L'UE doute de ses réformes sur fond de concurrence mondiale féroce

L'UE doute de ses réformes sur fond de concurrence mondiale féroce

Confrontés à une concurrence de plus en plus féroce du Nouveau monde, les viticulteurs européens s'interrogent sur le bien-fondé d'une réforme censée améliorer leur compétitivité, mais dont ils craignent qu'elle leur fasse perdre leur identité.

Au coeur du débat: la fin d'ici 2018 des "droits de plantation", un système de contrôle des vignobles dont la suppression a pour but d'introduire davantage de flexibilité pour s'adapter à la demande internationale et aux effets de mode, en donnant aux vignerons le libre choix de planter les cépages qu'ils souhaitent. Elle fait partie d'un paquet décidé en 2008, censé améliorer la compétitivité de la filière européenne du vin, avec un plan d'arrachage des vignobles non compétitifs, la fin des aides à la distillation des surplus, des subventions à la modernisation et à la promotion.

  Pour le moment, le secteur du vin européen peut encore se regarder la tête haute dans son miroir magique: l'Europe reste numéro un mondial, que ce soit en quantité, en qualité, en valeur, sur le marché européen autant que sur les marchés mondiaux. Mais elle est aussi "le numéro un des importations", relève le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos.

  Et ses positions sont contestées. Sur le marché britannique, grand importateur, les vins européens sont désormais au coude à coude avec ceux du Nouveau monde. Le Chili veut planter 100.000 hectares supplémentaires d'ici 2020 et augmenter ses exportations de 10% par an, alors que les surfaces des vignobles ont reculé de 11% en France en 10 ans, et même de 14% en Espagne ou en Italie.

  Ironie du sort, ce sont essentiellement des capitaux européens qui investissent ailleurs dans le monde, en Chine notamment qui, grand importateur aujourd'hui, pourrait bien devenir un jour un acteur important du marché mondial.

  Permettre à n'importe qui de planter n'importe quoi risque toutefois de porter atteinte à l'identité même des vignobles, redoute la Fédération européenne des vins d'origine (EFOW), un groupe de pression qui milite contre la fin des droits de plantation. Les syndicats de vins d'origine français, italiens ou espagnols regroupés dans l'EFOW ont convaincu leurs gouvernements, mais aussi une dizaine d'autres Etats, de réclamer la révision de la réforme qu'ils avaient pourtant entérinée quatre ans plus tôt.

  Ils mettent en garde contre un risque de surproduction entraînant une baisse des prix en cas de libéralisation des droits de plantation. Et brandissent le risque de conséquences néfastes pour les zones viticoles les moins productives, d'une industrialisation excessive du secteur et d'une dévalorisation des vignobles prestigieux à cause de l'augmentation de la surface de vigne.

  Dacian Ciolos a accepté de mettre en place un "groupe de haut niveau" qui devra évaluer d'ici à novembre l'impact de la suppression des droits de plantation et proposer des recommandations.

  "Il ne s'agit pas de faire la réforme de la réforme", a souligné M. Ciolos en ouvrant jeudi la première réunion de cet aréopage regroupant représentants des gouvernements et professionnels du secteur. Tout en se disant prêt à agir si les réflexions du groupe débouchent sur "des arguments forts et des solutions innovantes et durables qui nécessitent des ajustements".

  Il a en même temps refusé de revenir à "des outils des années 1970 qui ont montré leurs limites", relevant au passage que le système actuel tel qu'il fonctionne "n'empêche ni la surproduction, ni la sous-plantation".

  Pour Dacian Ciolos, les vignobles européens ont besoin de flexibilité alors que les consommateurs ont changé. "Ils sont plus curieux, plus volatils" et les effets de mode sont devenus "plus passagers, plus rapides, surtout sur les nouveaux grands marchés de consommation".

Source AFP

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