Quand la bande dessinée sert la cause du vin

Claudine Galbrun. Réussir Vigne Novembre 2011

Une initiation à la culture du vin. © Editions Glénat
En Asie, il est de bon ton d’offrir un épisode de ce manga et la bouteille de vin qui y est évoquée.

Le succès du manga Les Gouttes de Dieu le prouve : on peut être pédagogue tout en utilisant un moyen ludique pour amener de non consommateurs de vin à découvrir son univers, estime Joëlle Brouard, professeur à l’ESC Dijon.

Joëlle Brouard, professeur à l’ESC Dijon. (DR)

Christophe Coquillat, étudiant, est un fan du manga Les Gouttes de Dieu. Il va prochainement intégrer la formation de mastère en commerce international des vins. “ Avant d’opter pour cette formation, j’étais déjà très intéressé par le vin mais je dois reconnaître que la découverte de ce manga a beaucoup joué dans ma décision. Moi qui ai plutôt tendance à ne pas finir ce que j’ai commencé, là je me suis rendu compte que je ne me lassais pas. ” Et comme de nombreux autres fans, Christophe attend la sortie en français du 21e tome des aventures de Shizuku Kanzaki dans sa quête, de vignoble en vignoble pour ce mystérieux vin, surnommé Les Gouttes de Dieu. Vin qui n’est plus mystérieux puisque le dernier épisode de ce manga, paru au Japon en 2010, a révélé le nom du divin breuvage : Château le Puy 2003. “ C’est formidable que ce soit un vin français qui ait été ainsi mis en lumière et cela d’autant plus qu’il provient d’une appellation bordelaise peu connue : les côtes de francs. Ce qui est aussi extraordinaire, c’est que dès que le nom des Gouttes de Dieu a été connu, le domaine Amoreau, propriétaire de ce vin, a constaté une explosion de la demande, en provenance notamment du Japon, pour ce millésime ”, souligne Joëlle Brouard. A tel point que le domaine a immédiatement stoppé les ventes de ce millésime afin d’empêcher la spéculation. Et pour tous ces vignerons cités, la surprise a été totale puisque ce sont les auteurs du manga, suite à de nombreuses dégustations à travers le monde, qui ont choisi les vins apparaissant dans ce manga.

Ce n’est donc pas du placement produit et cela, d’autant plus que les auteurs de ce manga sont de réels amateurs de vin. “ Ce manga a aussi mis en exergue d’autres petites appellations comme viré-clessé ou loupiac, leur donnant une vraie reconnaissance en Asie où il est de bon ton d’offrir un épisode de ce manga et la bouteille de vin qui y est évoquée. Et puis, il fait la part belle aux vins français ”, poursuit Joëlle Brouard. Et pour nombre de fans, à l’instar d’Angela Sutan, professeur en économie expérimentale à l’ESC Dijon, l’objectif est de déguster tous les vins cités dans le manga. 

Le manga met en exergue des petites appellations comme le viré-clessé. © Editions Glénat

Les auteurs du célèbre manga sont d’authentiques amateurs de vin.

Histoire simple, même gentillette

Comment ce livre peut-il susciter autant d’enthousiasme ? “ L’histoire est pourtant relativement simple, même gentillette ”, constate Joëlle Brouard. “ Sauf qu’il propose une initiation à la culture du vin. Il est pédagogique expliquant par exemple, la hiérarchisation des AOC en Bourgogne, les climats, évoquant le terroir, les accords mets-vin mais cette pédagogie est sur un mode ludique et a parfaitement su séduire les trentenaires, cette génération qui arrive peu à peu au vin et qui a besoin de cette éducation. Ainsi des amateurs de manga ont pu grâce aux Gouttes de Dieu, découvrir le vin et des amateurs de vin sont devenus lecteurs de manga. ”

Pour Angela Sutan, qui avoue “ être complètement dépendante de ce manga ”, celui-ci est devenue le prisme à travers lequel elle voit l’univers du vin. “ Avec plusieurs autres passionnés, nous guettons les dates de sorties et nous faisons la queue devant la librairie au jour J. Je n’avais pourtant jamais lu auparavant de manga. C’est un collège qui, l’an dernier, m’a conseillé de courir à la librairie pour le découvrir. Et j’ai effectivement couru les librairies car beaucoup étaient en rupture de stock et dès la première page, je n’ai pu décrocher. Non seulement, on apprend beaucoup sur le vin mais il y a aussi toute une poésie qui m’a séduite et me fait rêver. ” La façon de traduire ce que ressent le héros lorsqu’il déguste un vin a sans nul doute contribué au succès de la série. Toiles de maîtres, symphonies lyriques, champs de fleur, évocation du paradis terrestre sont convoqués lorsque Shizuku porte un verre de vin à ses lèvres. Le vin serait donc avant tout plaisir et parlerait à l’affectif…
 Claudine Galbrun

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