Les coopératives vinicoles au cœur de l’économie sociale et solidaire

Claudine Galbrun - Réussir Vigne Mai 2013

Parc de cuves de la coopérative les Terroirs de la Voie Domitienne. © P. Cronenberger
Les coopératives sont des structures acapitalistes. Ce ne sont pas des outils financiers, car ce qui est rémunéré est le travail des adhérents pas le capital social. © P. Cronenberger

Modernité ‹ La coopération, et notamment la coopération vinicole, est un des piliers de l’économie sociale et solidaire. Et les coopératives vinicoles entendent bien le revendiquer. Au nom de la modernité.

La coopération serait une idée moderne. D’ailleurs, il s’en parle désormais dans bien d’autres secteurs que l’agriculture où l’on assiste à un certain renouveau des scop (société coopérative ouvrière de production), apparaissant comme la solution alternative à la fermeture d’une entreprise. “ Dans un environnement économique très individualiste, parler d’entraide et de solidarité est une idée moderne ”, estime Nathalie Corade, économiste à l’Enita de Bordeaux. “ La coopération est ainsi un système qui permet d’entrer autrement dans la compétitivité. Et à ce titre, les coopératives font partie de l’économie sociale et solidaire. Les dirigeants coopératifs se contentent souvent de défendre l’outil de production mais les coopérateurs de base ont bien compris qu’ils étaient dans un système moderne. Même en Gironde, alors que la coopération n’est pas considérée comme le modèle économique vers lequel il faudrait tendre alors qu’il l’est en Languedoc. ”
Pour Boris Calmette, président de la CCVF (Confédération des coopératives vinicoles de France), la coopération relève effectivement de l’économie sociale et solidaire de par ses statuts. Et le nouveau logo de la CCVF affirme bien cette appartenance. “ Les dirigeants coopératifs sont de plus en plus sensibles à mettre en œuvre une économie durable. De plus, les coopératives sont des structures acapitalistes. Ce ne sont pas des outils financiers car ce qui est rémunéré est le travail des adhérents et pas le capital social. Enfin, les coopératives sont attachées à un territoire et ont pour mission de valoriser la production des coopérateurs. Ce qui en fait des outils non délocalisables. Ce qui est un élément très important. ” Et Bernard Solans, président de la FCVA (Fédération de la coopération vinicole d’Aquitaine), d’enfoncer le clou : “ On entend beaucoup parler d’aménagement du territoire. Or, les coopératives peuvent exporter leurs produits mais ne peuvent pas être délocalisées. Elles sont le moyen d’ancrer des hommes et des entreprises dans un territoire et sont sources d’emplois. Nous nous inscrivons ainsi dans une forme de citoyenneté. Ce peut être un modèle gagnant qui apporte des réponses économiques et qui peut aussi être capable de relever les défis de demain. ”

“ Les coopératives sont le moyen d’ancrer des hommes et des entreprises dans un territoire et sont sources d’emplois ”

Aussi, la CCVF se montre très intéressée tout en étant vigilante, par le projet de loi en préparation et qui devrait être présenté dans les prochains mois par le ministère de l’Economie sociale et solidaire. Ce projet de loi vise à donner un cadre général au secteur et comprendra, entre autres dispositions, la modernisation des dispositions législatives régissant le statut des coopératives. Et si jusqu’à présent, la CCVF n’avait qu’un seul interlocuteur au niveau des pouvoirs publics, elle en a à présent, un nouveau en la personne de Benoît Hamon, ministre de l’Economie sociale et solidaire. “ Nous entendons bien travailler à la rédaction de ce projet de loi avec une donnée de base : la coopérative est une entreprise, qui donc, par définition, entreprend même si elle n’est pas une entreprise comme les autres ”, souligne Denis Verdier, président du groupe ICV (Institut coopératif du vin) et ancien président de la CCVF. Alors qu’il l’était encore, il avait d’ailleurs demandé à rencontrer Benoît Hamon. Boris Calmette, son successeur, entend bien que le statut de la coopération soit préservé en l’état. “ À nous de le faire respecter et d’éviter les dérives. Il faut que la loi grave dans le marbre la spécificité de nos coopératives en matière fiscale, notamment. Spécificité qui ne constitue pas un avantage ou un privilège mais qui vient en face d’une série d’obligations comme l’ancrage dans un territoire, l’acceptation de la totalité de la production des adhérents. Ce qui justifie une fiscalité particulière. ”
Pour plaider la cause de la coopération, Boris Calmette pourra aussi mettre en avant l’esprit coopératif (anglicisé en coop spirit !) qui serait particulièrement vif dans la coopération vitivinicole. Et ce, malgré les nombreuses restructurations qui ont eu lieu et qui ont accru la taille des entreprises. “ Les coopératives vinicoles n’ont sans doute pas atteint un niveau de gigantisme tel que cet esprit coopératif se soit perdu. Mettre en place une fusion de coopérative prend du temps, beaucoup de temps. Un temps sans doute nécessaire pour conserver l’organisation collective et pour faire en sorte que le lien entre l’adhérent et sa coopérative et même entre le salarié et sa coopérative ne se défasse pas ”, estime Nathalie Corade. Et ce qui distingue la coopération vitivinicole par rapport aux autres grandes structures coopératives est le fait que l’adhérent participe aux débats, constate Bernard Solans. “ L’adhérent dans certaines coopératives céréalières n’est plus qu’un numéro et se contente de constater les résultats de son entreprise. Ce qui n’est pas le cas dans notre secteur. ” L’esprit coopératif est une affaire de culture, souligne encore Denis Verdier. “ C’est le maintien de la tradition des caves de village. Pour l’avenir, il faudra savoir transmettre cette dimension aux jeunes. Ce qui est un vrai problème tant ils sont surchargés de travail et ont du mal à s’impliquer dans l’activité de leur cave. ”

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