Les AOC se mobilisent pour le maintien de l’OCM Vin

Sophie Caron

Les AOC se mobilisent pour le maintien de l’OCM Vin

A l’occasion de leur assemblée générale, qui se déroulait jeudi à Cognac, les responsables de la CNAOC ont fait un bilan plutôt positif de l’OCM Vin. Leur objectif : faire perdurer ce système après 2018.

L’OCM vin mis en place en 2008 par la Commission européenne repose sur trois piliers : un système européen d’indications géographiques (AOP, IGP, VSIGP), des aides de l’Union européenne (à l’investissement, à la restructuration, à l’exportation, …) et un système de régulation de la production. Chaque année un budget de 1,3 milliard d’euros est ainsi versé à la filière viticole européenne par la Commission dont 280 millions pour la France.

Après le démantèlement des mécanismes d’intervention européens, en 2013, la filière viticole s’est remobilisée pour maintenir une régulation via notamment un nouveau système d’« autorisation de plantations », dont le niveau est rediscuté chaque année sur un plan européen, puis national. Pour 2016, les pays membres ont ainsi la possibilité d’agrandir leur vignoble de 1% maximum. Si tous les hectares autorisés sont réellement plantés, le vignoble européen pourrait augmenter de 25.000 ha en 2016, dont un peu plus de 8.000 pour la France. Rappelons que d’après les derniers chiffres de l’OIV, le vignoble européen a régressé de 26.000 ha entre 2014 et 2015, dont 5.000 en France.

Cognac veut pouvoir gérer son potentiel de production

« Nous n’avons pas fini de mesurer les répercussions de cette réforme, l’importation de vins espagnols sur notre territoire en est une des conséquences » temporise toutefois Bernard Farges, président de la CNAOC, qui réclame un vrai bilan pour identifier tous les problèmes et y remédier.

Le nouveau système de plantation qui « donne un espace de liberté aux vins sans IGP », pose également problème au Cognac. En effet, cette eau-de-vie n’obtient son AOC qu’après l’alambic, le vignoble lui-même étant considéré comme sans IGP. Selon la réglementation, un vigneron peut donc très bien acheter des vignes dans un autre vignoble, les arracher, puis replanter en vigne destinées au Cognac. « Tout le monde est perdant car on dépouille les autres régions et Cognac ne peut plus gérer son potentiel de production » explique Stéphane Roy, président de l'UGVC, syndicat de défense de l'AOC Cognac. Si l’on rajoute à ces hectares ceux acquis par le biais de demandes de contingents de vins sans IG, la filière Cognac pourrait s’agrandir de 250 ha, alors que les besoins ne sont que de 35 ha cette année, estime Stéphane Roy.

Autre soucis : la réglementation sur l’utilisation des produits œnologiques et notamment  l’enrichissement. Ainsi, si le Vaucluse ne peut utiliser que des moûts concentrés, le département voisin, la Drôme, a le droit d’employer du sucre pour enrichir ses mouts. Les différents vins peuvent ensuite être assemblés. Une « aberration » soulevée par Philippe Pellaton, président du syndicat général des vignerons des Côtes du Rhône.

Anticiper la nouvelle OCM

Mais même si elle n’est pas parfaite, tout le monde s’accorde à dire que la réglementation européenne est  indispensable. « Il y a quelques trous dans la raquette, mais nous allons les boucher. Ce ne sont que des situations atypiques à régler » estime Jean-Luc Dairien, directeur de l'Institut National de l'origine et de la qualité (INAO).

Tous sont d’accord sur la nécessité de se mobiliser pour prolonger l’OCM de 5 années supplémentaires, après 2018. « Il faut anticiper pour ne pas avoir de rupture dans le système et se mettre dès à présent au travail pour préparer la nouvelle programmation (de l’OCM Vin. NDLR) », estime Jérôme Despey,secrétaire général adjoint de la FNSEA. « La décision de prolongation relève d’une décision politique » rappelle Rudy Van der Stappen le chef adjoint de l'unité vin à la Commission européenne, invité à participer aux débats.

Les AOC veulent expérimenter les cépages résistants

L’assemblée générale de la CNAOC a également été l’occasion, pour les vins d’appellation, de montrer leur volonté de s’engager dans la voie de l’agro-écologie. « Nous avons un vrai sujet, l’environnement, nous avons mis du temps à nous y engager mais là, nous y sommes. Nous, AOC, ne devons pas passer à côté ! » a estimé Bernard Farges. Des pistes sont d’ores et déjà sur la table et notamment la possibilité d’utiliser des cépages résistants à certaines maladies comme l’oïdium ou le mildiou.

« Il faut tester ces cépages, aller de l’avant, c’est la compétitivité de demain qui est en question » a souligné Hervé Durand, directeur adjoint au ministère de l'agriculture. Une procédure accélérée de reconnaissance de certains cépages européens résistants est en cours, via FranceAgriMer. « Pourquoi ne pas introduire 5% de ces cépages résistants dans nos cahiers des charges », propose Bernard Farges.

Pour l’instant, seuls les Vitis vinifera sont autorisés pour la production d'AOC et toute modification de cahier des charges, désormais du ressort de Bruxelles, est longue et fastidieuse. « La Commission avance sur ces sujets pour simplifier les procédures », a assuré Rudy Van der Stappen.

* CNAOC : Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à AOC

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