Les vins bio, une tendance lourde

Claudine Galbrun - Réussir Vigne Mars 2013

Les vins bio, une tendance lourde
5000 viticulteurs et 182 caves coopératives sont engagés dans la démarche bio. © D. Sepeau

Les vins bios ne sont plus une niche mais s’inscrivent bel et bien dans une évolution de consommation lourde. La filière semble avoir de beaux jours devant elle à condition qu’elle sache gérer cette croissance.

Le salon Millésime bio a fermé ses portes. Sur une note de succès avec une fréquentation en hausse de 11 %. De quoi fêter dignement son vingtième anniversaire. “ Pourtant, au début, ce n’était pas grandiose ”, se souvient Thierry Julien. “ Nous étions seulement une petite dizaine de vignerons qui dégustions nos vins du millésime. Ce qui a d’ailleurs donné le nom à ce salon. Mais on y croyait et aujourd’hui, nous sommes arrivés à maturité. Nous avons même dû limiter le nombre d’exposants à 700 pour préserver ce fragile équilibre entre l’offre et la demande. L’avenir semble donc porteur. La bio aujourd’hui n’est plus une mode mais bien une tendance lourde. ” Selon les données de l’agence bio, à la fin 2012, 5 000 viticulteurs ont choisi ce mode d’agriculture. Les surfaces ont été multipliées par quatre en dix ans et 182 caves coopératives se sont engagées dans cette voie. La CCVF (Confédération des coopératives vinicoles de France) vient d’ailleurs de créer un groupe de travail “ vin bio ” afin de permettre aux caves de travailler et d’échanger sur cette question. “ En viticulture, ces trois dernières années, nous avons constaté une vague de conversion très importante même si les choses ont tendance à se calmer un peu. Nous ne pouvons que nous réjouir que des gens adhèrent à notre démarche surtout s’ils le font avec conviction et pas dans un unique but commercial. Ces nouveaux entrants ont sans doute entendu la demande du marché français qui est nouvelle, datant d’il y a trois ou quatre ans, alors que la bio était auparavant essentiellement tournée vers l’export. Pour autant, nous n’avons pas à Sudvinbio, de projets de développement massif des surfaces. Nous préférons y aller doucement mais sûrement et prônons une augmentation des surfaces modérée. Nous avons une crainte de la massification qui risquerait de faire chuter les prix. Il y a un seuil en dessous duquel nous ne sommes plus rentables. Il faut le dire à ceux qui veulent nous rejoindre. La marge de manœuvre est étroite ”, explique Thierry Julien. Certes, poursuit Yves Dietrich, vigneron bio en Alsace et président de la Commission bio à l’Inao, il y a un climat de confiance chez les producteurs, notamment alsaciens. “ Les apporteurs de raisin ou les vracqueurs bio bénéficient d’un prix de 30 % supérieur par rapport à leurs homologues conventionnels. Mais nous veillons à ne pas nous développer plus vite que ce que nous pouvons vendre. Nous avons d’ores et déjà atteint les objectifs du Grenelle de l’environnement qui fixait à 6 % en 2012, les surfaces consacrées à la bio. Mais nous devons rester attentifs à la maîtrise de l’offre et de la demande. Ce qui n’exclut pas de penser que dans vingt ans, 100 % de la viticulture française soit en bio. C’est une vision optimiste mais qui reste faisable.

“ Les consommateurs contribuent à rajeunir le panel des vins en général : les jeunes se tournent vers les vins bio ”

” Pourquoi pas ? renchérit Thierry Julien. “ Il y a vingt ans, qui aurait pu prévoir une telle augmentation des surfaces. Et puis, nous devons désormais tenir compte du consommateur qui, grâce aux nouvelles technologies, se tient au courant de tout ce qui se passe. Il sait aujourd’hui, par exemple, qu’il peut y avoir des résidus dans le vin. Or, un vin bio est sans résidu. Si demain, une réglementation impose un vin sans résidu, une voie royale s’ouvre. Mais je parle là peut-être d’un monde idéal. Sans négliger l’inertie dont peut faire preuve le monde paysan. Et même s’il ne faut pas oublier que notre première motivation à devenir viticulteur bio était de ne pas s’empoisonner nous-même. De ce point de vue, nous serions assez représentatifs de l’agriculture de demain ”. En attendant, force est de constater que certaines régions viticoles rechignent à se convertir, en particulier, celles qui produisent du raisin à destination du cognac, par exemple. “ Pour la production d’alcool, la diminution de rendement qu’entraîne le passage au bio n’est pas un critère qualitatif. Il serait donc nécessaire de plancher sur une technique qui permettent à ces vignerons de conserver leur haut rendement ”, souligne Yves Dietrich. Ce qui pourrait également freiner l’objectif du tout bio est qu’aucune mesure environnementale ne soit inscrite dans les cahiers des charges des AOC, regrette encore Yves Dietrich. “ Seules des chartes peuvent être mises en œuvre mais doit-on uniquement s’appuyer sur des démarches volontaires ? ”

La grande distribution veut disposer de produits bios

Autre point qui joue en faveur du développement de la bio : le fait que la grande distribution veuille disposer de produits bios en général et de vins bios en particulier, dans ses linéaires. “ Cela ne peut que tirer les volumes ”, indique Thierry Julien tout en se montrant prudent. “ Jusqu’à présent, nous avons bien résisté à la grande distribution car le rapport de force était en notre faveur. Maintenant que l’offre et la demande s’équilibre, il va falloir se montrer vigilant et rester raisonnable en qualité et en prix. D’autant plus que les consommateurs de vins bios contribuent à rajeunir le panel des consommateurs de vins en général. Les jeunes se tournent vers les vins bios donc le coup est jouable. ”
Et puis désormais, les vins bios existent et ne sont plus ces vins “ issus de raisin produit en agriculture biologique ”, grâce à l’adoption, au niveau européen, du règlement vinification bio et qui vient de connaître sa première année d’application. “ Ce fut une grande victoire ”, assure Thierry Julien. “ Il y a toujours des insatisfaits qui considèrent que celui-ci ne va pas assez loin. Ils peuvent toujours s’en remettre à des marques privées pour élever le standard. Mais on peut s’appuyer sur un socle commun. Une révision de ce règlement est prévu en 2015. À nous d’y travailler. ”
 

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