Vendanges : Les retraités gonflent les rangs

En plein débat sur les retraites, les viticulteurs du Sauternais recrutent de nombreux vendangeurs âgés dont ils apprécient la minutie et la grande disponibilité, et qui bravent fatigue et courbatures par goût, mais le plus souvent par pur besoin financier.

Les seniors constituent cette année 11% des quelque 180 « coupeurs » recrutés dans ce premier cru supérieur de Sauternes. Ils peuvent être jusqu'à 2O% dans d'autres châteaux bordelais, résultat, souvent, de la politique de fidélisation qui voit trois quarts des vendangeurs revenir d'une année sur l'autre.

Les retraités sont une main d'oeuvre de prédilection des liquoreux « pour leur côté disponibles, méticuleux et consciencieux », souligne Jean-Pierre Faure, maître de chai de La Tour Blanche, premier cru classé de Sauternes. « On leur demande de faire un travail d'orfèvre », dit-il, car « ici plus qu'ailleurs c'est le vendangeur qui va déterminer la qualité du vin ». « Il faut avoir l'oeil, il ne s'agit pas de passer à côté des grappes confites car quelques jours après, elles sont perdues », lance Marie-Thérèse Aymon, 60 ans, qui vendange depuis deux ans à La Tour Blanche et n'éprouve plus de difficulté à distinguer la pourriture noble de « la pourriture aigre ».

Dans le Sauternais, les coupeurs « passent en moyenne quatre à six fois dans les rangs, contre une seule fois ailleurs », explique son chef d'équipe, Eric Periat. Ils travaillent une vingtaine de jours étalés sur une période de deux mois, en attendant que le champignon Botrytis fasse son oeuvre: « On nous appelle pour travailler trois jours, puis pour un seul jour la semaine d'après, il faut être disponible, c'est l'avantage d'être à la retraite », souligne Odette Gauchet, 67 ans.

« Ca fait 11 ans que je suis à la retraite, et 11 ans que je fais les vendanges, sinon je n'y arrive pas », admet Bernard Bariteau, 69 ans, ex-ouvrier spécialisé qui vendange à Château Brown. Dans cette propriété du Pessac Léognan, on « privilégie la mixité sociale », et les retraités viennent pour « s'aérer » et pour « l'esprit des vendanges », assure le directeur Jean-Christophe Mau. « Je suis le boute-en-train, pas là tellement pour gagner de l'argent mais pour prendre un bol d'air. C'est une cure psychologique, ça fait du bien à tout le monde. Et puis c'est un excellent exercice physique », s'amuse Pierre Colardeau, 72 ans. « Dur ou pas, on ne regarde pas si c'est dur », tranche Josette Jamet, doyenne d'Yquem qui, à 79 ans, avec une retraite de 180 euros mensuels, ne se cache pas d'être là « pour une raison: l'argent ».

Source AFP

Sur le même sujet

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier