui révèlent à la fois l’étendue des difficultés, avec des exploitations peu productives, peu autonomes et utilisant peu le progrès génétique, mais aussi le potentiel pour redynamiser la production : des producteurs, dont les résultats technico-économiques n’ont rien à envier à ceux des deux autres bassins laitiers, montrent que les marges de progrès sont grandes.
Sur les 400 producteurs, 150 sont en appui technique : 32 % en contrôle laitier officiel (CLO), 23 % en contrôle simplifié (CLS) et 45 % en appui simple. Ces cheptels sont de taille supérieure à la moyenne — 300 brebis présentes à la mise bas contre 200 pour l’ensemble des élevages — et produisent davantage de lait par brebis (133 litres en CLO et jusqu’à 200 litres dans certaines exploitations contre moins de 100 litres pour l’ensemble des éleveurs). Mais ces moyennes cachent de grandes disparités. En enlevant les chiffres les plus extrêmes, la taille des troupeaux varie de 130 à 470 brebis et la production par brebis de 64 à 158 litres. Les volumes de lait produit par exploitation sont par conséquent tout aussi hétérogènes : si la moyenne se situe à 30 000 litres, ils varient de 16 000 litres pour les élevages pastoraux distribuant peu de fourrages, jusqu’à 55 000 litres pour les élevages fourragers intensifs. C’est l’une des caractéristiques de l’élevage ovin lait en Corse : la très forte diversité des systèmes de production, selon la place accordée aux cultures fourragères et aux surfaces pastorales.
Il n’en reste pas moins que les résultats économiques des exploitations sont directement liés au lait produit par brebis. Parmi les livreurs, le tiers des cheptels les moins productifs (60 l/brebis) dégage une marge sur coût alimentaire de 47 euros par brebis contre 140 euros pour le tiers des plus productifs (154 l/brebis), pour une moyenne de 94 euros. « Quand la production de lait augmente de 10 litres par brebis, la marge sur coût alimentaire progresse de près de 10 euros en moyenne chez les livreurs et de plus de 25 euros chez les fromagers fermiers », indique l’Institut de l’élevage.

Développer l’insémination artificielle et la synchronisation des chaleurs

L’enjeu des producteurs est donc d’accroître la productivité des brebis, autant pour améliorer leur revenu que pour approvisionner les entreprises. « Pour stabiliser la production, il faudrait augmenter de 20 % la production de lait par brebis sur l’ensemble des élevages et accroître le nombre d’installations de 30 % pour compenser les départs à la retraite », indique Laure Prieur, directrice de l’interprofession. Les résultats d’appuis techniques confirment les deux leviers qui pourraient permettre d’accroître cette productivité : la diffusion du progrès génétique et une meilleure autonomie alimentaire.
Le recours à la synchronisation des chaleurs et à l’insémination artificielle (IA) reste très limité. Seuls les éleveurs en contrôle laitier officiel ont recours à l’IA, mais pour seulement 43 % des brebis adultes en moyenne. Les élevages hors contrôle n’utilisent aucune des deux pratiques. « Ces techniques de reproduction mériteraient d’être développées, d’une part pour la création du progrès génétique dans les élevages du noyau de sélection et pour sa diffusion dans les autres élevages, mais également pour avoir un meilleur groupage des mises bas », rappellent les organismes d’appui technique. « Le coût de l’IA n’est pas le principal frein à son utilisation, précise Laure Prieur. Mais, c’est une technique de reproduction qui n’a pas bonne presse auprès des éleveurs hors schéma de sélection. »

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Les besoins pour structurer les exploitations sont importants. Le plan traite a permis à une centaine de producteurs de réaliser un investissement sur le bloc traite. © B. Griffoul

Produire davantage de fourrages en Corse

Les fourrages sont l’autre grand défi. Les systèmes d’élevage laissent une grande place au pâturage. Peu de fourrages sont distribués (100 kg/brebis en moyenne) comparativement aux autres bassins laitiers. Mais 40 % (pour les livreurs) à 50 % (fermiers) de ces fourrages sont achetés. Et payés au prix fort car ils proviennent souvent du continent (267 €/t de MS pour le foin de graminée ou luzerne, 334 € pour le foin de Crau). Les concentrés (106 kg/brebis en moyenne) sont également achetés en quasi totalité. Ces achats génèrent des charges d’alimentation élevées (52 €/brebis). « C’est un des freins au développement de la production car, vu le coût des aliments, les éleveurs ont tendance à limiter leur utilisation, analyse Emmanuel Morin, de l’Institut de l’élevage. Dans un contexte de prix des aliments élevés, la maîtrise des charges d’alimentation ne doit pas entraîner une diminution de la production laitière qui reste un levier très important d’amélioration des résultats économiques ».
Des actions de conseil sont menées pour inciter à mettre en place des cultures fourragères adaptées à la Corse, à pâturer et à récolter, et à développer l’irrigation. Les systèmes les plus pastoraux ne disposent pas forcément de surfaces cultivables. Un groupement de producteurs de fourrages, avec gestion des stocks en ligne, s’est créé pour contribuer au développement de la production fourragère en Corse et répondre aux besoins des éleveurs qui ne peuvent pas produire leur foin. Le potentiel est réel pour développer la production fourragère, reste à le mettre en œuvre.

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Commentaires 3

Lucho

Sans parler des produits de "terroir" qu'ils importent pour le faire passer en produits de pays, exemple flagrant qui m'est arrivé cet été dans un restaurant qui mériterait que l'on cite son nom : au plateau de fromage quand on demande quel est le fromage (roquefort) que l'on vient de manger et qui avait l'étiquette sur le plateau avec un gros papillon dessus, le gars nous répond un fromage de pays fait par
de petit producteur!! Le gars venait de dire ça devant 5 aveyronnais...

obc

oui assez drole que les corses vendent a prix d'or des produits regionaux fait a base de lait d'ailleurs, des charcuteries faites a base de porc industriel de bretagne

onk

il est remarquable de voir que la Corse comme toutes les iles du littoral français ( ouessant, groix, ile d'yeu etc.... ) sont à des années lumières de la souveraineté alimentaire et énergétique. Si on coupe le cordon énergétique ou alimentaire de ces iles , tout le monde crève de froid et de faim , alors que ces iles étaient parfaitement autonommne dansle passé. L'indépendance commencerai par retrouver le bon sens paysan et ne plus spéculer sur le foncier

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