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30/08/11
Lot - Viticulture
Le célèbre couple d'agronomes, Claude et Lydia Bourguignon, a implanté un vignoble près de Cahors. De quoi mettre en pratique les conseils qu'ils prodiguent depuis 30 ans aux vignerons du monde entier.
Claude et Lydia Bourguignon en sont persuadés : le vignoble cadurcien recèle un potentiel fabuleux. Et ils entendent bien le prouver. Aussi, après avoir sillonné les vignobles du monde entier et conseillé des vignerons prestigieux, ils ont décidé d'avoir leur propre vignoble. “ Nous avons implanté des vignobles partout dans le monde qui ont produit des bons vins. Alors pourquoi ne pas avoir le nôtre en propre qui sera en plus la vitrine de notre laboratoire (1) ”, indique Lydia Bourguignon qui avoue en souriant qu'elle a eu un peu de mal à convaincre Claude de se lancer dans cette nouvelle aventure. La prospection des terres a commencé en 2002 et ils ont finalement jeté leur dévolu sur le petit village de Laroque des Arcs, à quelques kilomètres de Cahors mais loin de l'actuel vignoble cadurcien, situé beaucoup plus à l'ouest. “ Nous sommes les premiers viticulteurs à s'installer sur cette commune depuis 150 ans ! ”, souligne Claude qui explique qu'autrefois tous les coteaux de Laroque des Arcs étaient plantés de vigne. “ C'est la première fois que nous retrouvons ici les sols de Bourgogne, hors de Bourgogne, type côte de beaune. C'est un petit morceau de Bourgogne en symétrie par rapport à celle-ci de l'autre côté du Massif Central. C'est un endroit incroyable. ”
La plantation du vignoble sur sept hectares a démarré en 2008. Ce qui fut l'occasion de tester une technique encore peu développée : le BRF (bois raméal fragmenté) qui consiste à épandre sur le sol de petits morceaux de bois encore verts. “ C'est le premier vignoble de France planté sur BRF. Nous avons opté pour cette technique afin de restaurer le sol très superficiel et le rendre plus souple. Ce qui nous a permis d'utiliser toute la végétation qui était présente sur le terrain et qu'il fallait arracher. La quantité de bois à épandre n'étant pas suffisante, nous avons travaillé en partenariat avec la déchetterie de Catus qui a accepté pour nous de trier et de broyer. On s'attendait avec le BRF à ce que l'activité biologique du sol reparte mais peut-être pas à ce point. On a autant d'activité biologique que dans un sol de forêt. Résultat : tous les piquets de vigne en bois ont été pourris en un an ! Et nous allons devoir remettre des piquets métal. ” En tout cas, il n'était pas question de défoncer le sol. “ Il n'y a qu'en viticulture que l'on défonce les sols car les vignerons ont trop d'argent. Or, jamais une racine de vigne n'a dépassé un profil de défonçage. À tel point que l'on constate aujourd'hui qu'arracher une vigne n'est plus un problème alors qu'avant, elle était bien ancrée dans la roche. ”
Après l'épandage du BRF, des céréales et des légumineuses ont été implantées pendant deux ans pour aider à la décomposition. La première année, a été semé un mélange de cinq espèces de poacées pour détruire les nématodes, la seconde, un mélange de seigle et de légumineuses. Le vignoble est planté à 8600 pieds/ha avec de vieux malbecs issus de sélection massale. Compte tenu de cette densité, un enherbement permanent a été exclu. En revanche, en hiver, sont semées des céréales qui sont broyées au printemps avec le bois de taille pour protéger le sol. À la fin de ce printemps, ont été greffés au champ les 3000 premiers pieds. “ Nous n'avons pas voulu planter des greffés-soudés car il y a très peu de terre. Or, nous n'avons pas la possibilité d'arroser et puis cela permet au porte-greffe de bien s'enraciner et d'avoir une meilleure reprise. C'est aussi une question de durée de vie du vignoble. Les greffés-soudés vivent au mieux 50 ans tandis que greffées au champ, les vignes durent d'un à un siècle et demi. Ou alors il aurait fallu opter pour de la greffe en fente plutôt qu'en oméga. Ce que rechignent à faire les pépiniéristes pour une question de rentabilité ”, estime Lydia.
Les premiers vins du domaine cadurcien des époux Bourguignon devraient être produits en 2013. Seul bémol : le domaine n'est pas dans l'aire d'appellation Cahors. “ Celle-ci passe juste de l'autre côté de la route qui borde le domaine ! ”, s'amuse Claude. De quoi toutefois en profiter pour mener des expérimentations que n'aurait pas autorisé le fait d'être en AOC. Telle la production de vin blanc, qui pourtant, historiquement existait à Cahors. Dernier problème à résoudre et si ce n'est le plus difficile, il n'en reste pas moins délicat : trouver un nom à ce domaine. Et là, pour une fois, les Bourguignon sont dans l'embarras !
Source : Réussir Vigne Juillet-Août 2011
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