conomie : Une année de transition

Marion Ivaldi

Alors que le marché est très tendu, des signes positifs apparaissent. Cette campagne marquerait-elle la fin de la traversée du désert ?

Alors que le secteur laitier mobilise l'attention politique, la viticulture reste discrète. Pourtant, la situation économique est préoccupante pour ne pas dire dramatique. La crise est toujours là : retards sur les volumes vendus et prix en berne forment un paysage économique bien morose. “ Les opérateurs ne parviennent pas à sortir de la crise. Le moral n'y est pas ”, déplore Michel-Laurent Pinat, délégué général de l'Association française des Embouteilleurs-Distributeurs de vins et spiritueux.
Ainsi, les derniers chiffres du Conseil spécialisé vin de France Agri Mer à la mi-mars dressent un constat global de mollesse des marchés. Les volumes de vins rouges de France (sans indication géographique) sont en recul de 31 % par rapport à la moyenne quinquennale. En blanc, le recul est de 17 %. Côté prix, si les vins rouges et rosés atteignent les 3,66 €/hl en hausse de 7 % à la mi-mars, les blancs chutent de 18 % à 4,24 €/hl en moyenne. La situation des indications géographiques protégées n'est guère plus reluisante. Si les volumes écoulés sont supérieurs à la moyenne quinquennale, les prix ne décollent pas. En rouge et rosé, ils avoisinent en moyenne les 54 €/hl, en blanc, les cours se situent à 83 €/hl.

La première partie de la campagne 2009-2010 est marquée par des retards sur les volumes et un maintien, voire une baisse des prix. (Anaka)

La première partie de la campagne 2009-2010 est marquée par des retards sur les volumes et un maintien, voire une baisse des prix. (Anaka)

Parfois, la situation est quasi ubuesque tant les écarts de prix entre vins sans indication géographique et vins à indication sont resserrés. “ Les cours des vins de table rouges oscillent entre 47 et 50 €/hl quand l'appellation corbières tourne autour de 50-55 €/hl ”, indique Michel Servage, président de la Confédération française des vins de pays. Ce constat est repris par Jérôme Despey, président du Conseil spécialisé vin de France Agri Mer. “ Les vins sans indication géographique de cépage merlot tournent autour de 49 €/hl quand l'IGP est à 53 €/hl. Les prix des vins sans indication géographique ont effectué un bond par rapport à 2008-2009 tandis que les IGP restent à bas prix ”, constate-t-il.
Comment expliquer des écarts si faibles entre ce qui devrait être l'entrée de gamme et ce qui devrait être le haut de la pyramide ? Pour Michel-Laurent Pinat, il ne faut pas aller chercher bien loin. “ Le prix se forme à partir de la qualité intrinsèque du produit et non à partir de son image supposée ! Aujourd'hui, la différence de prix de revient entre un vin sans indication géographique et un vin à indication géographique, c'est la CVO ! ” Et de prévoir un avenir rose pour les vins sans indication géographique. “ Ces derniers devraient bénéficier de la contractualisation. Au cours des prochaines campagnes, on risque de voir des vins sans indication géographique vendus plus chers que des IGP ”, affirme-t-il.

La contractualisation porte également ses fruits en appellation languedoc, selon le Centre interprofessionnel des vins du Languedoc. Lancée en 2007, cette appellation qui a été pensée pour être commercialisée sous forme de vin de marque, connaît un certain dynamisme. Les volumes commercialisés à la fin mars sont en hausse à 458 000 hl contre 445 000 hl lors de la dernière campagne. Les prix sont orientés à la hausse à 78 €/hl contre 71,53 l'an dernier. Cette bonne santé bénéficie, par le jeu des déclassements, à l'appellation minervois dont les prix augmentent à 72 €/hl contre 65 €/hl lors de la dernière campagne. Le jeu de la hiérarchisation des AOP semble ainsi porter ses fruits. Reste que l'appellation corbières est toujours en situation délicate, car justement elle bénéficie moins facilement du déclassement en appellation languedoc. “ Mais les stocks tendent à se résorber ”, tempère le CIVL. Ils ont diminué de douze mois à dix mois depuis le début de la campagne.
Enfin, les primeurs de bordeaux se sont déroulées sous des auspices plutôt optimistes. Les acheteurs n'ont pas boudé la fête et ont majoritairement salué le millésime. Le rendez-vous a été marqué par une fréquentation chinoise en hausse, ce qui laisse supposer que le mastodonte asiatique s'intéresse désormais aussi à la qualité. “ Globalement les prix devraient s'orienter à la hausse mais il est délicat de faire un pronostic car les difficultés économiques pèsent toujours sur le marché ”, estime François Lévêque, président du syndicat régional des courtiers en vins et spiritueux. La hausse serait comprise entre 10 et 15 %. Cela bénéficiera-t-il à l'appellation bordeaux ? Les avis sont très partagés sur le sujet. Pour François Lévêque, la qualité du millésime reste un argument commercial suffisant pour que les acheteurs s'intéressent au 2009. Les prix pourraient ainsi connaître une petite embellie.

Source Réussir Vigne Mai 2010

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