Des marchés favorables, mais une faible récolte

Pierre-Gérard POUTEAU

Des marchés favorables, mais une faible récolte

Si la récolte 2013 est en légère progression, elle reste encore faible. C’est le résultat conjugué des mauvaises conditions climatiques du printemps et des arrachages qui ont fait suite à la réforme de l’Organisation Commune des Marchés (OCM). Les marchés mondiaux quant à eux restent équilibrés entre offre et demande, ce qui est favorable aux pays exportateurs. La filière viticole française pourrait mettre à profit cette période plutôt sereine pour consolider sa politique à l’export, mais les volumes disponibles seront limités.

Les marchés pourront-ils absorber l’afflux de vin biologique ?

La barre des 5 000 exploitations viticoles biologiques a été dépassée en 2013. Les surfaces représentent plus de 8% des vignes. Elles ont triplé en 4 ans, mais plus d’un tiers sont encore non certifiées (conversion en cours). La France compte aujourd’hui 65 000 ha de vignes bio et la production, estimée à 1million d’hl en 2012, va passer à 1,4millions d’hl en 2013 pour avoisiner 2 millions hl en 2015.

Cette croissance se retrouve chez les deux autres grands pays producteurs européens, l’Espagne et l’Italie, où d’importantes productions de surfaces en conversion vont arriver sur le marché dans les prochaines années. L’Espagne possède le vignoble bio le plus important avec 79 000 ha, soit 30 % des surfaces mondiales. L’Italie se situe en troisième position derrière la France avec une superficie de 53 000 ha.

La production française est commercialisée majoritairement sur le marché intérieur (60%) et – traditionnellement - davantage en vente directe à la propriété ou dans des magasins spécialisés bio. L’arrivée des vins biologiques de caves coopératives et de négociants change la donne et favorise le développement des ventes à l’export et en GMS.

Jusqu’à présent, en Espagne et en Italie l’essentiel de la production est exporté, principalement vers l’Europe du nord et l’Amérique du Nord… Pour favoriser l’écoulement de cet afflux de production supplémentaire, la filière viticole bio va devoir s’organiser. Elle devra renforcer son positionnement à l’export, tant sur les marchés de proximité, notamment vers l’Allemagne, que vers l’Amérique et l’Asie, en saisissant de nouvelles opportunités.

Au-delà du caractère biologique du produit, la qualité devient essentielle et les producteurs devront adapter leur communication aux attentes des différents consommateurs (environnement, santé…). Selon une enquête IPSOS, sur le marché français la « non consommation » est essentiellement due au manque de réflexe des consommateurs occasionnels et à une difficulté à identifier les vins bio au sein des linéaires de vins dans les GMS. La communication et le marketing vont devoir être renforcés pour écouler l’ensemble de la production de façon différenciée et avec une marge suffisante.

Une récolte encore réduite, mais en amélioration

La vendange 2013 devrait se situer aux alentours de 42,3 millions d’hl, soit une progression de 2% par rapport à la récolte historiquement faible de 2012, avec 41,3millions d’hl. Elle reste néanmoins en deçà de la moyenne des cinq années 2008-2012 (45,4 millions d’hl). La réforme européenne de l’OCM prévoyait l’arrachage d’importantes surfaces de vignes pour adapter les vignobles français et européen aux besoins des marchés mondiaux,notamment avec des productions orientées vers plus de qualité. Elle s’est traduite par une réduction des surfaces et des volumes produits en France. L’Espagne par contre a fortement replanté et retrouve une production en forte progression. Le volume commercialisable en Champagne n’est pas directement tributaire de la récolte de l’année, compte tenu de la mise en réserve d’une partie de la production et du mode de vinification qui permet des assemblages de différents
millésimes. Cette gestion autorisée de production et de mise en marché favorise l’équilibre économique de cette appellation malgré de fortes variations de récolte.

La production de vins de Charente, essentiellement destinée à la production de cognac, est inférieure à la moyenne des cinq dernières années et, de plus, a un faible degré alcoolique. Les volumes sont insuffisants par rapport à l’évolution envisagée des besoins du marché dans les10 ou 20 prochaines années. Suite aux conditions météorologiques défavorables du printemps et aux violents orages de cet été dans le Bordelais, la région Centre et la Bourgogne, certains vignobles ont des rendements en forte baisse et d’autres obtiennent une qualité hétérogène.

Cette récolte 2013 devrait situer la France en deuxième position derrière l’Italie (46 millions d’hl). L’Espagne enregistre une progression de production de 20% (40 millions d’hl). L’Europe dans son ensemble retrouve une production en hausse de 15% cette année.

Des marchés équilibrés

La faible récolte européenne de 2012 s’est traduite par une baisse de la production mondiale et un équilibre entre l’offre et la demande. Les marchés de dégagements vers les alcools industriels ont même connu certaines tensions. Simultanément, les échanges mondiaux ont cessé d’augmenter en volume (-0,2% en 2012 par rapport à 2011) et la part des cinq principaux pays exportateurs européens passe de 65 à 62%.

Cette situation inédite permet de garantir un niveau de prix moyen satisfaisant dans la plupart des bassins de production. Actuellement, les difficultés sont plus souvent liées à une production trop faible dans les secteurs les plus touchés par les mauvaises conditions climatiques. Les régions qui avaient historiquement des difficultés pour commercialiser leurs produits, notamment le Languedoc Roussillon, vivent une période plus favorable. Elles trouvent des débouchés nouveaux avec un développement de l’export vers l’Asie et une partie importante de la production convertie en Bio, ce qui permet de répondre aux attentes de nouveaux consommateurs. Au premier semestre 2013, les ventes françaises à l’export ont continué à baisser en volume (-1,3%) tout en enregistrant une croissance en valeur (+1,4%). Celle-ci est davantage portée par les spiritueux : +4 % contre +0,3% pour les vins. C’est principalement vers l’Amérique du nord, en particulier vers les Etats-Unis, que la croissance est la plus forte.

En représailles à la taxe imposée par la Commission européenne aux importations de panneaux solaires chinois, Pékin a lancé une enquête antidumping sur les vins européens, entraînant des tensions.

Le rythme de nos exportations a ralenti, ouvrant la porte à nos concurrents du Nouveau Monde.

Pendant cette période globalement plus favorable, l’enjeu est de consolider nos marchés à l’export, tant en volume qu’en valeur. Les opérateurs bordelais, avec une plus faible production, auront la tâche plus difficile face à des concurrents italiens et espagnols dotés d’une récolte plus abondante.

Quand les marchés exports sont attractifs, le marché français s’en porte mieux. Les marges de progrès sont davantage liées à la maîtrise des coûts de production et de commercialisation au sein des entreprises. Collectivement, des efforts budgétaires doivent être alloués à la promotion des vins pour renouveler une clientèle sans cesse vieillissante et de plus en plus volatile. La population « jeune » se tourne davantage vers les alcools et la bière et moins souvent vers le vin que ses aînés.

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