Monde : Accélération de la concentration de l'offre

Marion Ivaldi

De l'Espagne à l'Afrique du Sud, les entreprises cherchent à présenter les volumes les plus importants possibles. Objectif : profiter d'un marché en constante augmentation.

En dix ans, les volumes échangés au niveau international ont plus que doublé, passant de 47 millions d'hectolitres de vins commercialisés en 1996 à 91 millions d'hectolitres en 2006. En valeur, le constat est le même. Le marché représentait 10 milliards de dollars en 1996 et 26 milliards de dollars en 2006. La hausse est cependant moins spectaculaire à la lecture du prix moyen. Ce dernier est passé de 2,23 $/l en 1996 à 2,83 $/l en 2006.

Autrement dit : si les volumes échangés ont bien augmenté, leur valeur en revanche n'a pas suivi la même courbe. La hausse modérée de la demande mondiale n'exerce pas une pression extrêmement forte sur les prix, toutefois ce marché devient de plus en plus internationalisé. Fortes de ce constat, les entreprises viticoles n'ont pas d'autre choix que de présenter une offre la plus conséquente possible. Des structures de production surgissent ainsi un peu partout. “ On peut citer une coopérative de la Castilla de la Mancha en Espagne qui produit quelques 1,5 million d'hectolitres avec une maîtrise des coûts de production pour les maintenir au plus bas ”, explique Alfredo Coelho, chercheur au sein de l'unité Marchés, organisations, institutions et stratégies d'acteurs de Montpellier Sup Agro. Et de citer un mouvement de concentration de l'offre qui est “ nettement supérieur dans l'hémisphère Sud que Nord, à l'instar de groupe comme Foster's ou Pernod Ricard qui produit en Australie ”.
Par ailleurs, 56 coopératives d'Afrique du Sud proposent sur le marché environ 80 % de la production du pays. Le mouvement existe néanmoins en Europe. La région de la Castilla de La Mancha compte 220 coopératives. 73 d'entre-elles produisent 60 % des volumes de cette région. “ Le phénomène existe aussi en Italie où les coopératives leaders couvrent l'ensemble du territoire national ”, ajoute Alfredo Coelho.

Pour l'instant, les unités de productions européennes n'ont que faiblement bénéficié de l'accélération du commerce international. (P. Cronenberger)

Pour l'instant, les unités de productions européennes n'ont que faiblement bénéficié de l'accélération du commerce international. (P. Cronenberger)

 

Lancement de partenariats

Des stratégies de regroupement de l'offre se mettent également en place sans que des fusions interviennent. En 2006, sept caves coopératives espagnoles ont choisi de commercialiser ensemble leurs productions d'AOC. Elles représentent 25 000 viticulteurs et 200 000 hl, soit 6 % de la production de vin du pays. Au Portugal, en novembre 2008, à l'initiative de la Fédération nationale des caves coopératives (Fenadegas), s'est créé A9, un partenariat qui regroupe 27 caves coopératives. Il représente 15 200 viticulteurs produisant 15 % de l'offre portugaise soit 1,1 million d'hl. “ Ces partenariats, que ce soit en Espagne ou au Portugal, affichent tous une volonté d'ouverture et souhaitent que d'autres structures les rejoignent. Ils poursuivent le même objectif. En concentrant l'offre, ces associations commerciales sont en capacité de répondre à la demande de gros distributeurs qui attendent des volumes importants et de façon continue. Cette stratégie va leur permettre de faire monter les prix de vente à l'export, de réaliser des promotions et développer des marques fortes ”, indique Alfredo Coelho.

Ce mouvement de concentration est accompagné par les politiques des États. “ Ainsi, la nouvelle réglementation européenne mise en place cette année va dans ce sens ”, constate Alfredo Coelho. La Commission a choisi d'inciter au développement du commerce international en apportant des soutiens à la promotion vers les pays tiers (hors UE) et à la restructuration des entreprises. Car le constat est que pour l'instant, les unités de productions européennes n'ont que faiblement bénéficié de l'accélération du commerce international. Entre 1989 et 2004, sur 15 pays européens, les exportations vers les pays tiers sont passés de 10,6 millions d'hl à 13,3 millions d'hl. Dans le même temps, les expéditions entre pays tiers ont été multipliées par trois et les importations de ces pays dans la communauté européenne ont été multipliées par quatre. L'enjeu est d'autant plus important qu'une nouvelle concurrence est en train d'émerger. La Chine et l'Inde se mettent à produire du vin. Par ailleurs, des pays traditionnellement producteurs de raisins de table pourraient également se tourner vers le vin. “ La Turquie et l'Iran sont potentiellement des concurrents dont les coûts de production feront la différence. ”

Phénomènes de ré-expéditions

La concentration des entreprises n'est pas la seule stratégie possible. La maîtrise des coûts est un enjeu considérable. Ainsi se développent de plus en plus des phénomènes de réexportations. La marque californienne Blossom Hill expédie ses vins en vrac en Italie où ils sont embouteillés pour être ré-exportés vers le Royaume-Uni et la Scandinavie. “ Cela permet de baisser les coûts de transports et de logistique ”, précise Alfredo Coelho. Ce genre d'opérations a également le mérite d'améliorer le bilan carbone du produit, ce qui n'est pas pour déplaire aux distributeurs et aux consommateurs.
Les cépages sont également un facteur déterminant sur le marché mondial. “ C'est ainsi que le Languedoc est en concurrence directe avec les pays producteurs de ces mêmes cépages ”, indique Alfredo Coelho. La demande s'oriente aujourd'hui vers de nouveaux cépages et ceux dits autochtones ont un potentiel important car ils permettront aux entreprises de se démarquer. Le nero d'avola fait la réputation de la Sicile, le touriga nacional portugais commence à être planté au Brésil et intéresse les Chiliens. La course à l'intensification et au productivisme n'est donc pas la seule solution…

 

Source Réussir Vigne Mars 2009

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