Marchés : La campagne de toutes les tensions

Marion Ivaldi

De nombreux facteurs risquent de faire de la campagne 2008-2009 une année marquante dans l'histoire de la viticulture française.

“ Cette année 2008, nous observons une vraie pression sur les prix. La campagne commence difficilement ”, indique George-Pierre Malpel, directeur général de Viniflhor. “ Les négociants n'ont plus de marge de manoeuvre. Ils vont être obligés de répercuter sur la production ”, poursuit-il. Selon Viniflhor la production avait, jusqu'alors, été encore peu touchée par la baisse des prix. “ Durant 2008-2009, les négociants ont amorti la baisse des cours. Nous avons ainsi relevé une hausse de 3 % des prix à la production ”, ajoute George-Pierre Malpel.
Il est vrai que la crise financière qui frappe ce qu'il est convenu d'appeler l'économie réelle a ralenti très fortement le passage des commandes au cours du dernier semestre 2008. “ La distribution cherche à faire baisser les prix sur tous les segments. Elle exerce une pression sur les “ popular ” pour les passer en dessous de 3 euros ”, précise George-Pierre Malpel. Et des marchés comme la Grande-Bretagne deviennent “ hyper sensibles ” aux prix. “ La distribution britannique écrase les prix et ne s'inquiète absolument pas du fait que la récolte française atteint à peine les 42 millions d'hectolitres ”, explique George-Pierre Malpel.

Arguant de la crise financière qui touche l'économie réelle, la grande distribution va sans nul doute exercer une pression sur les prix de ses fournisseurs. (G. Deloison)

Arguant de la crise financière qui touche l'économie réelle, la grande distribution va sans nul doute exercer une pression sur les prix de ses fournisseurs. (G. Deloison)

Rapport négoce/distribution modifié

À cette crise économique, s'ajoute la loi de modernisation de l'économie (LME) promulguée en 2008, qui bouleverse les rapports entre le négoce et la grande distribution. La LME prévoit tout d'abord le passage des délais de paiement de 75 à 60 jours. Face à cette réduction, la grande distribution ne perd pas de vue son intérêt et réclame au négoce la réfaction du prix des 15 jours supprimés. “ Selon les distributeurs, les demandes de baisse de prix varient de 8 à 12 % ”, indique Michel-Laurent Pinat, directeur général de l'AGEV. S'il est difficile de connaître précisément l'issue de la négociation, le négoce s'attend à devoir baisser ses prix à ce titre.
Par ailleurs, la loi supprime les marges arrière. Les deux parties, négoce et grande distribution, doivent en effet désormais fixer un prix net dans le cadre d'un plan d'affaires qui comprend toutes les ristournes, rabais et promotions concédés à la grande distribution, sans que ces lignes soient clairement détaillées. “ La fixation du prix dépendra de la puissance de négociation de chaque acheteur ”, estime Michel-Laurent Pinat. Et c'est là que le bât blesse ! Car la grande distribution utilise, à tort ou à raison, l'argument de la crise économique pour faire baisser les prix. “ Les baisses demandées sont en moyenne de 5 % ”, précise Michel-Laurent Pinat, économiste à l'Inra.

Pour Jean-Pierre Couderc, cette baisse des prix est d'une clarté mathématique. “ Auparavant un produit vendu 100 en rayon de grande surface comprenait les 30 % de remise acquise par la distribution. La grande distribution souhaite donc l'acheter aujourd'hui à 70 et négocie ce prix à la baisse pour financer les prestations commerciales comme les promotions. Il y a donc une diminution du prix de vente des metteurs en marché ”, explique-t-il.
À cette difficulté de négociation, s'ajoute l'application d'une autre disposition de la loi : le versement par le négociant d'un acompte de 15 % à la commande de vin au producteur. Cette obligation s'applique en l'absence d'accords interprofessionnels. Et le négoce a activement oeuvré durant tout le dernier semestre 2008 à mettre en place ces accords pour assouplir cette disposition. Reste que les règles concernant les vins de table et les vins de pays (excepté les vins de pays d'Oc) n'étaient toujours pas fixées à la fin novembre.

Cette nouvelle obligation a, malgré tout, modifié le comportement d'achat du négoce. “ Cela a participé au ralentissement des transactions observées à la fin 2008. La grande distribution n'a pas l'obligation de s'engager vis-à-vis de ses achats, mais le négoce si. Il est donc pris en étau. Cette disposition aurait dû s'appliquer à l'ensemble de la filière. Ce type de mesure imposée par la production est contre-productif ”, indique un courtier du Languedoc-Roussillon.
Du coup, le vin a du mal à sortir des chais. “ Production et négoce semblent assez d'accord sur l'analyse du marché, ce qui est assez rare pour être souligné : le marché est arrêté. La grande crainte est qui va financer les stocks ? ”, s'interroge George-Pierre Malpel. Pour Jean-Pierre Couderc, c'est la production qui porte le financement du stock. Et dans ce cas précis, “ le coût d'un stock supplémentaire conjoncturel est fonction des taux d'intérêts, car le plus souvent financé par des dettes à court terme ”. Ainsi en 2002-2003, le décalage de six mois des achats avait provoqué une nette dégradation des trésoreries et l'obligation de faire des emprunts à court terme. Sauf que les banques se montrent plus frileuses à prêter et que le taux d'endettement du vignoble est déjà assez élevé…

Source Réussir Vigne Janvier 2009

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