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Mardi 17/03/2026
« Moins de maïs, plus d’herbe pour nos vaches » : dans le Pas-de-Calais, l’installation d’Alexis Burette fait rimer transmission avec transition
REPORTAGE. Alexis Burette, tout juste installé sur la ferme familiale, poursuit les efforts engagés par ses parents pour améliorer la structure des sols, diminuer l’utilisation d’engrais azotés ou encore augmenter la longévité de leurs vaches laitières. Il pousse les curseurs encore plus loin en introduisant de l’herbe dans un système jusque-là « tout maïs » et en expérimentant le semis direct sous couvert.
Parmi les quatre enfants d’Elisabeth et Jean-Marc Burette, Alexis est le premier à s’installer sur leur exploitation laitière, située à Fleurbaix, dans le Pas-de-Calais. « C’est une grande fierté de pouvoir transmettre », témoigne Jean-Marc, qui prendra sa retraite dans deux ans. Après avoir été salarié sur la ferme familiale depuis 2021, Alexis Burette est installé depuis le 1er janvier 2026 comme co-gérant avec son père. Sa mère est salariée sur l’exploitation, qui compte 65 vaches laitières, produit 690.000 litres de lait, comprend 85 hectares de cultures, et une petite entreprise de broyage de déchets verts.
Dès son arrivée sur l’exploitation, le jeune homme fait bouger les lignes. Dans un système jusque-là « tout maïs », il propose d’introduire des prairies temporaires dans la rotation. « Le déclic a été au moment de la guerre en Ukraine, lorsque les matières premières ont flambé, retrace-t-il. On commençait aussi à avoir des résistances sur certaines adventices ».
Enherber, pour désherber : « C’est une technique que les anciens utilisaient déjà, on n’a rien inventé », rigole Alexis. Au cours des trois ans de prairie, les vulpins sont fauchés régulièrement, jusqu’à épuiser le stock semencier. « La terre a complétement changé, les vulpins ont disparu. Notre maïs après la prairie a été notre plus beau maïs », se félicite-t-il.
S'adapter au réchauffement climatique
La famille se fait accompagner par un agronome et agriculteur indépendant, Alfred Gässler, dans un objectif de sécurisation des stocks fourragers. « Nous avons encore beaucoup de maïs dans la ration, l’objectif est de le diminuer, ainsi que le colza, pour plus d’autonomie », indique Alexis. Pour son père, pendant des années, le maïs était la plante sécuritaire. « J’étais sûr de remplir mes silos, explique ce dernier. Avec le changement climatique, cela devient beaucoup plus aléatoire ». Orages, grêles sécheresses, amplitudes thermiques… « Aujourd’hui, les 40°C, même dans le Nord, on les atteint. »
Via WhatsApp, Alexis est en contact avec un groupe d’éleveurs passionnés de technique et soucieux de développer l’autonomie protéique. Ensemble, ils échangent sur les itinéraires techniques, et notamment sur les choix des espèces et des variétés. « On en est à notre troisième essai sur les mélanges prairiaux, explique-t-il. On cherche un mélange qui résiste toute l’année et qui peut concurrencer le maïs ensilage en termes de volume. Le trèfle violet par exemple, est un super produit, on a sorti pas mal de matière sèche ».
Pour ces tests, Alexis peut compter sur sa petit sœur, Célestine, actuellement salariée au contrôle laitier. C’est elle qui compile méticuleusement les essais réalisés sur la ferme familiale, notant chaque dépense et chaque économie. « On raisonne en fonction de nos stocks fourragers. Après l’essai, on aligne les chiffres et on voit ce qui peut être amélioré », indique Alexis.
Baisse de 20% des gaz à effet de serre sur la ferme
Il faut dire que l’expérimentation est dans les gènes de la famille : leur père Jean-Marc est un pionnier des fermes laitières bas carbone. Il réalise son premier bilan Cap2ER en 2015, et change progressivement ses pratiques : réduction de l’âge au vêlage, hausse de la longévité des vaches, meilleure valorisation du fumier, réduction de l’utilisation des engrais azotés… Et parvient à dépasser l’objectif de réduction de 20% des gaz à effet de serre sur la ferme.
En achetant un localisateur d’engrais avant la guerre en Ukraine, Jean-Marc a eu le nez creux. « J’avais fait un prêt sur 5 ans, se rappelle-t-il. Au bout de 4 ans il était rentabilisé, surtout avec la hausse des prix des engrais ». Cet achat lui a permis de réduire les doses de 30% en localisant le produit sur le rang du maïs. « C’est le seul investissement que j’ai fait. Le reste c’était de la matière grise ».
En 2007, sa curiosité et sa soif d’expérimentation l’avaient conduit à arrêter le labour, après avoir découvert l’agriculture de conservation des sols. « J’observais un déclin de mes sols, avec de moins en moins de vers de terre, se rappelle-t-il. Nous avions aussi besoin de davantage de force de traction ». Dans le même temps, il intègre aussi les couverts végétaux.
Aujourd’hui, son fils Alexis pousse le curseur encore plus loin, en expérimentant le semis direct sous couvert. Cette année, 6 hectares de blé ont ainsi été semés en direct sous couvert de trèfle vivant, avec à la clef, une baisse de la quantité de fioul à l’hectare de 20 à 4,5 litres.
La famille a un objectif commun : la santé de leurs vaches. « Des sols en meilleurs santé, ce sont des plantes en meilleure santé, et donc des animaux en meilleure santé », affirme Jean-Marc. « Notre but est de les faire vieillir le mieux possible avec le moins de frais vétérinaires possible, abonde Alexis. C’est aussi pour cela que nous avons intégré l’herbe. Et nous avons réussi à gagner 1000 litres de lait par vache en un an, tout en ayant augmenté notre marge brute ».
Une nouvelle offre bancaire qui valorise les résultats agroécologiquesLes différentes actions mises en place sur la ferme ont permis à Alexis Burette de bénéficier d’un prêt à taux préférentiel dans le cadre de l’offre « Transition+ » déployée en 2025 par le Crédit Agricole Nord de France. Cette offre, qui vise à soutenir les agriculteurs engagés dans la transition agroécologique, permet de financer tout type d’investissement, sauf l’achat de matériel neuf. Elle est indexée sur des résultats mesurables grâce au bilan carbone, à l’Indice de régénération (IR) ou à la certification (Label Bio et Au cœur des sols). Avec un IR de 78, Alexis a ainsi pu bénéficier d’un prêt de 60 000 euros au taux de 1,99% pour compléter le financement de son installation. |



