Conjoncture viticole : Embellie sur les marchés

Marion Ivaldi

Les premiers éléments d'observation du marché évoquent une amélioration. L'activité redémarre sous l'effet d'une situation économique meilleure et de mesures de gestion mises en place par les interprofessions ou les syndicats.

Les tous premiers chiffres livrés par FranceAgriMer et les interprofessions sont plutôt rassurants et laissent penser que la campagne en cours va permettre un rétablissement des marchés. Ainsi les trois catégories de vin (IGP, AOP, vins sans indication géographiques) connaissent chacune une amélioration au moins en volume, voire en valeur. Le marché vrac AOP a ainsi commencé à s'activer en décembre avec des hausses en volume et valeur constatées à la fin janvier.

En Val de Loire, les volumes vendus s'orientent à la hausse, même en muscadet. Les rosés cabernet d'Anjou et les tourraine blanc voient leur volume battre des records de commercialisation. Les cours en revanche connaissent une légère baisse.

En Vallée du Rhône, les cours grimpent suite à des stocks au plus bas et une production en baisse (1,4 million d'hl produits en 2010 quand 1,7 million ont été commercialisés en 2009-2010). En début d'année 2011, le prix moyen constaté en côte du rhône rouge était de 111 euros/hl contre 100 euros/hl l'an passé. Le Languedoc connaît, lui aussi, une baisse des stocks et une récolte en baisse, ce qui provoque un raffermissement des cours mais pas d'envolée. L'appellation corbières atteint les 75-80 euros/hl (contre 65 euros l'an passé), une hausse qui ne permet pas d'atteindre le seuil de rentabilité. Les appellations bordelaises sont également bénéficiaires de l'amélioration des marchés avec un volume commercialisé en hausse de 30 %, les prix se raffermissant, assurant, en bordeaux et bordeaux sup, tout juste le seuil de rentabilité défendu par les vignerons.

Les prix des vins en vrac repartent à la hausse. En fin d'année, les prix des IGP rouges enregistraient une augmentation de 24 %. (P. Cronenberger)

Les prix des vins en vrac repartent à la hausse. En fin d'année, les prix des IGP rouges enregistraient une augmentation de 24 %. (P. Cronenberger)

Des outils de régulation

La petite récolte et le retour de la demande mondiale sont les facteurs essentiels de ce retour à la normale, mais les mesures de gestion des marchés prises par différentes interprofessions ou ODG semblent aussi apporter leur coup de pouce à cette confiance retrouvée.

Car la guerre contre la dévalorisation des produits en mettant en place des mesures de régulation des marchés est déclarée. Et il sera bien difficile de mesurer leurs effets dans un contexte où les indicateurs économiques sont plutôt positifs. “ On est dans une situation où l'analyse s'apparente à trouver la réponse à la question qui de la poule ou de l'oeuf a été créé le premier ”, s'amuse Jérôme Villaret, secrétaire général du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL) qui vient de lancer la gestion prévisionnelle des sorties (GPS), outil visant à limiter la dégringolade des prix et surtout lutter contre des stocks trop importants. Il s'agit d'octroyer à chaque opérateur un volume commercialisable sur une année par appellation. “ Cela va nous permettre de régulariser les sorties et d'échelonner l'offre ”, se satisfait Christian Boulouis, directeur de la cave de Bizanet dont une partie de la production de corbières ne pourra pas être commercialisée cette année suite à la mise en place du GPS.

Il compte aussi sur le renouvellement du plan de portage de l'offre qui avait été mis en place pour la première fois en 2010 en corbières. 40 000 hl sur les 123 000 hl commercialisés durant la durée du portage ont souscrit à ce plan, ce qui a permis, selon les estimations de Christophe Jammes, économiste du CIVL, de diminuer les stocks de un mois et de valoriser de 7 euros supplémentaires les volumes commercialisés durant cette période. Par ailleurs, le prix de rachat du portage, 65 euros/hl semble avoir jouer le rôle d'indicateur de marché. “ Les transactions sur les corbières 2 009 sont toujours au-dessus de ce prix, malgré la fin du portage ”, constate-t-il.

En côtes du rhône, la résolution des producteurs d'atteindre les 110 euros/hl de moyenne en côtes du rouge est pour l'instant couronnée de succès : les cours remontent. Cette posture syndicale est fortement aider par une situation de stocks déficitaires. À bordeaux, la lutte orchestrée contre les bas prix à grand renfort de contrôles par les ODG des caves commercialisant à bas prix semble également jouer son rôle. Se met également en place en bordeaux et bordeaux sup, le système du volume complémentaire individuel qui permet une mise en réserve d'une partie des volumes. Pour cette première année d'expérimentation, 50 000 hl ont été mis en réserve par environ 400 propriétés. À Chablis, le système de VCI est testé depuis 2005. Il a permis “ d'éviter des situations économiques critiques ”, selon la Fédération de défense de l'appellation Chablis. Cette année, l'appellation dispose de 285 650 hl, soit un déficit de commercialisation qui se limite à 10 000 hl. Et un stock d'environ 46 000 hl permettant de palier à un éventuel aléa climatique.

Source Réussir Vigne Mars 2011

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