La peinture au vin de François le Menac'h, sans modération depuis 2004

Claudine Galbrun - Réussir Vigne Novembre 2012

 Je déguste le vin avant de peindre mais je le déguste d’abord visuellement  avant de le mettre en bouche. Je le regarde et j’imagine ce qu’il va me donner," confie François Le Menac'h.
Bacchus réalisé au vin du Clos Cristal. DR

Pas bon, pas peint ! Telle est la devise de François Le Menac’h. Car, selon cet œnographe, si le vin est de piètre qualité, le résultat qu’il rendra une fois déposé sur le papier le sera tout autant. À bon vin, bon dessin !

François Le Menac’h Des œuvres à l’épreuve du temps

François Le Menac'h. DR

Il y a bien sûr l’œil du peintre, son regard, son coup de pinceau. Bref : son talent. Il y a à la fois la précision du trait et ce trouble qu’apporte le vin. Mais il y a en plus une fragilité qui se dégage des toiles de François Le Menac’h, une émotion qui tient sans doute au côté périssable de l’œuvre. Combien de temps celle-ci va-t-elle conserver l’empreinte qu’y a tracé le vin, aussi bon soit-il ? Nul ne le sait. Même pas son auteur. Celui-ci parle de ses dessins comme d’un homme : dès qu’il naît, il commence à vieillir et bien malin qui pourrait prédire l’heure de sa mort. Pour admirer les œuvres de François Le Menac’h, il va falloir attendre un peu. La dernière exposition en date, intitulée Perles de Cristal (car toutes les œuvres présentées ont été réalisées avec du Clos Cristal) ayant eu lieu fin septembre à Saumur.

Pour suivre l'artiste, rendez-vous sur son blog : http://oenographe.skyrock.com

François Le Menac’h est un épicurien. La preuve : cette règle d’or restrictive qu’il s’est, une bonne fois pour toutes, appliquée en tant que peintre au vin et à laquelle il n’entend pas déroger : pas bon, pas peint. Car voilà bien le problème, si cela en est un, toutefois : le vin est et reste une matière vivante et même une fois, appliqué sur une toile, il continue de vieillir, s’oxydant lentement et selon l’acidité, produisant des tons rouille ou gris violacé. “ Et meilleur le vin est, meilleure sera la peinture. Si le vin n’est pas bon, il y a de fortes chances pour qu’il manque de corps et cela s’en ressentira plusieurs années après l’avoir apposé sur le papier. ” François Le Menac’h entretient une relation toute particulière avec celui qu’il considère comme un collaborateur, un partenaire dans son travail de peintre. “ Je déguste le vin avant de peindre mais je le déguste d’abord visuellement avant de le mettre en bouche. Je le regarde et j’imagine ce qu’il va me donner. Il a des choses à dire. C’est même lui qui me dicte ce que j’ai à faire. À l’œil, j’apprécie une certaine acidité. Il m’arrive aussi parfois d’en deviner son millésime. À certains moments, comme par exemple, s’il fait très chaud, il me devance. À moi alors de réagir et de m’adapter. Il s’établit ainsi un dialogue. Mais il faut bien dire que ce petit miracle n’intervient pas avec tous les vins mais quand il se produit, je prends un pied… ! ” Son dernier “ pied ” en date est tout récent, alors qu’il travaillait sur la préparation d’une exposition à Bourgueil, prévue fin septembre. “ J’ai débouché deux bouteilles, la cuvée Cornélius 2010 de la cave des vins de Bourgueil, un vin bon et même très bon et la cuvée des Murs du Clos Cristal 2011, un vin pour le coup extraordinaire. J’ai préparé ces deux vins et je les goûtais alternativement. Ce sont deux vins différents mais ils ne se sont jamais contredits. C’était réellement très agréable de passer de l’un à l’autre. J’ai ainsi peint avec le Clos Cristal le château de Saumur. ” Son passé d’architecte le conduit souvent à peindre des bâtiments. “ Mais tous les sujets sont bons. Il y en a un que je ne peux pas faire à tous les coins de rue et pour cause : le nu féminin ! Et pourtant le vin rend merveilleusement bien la transparence de la peau. ”

Pas question de mélanger des millésimes différents

C’est en 2004 que François Le Menac’h a eu l’idée de marier vin et peinture. L’utilisation du vin en lieu et place de la peinture nécessite une préparation minime. “ J’en fais une réduction par évaporation. Le vin du vigneron est simplement concentré. ” Car, là encore, l’œnographe s’est fixé une règle : “ les dessins sont réalisés “ cul sec ” avec pour éthique, le respect absolu de la cuvée présentée, sans dilution ou additif contraire au cahier des charges de l’AOC ”. Décidemment, François Le Menac’h est un homme de principe ! Et il n’hésite pas à le dire : “ comme le viticulteur, j’hypothèque ma réputation à chaque cuvée ”. Il n’est donc pas question de mélanger des millésimes différents. Et selon les caprices de la météo de l’année, le dessin évoluera plus ou moins bien. “ Le 2003, par exemple, s’est très vite éteint sur le papier. Mais depuis ce millésime et pour tous ceux qui ont suivi, le dessin est resté fixé. Il est vivant. Il vieillit. Peut-être ne sera-t-il pas pérenne… Quoiqu’il en soit, j’ai beaucoup de plaisir à travailler avec le 2005. Il y a d’ailleurs quelque chose de curieux avec ce dernier : les tableaux que je réalise aujourd’hui avec celui-ci prennent, au bout de deux ou trois jours, les couleurs qu’avaient adoptées ceux peint, toujours avec ce même millésime, trois ou quatre ans auparavant. ”
Toutes les différences de teintes sur la toile sont obtenues en modifiant la charge de vin sur le pinceau. “ J’ai toujours autour de moi au moins une dizaine de pinceaux de taille variée. ” Quant à la quantité de vin nécessaire à la réalisation d’un tableau, François Le Menac’h a fait ses comptes : “ j’étais sur une plage en train de dessiner un échouage de bateaux. Le tableau mesurait 1 m x 0,70 m. J’ai ouvert la bouteille qui est entièrement passée sur le papier. Et ce n’est pas moi qui l’ai bue ! Il faut donc environ un litre par mètre carré ”.

“ Le vin me plaît, je fais le reste ! ”

Établi au cœur de l’appellation saumur-champigny, François Le Menac’h couche sur la toile en priorité les vins de sa région. “ Mais je ne suis pas sectaire. À Venise, j’ai peint avec des vins de Vénétie. J’ai testé le bordeaux, millésime 1971, année de piètre qualité mais je m’étais lancé un défi. Je suis également allé peindre dans les Coteaux du Giennois mais le pinot noir ne m’a pas séduit. Pour autant, je ne renonce pas. ” Sans doute par fidélité à une autre de ses devises : “ le vin me plaît, je fais le reste ! ”

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