Analyse financière des Entreprises de la filière Vins

Les Experts du Pôle Agriculture et Agroalimentaire de Crédit-Agricole S.A

Analyse financière des Entreprises de la filière Vins

Ce qu'il faut retenir

Le niveau historiquement faible de la vendange 2013, dû à des intempéries, a réduit les disponibilités dans la quasi-totalité des bassins viticoles à l’exception du Languedoc et du Champagne, et affecté la qualité de certaines appellations. L’Aquitaine, notamment, enregistre une nouvelle baisse de son chiffre d’affaires après une récolte 2012 déjà faible. Les bonnes performances des exportations de champagne - et dans une moindre mesure des Effervescents - limitent l’impact de la baisse du CA Vins Tranquilles sur l’ensemble de la filière. Dans le même temps, le CA France des Vins ne doit sa progression (+1,1 %) qu’à l’effet prix.

L’exercice 2014 marque une inflexion en termes de rentabilité : le ratio EBITDA/CA de la filière perd 0,6 point (à 9,4 %). 40 % des entreprises enregistrent une dégradation de leur résultat net. 15 % des entreprises Vins sont en perte en 2014.

- Les Leaders Champagne voient leur rentabilité s’effriter (20,7 % vs 21,7 % moyenne 2009-2013), notamment en raison des frais commerciaux liés à la relance des débouchés export.

-  Les Leaders Effervescents maintiennent leur taux de rentabilité d’exploitation autour de 9 %, malgré l’offensive concurrentielle des vins étrangers.

-  Pour la seconde année consécutive, la rentabilité des entreprises du bassin Aquitaine chute, en lien avec une offre réduite en quantité et en qualité. Le ratio EBITDA/CA s’établit à 7,5 %.

- Hors Leaders et Aquitaine, la rentabilité d’exploitation des entreprises de la filière Vins est comparable à la moyenne des années 2009 à 2013 : à 7,2 %.

En 2014, la filière a un peu moins investi que les années précédentes (18 % VA vs 21 % en moyenne sur la période 2011-2013), notamment en Champagne. Le taux de vieillissement des immobilisations corporelles global de la filière reste toutefois stable, à 53 %. 30 % des entreprises ont un outil amorti à plus de 75 %.

La capacité théorique de désendettement atteint 5 années d’EBITDA, sous l’effet - essentiellement conjoncturel - de l’augmentation des stocks et de la baisse de la rentabilité. Néanmoins, la structure financière de la filière est équilibrée, avec un endettement stable représentant 29 % du total bilan : il est concentré sur le Champagne (53 %), l’Aquitaine (13 %) et les entreprises Vins Tranquilles Multirégions. Un tiers des entreprises présentent une capacité théorique de désendettement élevée (Dettes financières/EBITDA > 10), toutefois l’essentiel de la dette est consacré au financement du stock.

La Filière Vins (hors Spiritueux) présente un profil de risque correct, avec 14 % des entreprises qualifiées « en risque fort ». Le nombre d’entreprises concernées est en baisse régulière depuis 2010

Tendances 2015/2016

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❙ Avec 10,8 Mds € en 2014 de ventes à l’exportation, les Vins & Spiritueux occupent le premier poste d’excédent de la balance commerciale des IAA. Cet excellent résultat semble pouvoir être reconduit en 2015 : sur les 8 premiers mois, les volumes de champagne exportés sont bien orientés (+ 3,5 % par rapport à la même période en 2014) ; en Vins Tranquilles, les baisses de volumes (autres AOP - 1,8 %, hors AOP

- 3,4 %) seront compensées par des hausses de prix (prix moyen vins IGP + 14 %, vins sans IG + 11 %) (Source FranceAgrimer).

❙ Tirée par les produits « premium » et des entreprises disposant de marques à forte notoriété, la dynamique des exportations françaises se heurte néanmoins, sur les produits de moyenne gamme, aux concurrents historiques (Italie, Espagne) ainsi qu’à la montée en puissance des producteurs du Nouveau monde. Par ailleurs, le développement du potentiel de production reste un challenge important de l’amont, indispensable au développement des marchés internationaux : il soulève la question de l’organisation de la production, ainsi que celle de la baisse des surfaces plantées.

❙ La filière Vins & Spiritueux trouve à l’export un relais de croissance indispensable, compte tenu de la baisse continue de la consommation en France. Toutefois, le marché domestique reste son premier débouché (la France est le 2e pays consommateur au monde de Vins Tranquilles) et poursuit sa tendance qualitative ; au cours du 1er semestre 2015, la consommation d’AOP a progressé de 2,2 % dans contexte de baisse globale (- 1,1 %, tous Vins Tranquilles).

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❙ Malgré plusieurs vendanges successives à faibles volumes, notamment en Aquitaine et Bourgogne, les priorités sont la détente des trésoreries (vente de vrac) et la reconstitution des stocks de bouteilles pour une commercialisation mieux valorisée quoi que différée. La vendange 2015 est globalement plus généreuse (47,9 Mhl, + 2 %).

- En Aquitaine, le chiffre d’affaires 2015 sera impacté par la commercialisation des millésimes 2011 et 2012 (volumes faibles) et

du millésime 2013 considéré comme non marchand. A contrario, la mise en marché des bordeaux et bordeaux supérieurs des vendanges 2014 est bien orientée, et les prévisions de résultats des entreprises concernées sont optimistes. Les vendanges 2015, qui ne seront commercialisées qu’à partir de 2017, 2016 pour le vrac, reviennent à leur niveau habituel en volume et prometteurs en qualité.

- En Bourgogne, les besoins en fonds de roulement sont encore tendus malgré trois années de petits volumes. Pour la vendange 2015, les rendements et la qualité sont de nouveau au rendez-vous. Toutefois, les prix n’ont pas connu de flambée en 2015, et les équilibres restent préservés grâce à une bonne gestion des achats et des stocks. La commercialisation est satisfaisante, soutenue par les marchés export.

- En Languedoc, où la production retrouve un million d’hectolitres supplémentaires, les cours restent fermes toutes catégories de vins

confondues. La situation financière des entreprises, notamment coopératives, permet donc de faire face aux plans de reconstitution

des vignobles. L’amélioration de la qualité via les cépages se poursuit. Le chiffre d’affaires et la rentabilité sont attendus en progression.

❙ Dans les trois principaux bassins, les entreprises Vins Tranquilles devraient réaliser un exercice 2015 satisfaisant, puis un début d’exercice 2016 également correct, en partie grâce à une activité export dynamique.

Pour plus de détails, voir l'Observatoire Financier des Entreprises Agroalimentaires - Novembre 2015

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