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JA Mag - Paris

17/12/15
Alpes-Maritimes - Social-Emploi

Éleveurs de montagne, malgré le loup

Alexandre Gastaud veut s’installer sur l’élevage familial à Ascros, dans les Préalpes d’Azur. Depuis 2007, il assiste impuissant à la multiplication des attaques de loups, qui menace l’élevage traditionnel extensif. Récit

À Ascros (Alpes-Maritimes), l’élevage relève du sport de combat. Les Préalpes et la vallée du Var dessinent un paysage majestueux. En contrepartie, la moindre construction y donne lieu à un chantier pharaonique. La lutte contre l’embroussaillement y est quotidienne, à coups de gyrobroyeur, d’écobuage ou avec l’aide des animaux. C’est là que la famille Gastaud élève, de manière extensive, ses 430 brebis et ses 60 chèvres. En 2007, un nouvel ennemi est apparu : le loup. D’abord quelques attaques isolées, puis de plus en plus fréquentes. « Il y a quatre ans, on a commencé à déguster, on a perdu six bêtes d’un coup, alors qu’elles étaient à 100 m de la maison », raconte Alexandre, le fils, aide familial sur l’exploitation.

Cette année, 30 animaux ont déjà disparu... en trois mois. « Parfois, on ne retrouve que la laine ou les os. » Impossible de se faire indemniser sans preuve que le loup est à l’origine de la mort. Six autres bêtes ont été retrouvées mortes et ont fait l’objet d’indemnisations. Mais l’argent ne compense pas la perte des animaux auxquels les éleveurs se sont attachés. « Nous n’avons jamais vu le loup », raconte encore le jeune éleveur. Difficile de se protéger contre une bête aussi discrète. « Il suffit d’un jour de brouillard pour qu’on se fasse attaquer, même si on surveille le troupeau », ajoute son père Joseph. « Il y a deux, trois ans, nous subissions des attaques plutôt au printemps et à l’automne. Maintenant c’est toute l’année... », Se désole le fiston.


Le parc électrifié ? « Ça a été pire !

"Qui plus est, le canidé vise « les belles bêtes, les agnelles, les animaux bien gras ». Et les rescapés ne s’en sortent pas indemnes. Pattes cassées, stress, avortements, agneaux mort-nés sont devenus le quotidien des éleveurs. « Les bêtes blessées Par le loup ne guérissent pas », ont-ils remarqué, citant le cas d’une brebis qui a survécu six mois avec un trou dans la gorge avant de perdre son agneau et de mourir. Autant de coups au moral des éleveurs, « dégoûtés, écœurés, en stress permanent ». « On n’est pas payés pour ramasser des cadavres », lance Alexandre.

La famille Gastaud a bien sûr tout essayé pour protéger son troupeau... sans résultat probant. « Nous avons installé un parc électrifié, subventionné par la DDTM, se souvient le fils. Ça a été encore pire ! On a subi plus de pertes en une seule attaque qu’en un mois dehors... » Le loup avait réussi à franchir la clôture d’1,50 m de haut. Les brebis, prises au piège, n’ont pas pu s’enfuir. Dans la panique, elles se sont blessées ou étranglées avec les câbles. Bilan : quatre mortes, deux disparues, 10 blessées. Les Gastaud disposent d’un patou et réfléchissent à en acheter un deuxième. « Mais le patou ne fait pas tout ! », plaisante Myriam, qui est conjointe collaboratrice. « Et le loup tue parfois même les patous », ajoute son mari, béret sur la tête et bâton de marche dans la main. Sans compter que ces chiens de protection attaquent les randonneurs qui s’aventurent à traverser le troupeau... Les éleveurs en sont à envisager de créer un grand parc de 3 ha, entouré de barbelés et de clôtures jusqu’à 2 m de haut. Une solution non subventionnée.


Seule solution, l’intensification

L’arrivée du loup a complètement chamboulé le modèle d’élevage extensif. Alexandre a parfois du mal à le croire, mais « en dix ans, tout a changé ». « On ne pourra pas continuer à travailler comme maintenant. Si les attaques se poursuivent, la seule solution sera d’intensifier et de réduire le cheptel. » Avant Canis lupus, les brebis « ne voyaient pas la bergerie d’avril à février, se souvient le jeune agriculteur. Maintenant, on ne peut les sortir que de juin à septembre. » En mai, septembre et octobre, le troupeau passe la journée dehors et rentre la nuit. Joseph fait donc 4 km de trajet matin et soir avec le troupeau – « ça épuise les bêtes » – et les surveille toute la journée.

Chèvres et brebis sont mélangées en un troupeau unique de 765 têtes (agneaux compris) pour « faciliter la garde ». Rentrer les bêtes, cela veut aussi dire les nourrir. Le surcoût alimentaire est important : « Avant, on passait l’année avec 1 500 petites bottes de 15-20 kilos, rappelle Alexandre. Maintenant c’est le double. » Avec seulement 30 ha cultivés (prairies de fauche et céréales), l’élevage familial n’est pas autonome en fourrage. « Chaque année, nous achetons du maïs, 5 à 600 bottes de foin de Crau et 100 bottes de luzerne », ajoute le jeune éleveur, qui donne aussi du pain (invendus de boulangerie) à ses chèvres.

Aujourd’hui aide familial, Alexandre veut s’installer sur la ferme familiale, qui deviendrait alors un Gaec. « Je ne me vois pas faire autre chose », résume-t-il. Mais devant les contraintes provoquées par les attaques de loups, son projet a changé. « Je voulais faire des moutons. Mais je me suis demandé « Est-ce qu’on pourra encore élever des moutons dans dix ans ? ». J’ai finalement opté pour les chèvres laitières avec transformation en fromages. » Son projet ? Transformer le troupeau destiné à la viande en troupeau laitier et le porter à 70 mères. Une mutation déjà engagée, alors qu’Alexandre est en cours d’installation depuis 2013. « Nous essayons de changer de bouc tous les deux ans, mais il provient toujours d’un élevage laitier. » Reste à trouver des surfaces et à monter une fromagerie. Coûte que coûte, les Gastaud continuent de vivre de leur ferme en entretenant « leur » montagne. Malgré le loup. 


Que sont-ils devenus ?

Vous les avez découverts dans nos précédents numéros, « JA mag » vous donne de leurs nouvelles. Ce mois-ci : Sébastien Chérel, éleveur de bœufs.

Sébastien Chérel avait démarré les bœufs Wagyu en 2010, son exploitation en compte désormais 25 mères. « C’est la troisième année que nous faisons naître nos veaux Wagyu », cette race qui a fait la renommée du bœuf de Kobé, le « caviar de la viande ». Sa femme l’a rejoint sur l’exploitation, qui ne s’est pas agrandie. Côté production, « notre objectif a été doublement atteint et nous avons plus de clients que ce que nous pouvons fournir. » « Nous sommes capables d’élaborer un produit équivalent à celui que font les Japonais, mais revisité par un Breton ! » L’éleveur fournit une quinzaine de restaurants parisiens, des boucheries et une épicerie fi ne. Avec des associés, il a ouvert en juillet 2015 un restaurant dans le 16e arrondissement de Paris : le Baagaa (« burger » prononcé à la japonaise). Les burgers permettent de valoriser les avants des bêtes. Ce qui prouve qu’« il est important d’avoir son propre débouché pour ne pas être dépendant des restaurateurs ». Avec l’aide d’investisseurs,

Sébastien s’est lancé un nouveau challenge : accompagner la naissance de la filière Wagyu en France en vendant des génisses et des veaux et en accompagnant les éleveurs. 

Source : JAMAG : Yannick GROULT - n° 720  Novembre 2015

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