Le Polyter, nouvel or bleu ?

Xavier Delbecque

Le Polyter, nouvel or bleu ?
Cette vigne a seulement deux ans. Elle a été plantée avec du Polyter. - © PODG

L'agronome Philippe Ouaki Di Giorno a développé un hydrorétenteur en cellulose. Il pourrait à l'avenir permettre de s'affranchir d'arrosage et d'améliorer la reprise des plants et complants.

Le Polyter, nouvel or bleu ?
Vignerons de Buzet

" Un produit d'avenir "

L'avis de Sébastien Labails, responsable innovation au vignoble des vignerons de Buzet, à Buzet-sur-Baïse dans le Lot-et-Garonne.

" Nous avons réalisé des essais sur les complants lors de la campagne 2016. Sur l'une des modalités, nous avons mis dix grammes de Polyter au fond du trou lors de la complantation. Et sur ces plants nous avons observé un allongement significatif des rameaux, de l'ordre de 20 % par rapport au témoin. Nous n'avons pas pu vérifier la baisse de la mortalité, mais ce qui est sûr, c'est que nous n'avons pas eu besoin d'arroser les petits plants, ce qui représente un gain de temps considérable. Cette année nous allons mettre en place des essais sur une plantation nouvelle pour voir l'intérêt du Polyter sur un plantier. Pour moi c'est un produit plein d'avenir, surtout dans notre région où le contexte de changement climatique se fait particulièrement sentir."

Il est des révolutions qui sont silencieuses. Depuis 20 ans, sans faire de vague, Philippe Ouaki Di Giorno et son invention, le Polyter, sont en train de bouleverser les codes de l'agronomie. Le principe est pourtant simple. Il s'agit d'utiliser un hydrorétenteur (semblable à ceux présents dans les couches bébé) pour améliorer l'hydratation des plantes. Car la plupart de l'eau de pluie qui s'infiltre dans la terre n'est pas stockée, mais rejoint les nappes. « Il y a 80 % de pertes sur un sol argilo-humique et jusqu'à 96 % en contexte sableux » informe l'inventeur. Le Polyter est un produit organique, constitué de cellulose réticulée, de polyacrylate de potassium et d'engrais. Il ressemble à de simples granulés translucides, et pourtant, il est capable de retenir 165 à 300 fois son poids en eau. « Trois grammes peuvent conserver un demi-litre d'eau, sous forme de gel » assure Philippe Ouaki Di Giorno. Concrètement, le Polyter s'emploie en l'intégrant à la terre, soit à la plantation soit par carottage. Selon l'agronome, il s'associe aux racines de la plante, à l'image de nodosités, stocke l'eau et devient une véritable interface. « Ainsi la plante n'absorbe que ce dont elle a réellement besoin, témoigne-t-il. Ce n'est pas un simple relargage, qui pourrait entraîner des phénomènes d'asphyxie. »

Le Polyter, nouvel or bleu ?

Augmentation de la masse racinaire et chute de la mortalité

En vigne, il conseille un apport de dix grammes par pied. Apportés à la plantation, ils permettent de mettre les pieds de vigne dans le meilleur contexte possible. Ils auront ainsi un développement racinaire plus important dans les premières années, assurant une croissance plus rapide, mais aussi une meilleure implantation. Ils seront donc plus forts à l'avenir. « En 2016, j'ai suivi un château bordelais qui a planté une dizaine d'hectares de la sorte. Il a eu 100 % de réussite, sans arroser, alors que l'année était très sèche, relève Philippe Ouaki Di Giorno. De même, sur une parcelle de deux ans, nous avons obtenu une taille des plants au niveau du collet ainsi qu'une production équivalente à une vigne de quatre ans. » L'intérêt est encore plus flagrant sur les complants, qui arrivent ainsi à faire leur place et à rattraper le retard malgré la rude concurrence. Autre effet induit par le produit : il permet de décompacter le sol, que ce soit par ses propriétés mécanique ou par le retour de la vie lombricienne. Utilisé à 20-30 cm de profondeur, il ne profite pas aux adventices. Et cerise sur le gâteau, il est compatible avec une plantation à la machine. Au prix de 24 euros le kilo (soit 24 centimes le plant), le Polyter pourrait se révéler rapidement rentable rapporté à la baisse de mortalité des jeunes plants et au temps économisé à l'arrosage...

L'autorisation d'usage sur vigne par l'Anses est encore en attente

Toutefois, l'utilisation du Polyter n'est pour l'heure pas autorisée en viticulture. En effet, même si le produit bénéficie d'une autorisation de mise en marché (AMM), l'agence précise que « les usages sur cultures à fins alimentaires ne sont pas autorisés au motif de l'absence de données sur les résidus dans les denrées issues de ces cultures ». Cette restriction d'usage intervient dans le cadre du principe de précaution, afin d'éviter tout problème sanitaire.

De son côté, l'inventeur du Polyter, Philippe Ouaki di Giorno assure avoir effectué les tests adéquats, et les avoir envoyés en début d'année à l'Anses, qui a accusé réception. « J'ai fait réaliser toute une série d'essais par un laboratoire accrédité Cofrac qui m'a été recommandé par le ministère de l'Agriculture. Un dossier de 96 pages confirme la dégradation complète du polymère par les bactéries du sol, et l'absence de transfert dans la plante » justifie-t-il. Quoi qu'il en soit, il faudra attendre que l'Anses se prononce afin d'être fixés sur la possibilité ou non d'employer ce type de produits dans le cas de la vigne. L'utilisation d'une matière fertilisante ou d'un support de culture qui ne respecte pas les prescriptions de l'AMM est passible de sanctions pouvant aller jusqu'à 30 000 euros d'amende et six mois d'emprisonnement.

Source Réussir vigne

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