Le projet XXL des Chinois

Benjamin Rosier, Actuagri - Réussir Vigne Réussir Novembre 2011

Les Chinois sollicitent le savoir-faire français pour cultiver, à terme, 67 000 hectares de vignes dans une région reculée, proche de la Mongolie intérieure. Un projet pharaonique qui s’embarrasse peu des questions d’origine.

Consommation : une demande de diversification

La Chine a besoin des savoir-faire français pour accroître sa productivité agricole, la qualité et la sécurité sanitaire de ses produits alimentaires. Elle veut aussi diversifier son offre d’aliments face à des consommateurs plus exigeants. 300 entreprises chinoises seront présentes lors du Forum franco-chinois pour combler “ notre retard dans ces domaines ”, explique Yu-e Tong, secrétaire générale adjointe de l’association CAAIE. Les entreprises françaises ont, de leur côté, l’opportunité de pénétrer davantage le marché chinois en élargissant leur offre de produits, de technologies, de matériels et d’équipements… La France est déjà le premier fournisseur agroalimentaire européen de la Chine, en particulier de vins et spiritueux. Mais elle est aujourd’hui confrontée à une concurrence accrue de l’Australie, de l’Italie ou de l’Espagne sur le secteur des vins.

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Le savoir-faire agricole et vitivinicole français a décidé de s’exporter vers la Chine et ce sont les Chinois qui viennent à la rencontre des professionnels français. Un forum agricole et agroalimentaire franco-chinois se tiendra les 29 et 30 novembre prochains, à Pékin, un rendez-vous d’affaires organisé par les associations Europe-China Commercial Union (ECCU) et China Agricultural Association for International Exchange (CAAIE). L’urbanisation et le développement économique de la Chine modifient la nature de la demande agricole et alimentaire chinoise. À tel point que la modernisation de ces secteurs est la première priorité du 12e Plan quinquennal 2011-2015 arrêté par le gouvernement central chinois. Ce Forum est organisé sous le patronage des ministères français et chinois de l’Agriculture.

Le Ningxia viticole

Une douzaine de provinces chinoises ont déjà transmis pour le Forum franco-chinois une cinquantaine de projets dont la moitié concerne des filières d’élevage. Ils portent très souvent sur le développement complet d’une filière de production. Mais un projet vitivinicole de grande envergure retient l’attention. Dans la Région autonome du Ningxia (sud-ouest de la Chine, région reculée proche de la Mongolie intérieure), sur le piémont oriental de la montagne Helanshangdon, on attend le savoir-faire d’investisseurs français pour cultiver la vigne sur 47 000 hectares d’ici à 2015 et sur 67 000 d’ici à 2020 (pour 704 000 tonnes de raisins de cuve). Les conditions pédoclimatiques de cette zone, située sur les plaines alluviales du Fleuve Jaune et qui s’étend au total sur 200 000 hectares, sont propices à la viticulture, assurent les autorités chinoises : la vigne y est présente depuis un millénaire. La région a ainsi produit 146 000 tonnes de raisins de cuve en 2010 sur 21 400 hectares.

Un projet “ bordelais ” baroque

Mais cette fois les autorités du Ningxia entendent créer un grand “ corridor ” viticole rassemblant deux villes, dix bourgs et une centaine de villages. On souhaite y cultiver des cépages issus du vignoble bordelais, dans le but de créer l’équivalent des vins d’appellation. Les porteurs de ce projet pharaonique annoncent la création de… 100 000 emplois !
Les autorités chinoises ont diffusé quelques supports de communication (DVD, livres…) sur leur projet qui révèlent l’étendue de leurs ambitions et leur fascination pour le vignoble français. “ La bourgade du raisin de Bordeaux à la montagne de Helan ” (sic), telle qu’est baptisée la région, prévoit, outre la création d’un vignoble de plus de 60 000 hectares, des installations communes singeant à la fois le village bourguignon et les châteaux bordelais (voir illustration) et incluant… un centre de conférences de l’Organisation internationale du vin (OIV). Si les Chinois ont, paraît-il, appris à respecter la notion d’origine pour les champagnes et quelques grands crus, les vieilles habitudes ont du mal à disparaître.

Pour s’inscrire en ligne au Forum de Pékin et s’informer sur le détail des différents projets, un site web – www.foralim-france-chine.com – est ouvert depuis le 26 septembre 2011.

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