Des volumes, pour conserver les débouchés

Clara de Nadaillac

Des volumes, pour conserver les débouchés
La constitution de VCI ou de VSI implique d'avoir un volume de cuverie suffisant pour pouvoir stocker ce volume à part. - © C. de Nadaillac

La meilleure assurance contre les caprices de la nature est bien évidemment d'avoir des stocks. Mais si ceux-ci sont onéreux, deux autres dispositifs s'avèrent intéressants : le VCI et le VSI.

Des volumes, pour conserver les débouchés
Domaine du Colombier-archives.

« Le VCI est un outil merveilleux »

Témoignage de Thierry Mothe, viticulteur au domaine du Colombier, à Fontenay-Près-Chablis dans l'Yonne.

« J'ai constitué du VCI en 2005, 2006, 2008, 2009, 2011 et 2014. Et j'en ai employé en 2007, 2010 et 2013, suite à du gel et de la coulure. Ce système est très simple d'utilisation. Il faut juste disposer d'un volume de cuverie plus important, et s'occuper de ce vin supplémentaire. Avec 50 hectares, j'ai 1100 hectos en réserve ! Mais se doter de cuves revient beaucoup moins cher qu'une assurance. Et surtout, cela permet de répondre à la demande des acheteurs avec toujours le même volume commercialisable.

L'autre aspect bénéfique du VCI est qu'il favorise un système de production plus raisonné. Une fois que le volume est constitué, on est plus serein. On peut prendre davantage de risques car on a une sécurité. Par exemple, lorsque la première génération des vers de la grappe est légèrement au-dessus du seuil, je ne traite pas et m'affranchis du premier insecticide. Même chose pour le premier anti-botrytis.

Cet outil est aussi écologique. Avant l'arrivée du VCI, nous luttions contre les gelées de printemps avec du fioul ou des aspersions ; lutte que nous avons abandonnée. Enfin, avant le VCI, on poussait toujours la vigne pour faire un peu plus que le rendement, pour avoir de la marge en cas de problème. Passée l'année de constitution du VCI, on n'a plus besoin de forcer les ceps à produire. »

Source : Réussir Vigne de juillet-août 2015.

Il est actuellement sous les feux de la rampe. Le VCI, ou volume complémentaire individuel, est l'outil le plus intéressant en cas d'incident climatique. Il consiste à mettre en réserve un volume récolté au-dessus du rendement autorisé (au maximum 10 % de plus), et à l'utiliser en cas de récolte déficitaire les années suivantes. Ce volume est glissant, afin d'éviter toute déviation du vin. Ainsi, tous les ans, le VCI est remplacé par un volume de la nouvelle vendange, et réintégré au nouveau millésime dans la limite du 85/15. L'intérêt de ce système est qu'il permet de lisser la production tout en évitant de perdre des parts de marché. « Il permet aussi de jouer sur le niveau de franchise de l'assurance lorsqu'on en a une, et d'ainsi diminuer le coût de l'assurance », ajoute Robert Verger, vice-président de la FNSEA.

Au niveau comptable, le VCI doit être mentionné dans la déclaration de récolte (ligne 19). Par ailleurs, ce système implique de conserver le volume à part dans une cuve et de tenir un registre, où sont compilés les volumes récoltés, détenus, sortis et perdus. La Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne regrette néanmoins que ce volume ne soit pas stockable en bouteilles. « Notre parcellaire est très morcelé et nous nous retrouvons donc avec des cuves à plafond mobile pour quelques hectos, regrette son directeur Séverin Barioz. Ce dispositif serait plus pratique avec un stockage en bouteilles. » Mais pas sur que le dispositif évolue à ce niveau.

D'un point de vue fiscal, le dépassement du plafond limite de classement (DPLC) n'est pas comptabilisé dans le niveau de production lors de sa récolte, mais il l'est lors de sa réintroduction pour vente. Pour qu'un viticulteur puisse constituer du VCI, il faut que le comité national de l'Inao le décide, sur demande de l'ODG et après avis de l'interprofession. En revanche, une fois constitué, le viticulteur a tous les ans le choix de le débloquer, ou pas.

Des volumes, pour conserver les débouchés

Un système autorisé sur AOP de blancs secs et rouges

À l'heure actuelle, le VCI est autorisé sur blancs secs tranquilles d'AOP et devrait être généralisé sur AOP rouges pour la vendange 2015. « Un projet de décret, adopté début juin par le comité national, devrait paraître dans les deux ou trois mois », explique Hervé Briand, conseiller spécial de l'Inao. Un second décret, fixant la liste des AOC « éligibles » devrait également être publié rapidement pour que le système puisse être pleinement opérationnel pour la vendange 2015. Une cinquantaine d'appellations sont sur les rangs, dont vingt Bordelaises, des Bergeracoises, quelques Ligériennes (chinon, bourgueil, saint-nicolas) et des Rhodaniennes (côtes-du-rhône).

Par ailleurs, en AOP rosé, une expérimentation de cinq ans a débuté en 2014 en cabernet d'anjou et côtes-de-provence. Quant aux liquoreux, s'il a été question d'expérimenter le système à un moment donné, cela n'a pas abouti.

Pour les effervescents, deux cas de figure cohabitent. La Champagne possède un dispositif particulier qui lui est propre. « Il y a deux niveaux d'autorisations, poursuit le conseiller. Tout d'abord, l'Inao doit donner son feu vert pour autoriser la production d'un volume supérieur au rendement. Et ensuite, l'interprofession donne le sien pour gérer la réserve. » En revanche, les autres effervescents n'ont pour l'instant pas accès au VCI. « Mais le sujet vient de revenir sur la table, souligne-il. Nous allons travailler dessus à l'automne. »

De leur côté, les IGP ont débuté un travail de réflexion au début de l'année. « Cela a bien avancé, relate Hervé Briand. On se dirige vers un projet de décret d'expérimentation pour cinq ans, pour toutes les IGP le souhaitant, quelle que soit la couleur. » Par contre, l'échéance est moins certaines que pour les AOC rouges.

Le VSI, un outil pour les régions à stocks

Dans certains cas de figure, un autre outil permet de palier les incidents climatiques : le VSI, ou volume substituable individuel. Ce dispositif est ouvert à toutes les AOP en faisant la demande avec justification, et sur accord de l'Inao. Il consiste à récolter un volume au-dessus du rendement autorisé une année particulièrement qualitative, afin de remplacer une partie d'un vin d'une année antérieure en stock et moins qualitatif. Ce volume de moindre qualité (que ce soit pour des raisons de millésime moins qualitatif, de vin présentant des déviations, ou encore de queue de lot) est alors envoyé à la distillation.

Au niveau des formalités, ce volume doit être déclaré dans la déclaration de récolte, ligne 18. Le viticulteur doit ensuite l'individualiser dans les registres et dans la cave, jusqu'à destruction du volume antérieur qu'il remplace. Le VSI devient alors de l'AOC et peut entrer dans l'assemblage. Chaque année les ODG doivent choisir entre VCI et VSI. Si, au départ, de nombreuses appellations du Bordelais demandaient à y avoir recours, dans les faits, peu de viticulteurs l'employaient. En revanche, sur les deux dernières campagnes, ce sont majoritairement des appellations de Bourgogne et du Beaujolais qui en ont fait la demande. Avec, en 2014, 685 hectos revendiqués par 90 exploitants en Bourgogne. Mais si ce dispositif peut s'avérer intéressant, il est surtout réservé aux appellations ayant des stocks conséquents.

Source Réussir vigne

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