Viticulture : les variétés résistantes suscitent beaucoup d’espoir

Lise Monteillet

Viticulture : les variétés résistantes suscitent beaucoup d’espoir

L’Inra et l'Institut français de la vigne et du vin (IFV) souhaitent accélérer le pas concernant le déploiement des variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium. Tout en prenant des précautions…

Quel est le point faible de la viticulture française ? Sa consommation de produits phytosanitaires, estime Philippe Mauguin, le président de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Du fait de conditions climatiques marquées par la pluie, le vignoble français est particulièrement sensible aux maladies. 20 % des produits phytosanitaires consommés en agriculture sont destinés à la viticulture. C’est dire si les nouvelles variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium, développées par l’Inra, constituent un enjeu important.

L’Inra et l’IFV entendent donner un coup d’accélérateur dans le déploiement de ces variétés résistantes, en prenant un certain nombre de précautions. « On s’engage pour le très long terme, note Philippe Mauguin. On a trouvé le bon équilibre entre précaution et innovation ». Tel un funambule, ce dernier défend une stratégie qui tient compte à la fois des mises en garde des scientifiques mais aussi des fortes attentes de la profession.

Les enjeux économique et environnemental sont énormes. 80 % des traitements pourraient être évités en viticulture grâce à ces variétés. Le coût de la lutte chimique contre le mildiou et l’oïdium est estimé entre 400 et 500 millions d’euros.

Risque de contournement

Les scientifiques de l’Inra alertent cependant sur la « rareté » des gènes de résistance en viticulture, dont il faut préserver l’efficacité. Une diffusion mal maîtrisée des variétés résistantes pourrait conduire à une adaptation des pathogènes. Or, « une fois qu’un gène de résistance est contourné, il est perdu », explique Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture de l’Inra.

Depuis 1974, l’Inra mène des travaux pour incorporer à la vigne européenne des facteurs de résistance. Cela a donné lieu à des variétés monogéniques baptisées « Bouquet ». Le dépôt pour l’inscription de sept variétés de cuve de ce type est en cours.

Mais l’Inra planche aussi, depuis les années 2000, sur des variétés polygéniques, via un programme de pyramidage des résistances. L’objectif : augmenter la durabilité des résistances. Plus de 30 variétés, appelées « Resdur », font ou feront l’objet d’un dépôt pour l’inscription en 2017. Les premières seront normalement inscrites au catalogue en décembre 2017.

Ces nouvelles variétés voient le jour grâce à un procédé de sélection par marqueurs, qui permet d’accélérer considérablement la recherche. « Nous n’avons pas besoin de recourir aux nouvelles technologies comme les NBT pour le moment », précise Philippe Mauguin.

En parallèle, l’Inra a mis en place l’observatoire « OsCaR » pour être en mesure « de tirer la sonnette d’alarme », selon Christian Huyghe. « Si on identifie un début de contournement, il faut intervenir très vite », prévient-il. 

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