Vin : L'export redémarre au premier semestre 2010

Marion Ivaldi

Faut-il croire en la reprise de l'export ? Le premier semestre 2010 a connu une reprise des ventes, les analystes restent sur leur garde.

La crise serait-elle derrière nous ? La réponse reste en suspends car si l'export reprend, les analystes restent timides sur leurs pronostics d'une véritable sortie de crise. Selon le ministère de l'Économie et des Finances, l'excédent commercial viticole a dépassé les 2,4 milliards d'euros contre 2,1 milliards au premier semestre 2009. Cette hausse est principalement portée par le champagne qui reprend des couleurs. “ En volume, au premier semestre, les expéditions ont augmenté de 17,9 % tous marchés confondus. La hausse est de 27,3 % à destination du marché européen et de 60,6 % à destination des pays tiers. Les prix moyens de vente sont stables par rapport à l'an dernier qui a connu une forte baisse. L'hémorragie a été stoppée. Les marques rémunératrices ainsi que les champagnes haut de gamme sont en train de repartir ”, se satisfait Daniel Lorson, directeur de la communication du Comité interprofessionnel des vins de Champagne. D'autres régions connaissent également des situations de redressement à l'export. Les bordeaux gagnent ainsi 8 % en volume, les vins d'appellation de la vallée du Rhône progressent de 7 %.

Le principal facteur qui a permis un bon dynamisme des ventes est la baisse du taux de change de l'euro face au dollar. “ L'effet de la baisse du taux de change impacte d'environ 20 % le prix des produits. Nos expéditions redeviennent plus compétitives ”, explique Jérôme Villaret, délégué général du Comité interprofessionnel des vins du Languedoc. Mais le taux de change n'explique pas tout et les analystes notent bien un regain d'activité. Durant la crise, les distributeurs intermédiaires avaient procédé à un déstockage des produits et bloqué les achats. Il semble que le marché se soit assaini et que ce déstockage soit terminé. Les importateurs ont à nouveau besoin de s'approvisionner. Enfin, le bon rapport qualité/prix de certains produits a également permis de faire repartir les ventes. “ Les vins du Rhône sont perçus comme des vins accessibles en goût et en prix. Cette image les aide sur certains marchés comme les Etats-Unis ”, commente Brice Eymard, économiste chez Inter Rhône.

Le premier semestre 2010 sera définitivement marqué par l'entrée de la Chine comme importateur de taille majeure. (Bleuenn Carré Chen)

Le premier semestre 2010 sera définitivement marqué par l'entrée de la Chine comme importateur de taille majeure. (Bleuenn Carré Chen)

 

Dynamisme chinois

Le premier semestre 2010 sera définitivement marqué par l'entrée de la Chine comme importateur de taille majeure. Si, jusqu'alors, les volumes expédiés restaient faibles, ils sont désormais tels que le pays ne se cache plus au fond des tableaux statistiques. “ Cette année, les volumes expédiés sur quatre mois représentent le total des expéditions sur cette destination en 2008 ”, constate Jérôme Villaret. Pour les vins de la Vallée du Rhône, l'export chinois représente désormais l'équivalent de leur marché japonais. Mais l'attirance des Chinois pour le vin bénéficie surtout aux vins bordelais. Ils représentent les deux tiers de la valeur des expéditions françaises vers ce pays. Sur 12 mois arrêtés à la fin juin 2010, les volumes expédiés atteignent les 170 000 hl, en hausse de 94 % (le marché britannique représente pour les bordeaux 200 000 hl). En valeur, la Chine atteint les 90 millions d'euros, en progression de 90 % (le marché britannique est de 210 millions d'euros). “ La valorisation en Chine est basse. Il semble que le marché chinois se développe toujours sur le bas de gamme. Le haut de gamme doit entrer en Chine par Hong Kong où les taxes douanières sont avantageuses. Ce marché représente en effet quelque 160 millions d'euros ”, explique Jean-Philippe Code, économiste du Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux. Seul à rester à l'écart de cet engouement chinois, le champagne qui n'exporte que 600 000 bouteilles. Il se heurte à la méconnaissance des vins mousseux et mise donc davantage sur d'autres marchés émergents : Russie, Inde, Brésil.

Sur les autres marchés, chaque région tente de tirer son épingle du jeu et les résultats sont très hétéroclites. Par exemple aux Etats-Unis, les vins du Languedoc réussissent de belles performances et affichent une progression de 25 % en volume et 17,6 % en valeur (tendance sur les quatre premiers mois de l'année). “ Nous retrouvons le niveau des ventes de 2008 ”, indique Jérôme Villaret. Les bordeaux, en revanche, restent sur une tendance baissière sur ce marché et annoncent une perte de 6 % des volumes au premier semestre. “ La reprise est là néanmoins car sur les mois de juin à août, les expéditions augmentent de 5 % ”, note Jean-Philippe Code. La hausse se poursuivra-t-elle et pourra-t-on annoncer le retour de la croissance ? C'est au second trimestre de confirmer ou d'infirmer la tendance. Pour Daniel Lorson, la tendance sera à la timidité. “ On s'attend à ce que la progression se poursuive à un rythme moins important. ”

Source Réussir Vigne Octobre 2010

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