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Comment le "modèle familial à taille humaine" évolue

Pleinchamp avec l'AFP

Comment le "modèle familial à taille humaine" évolue

"Un modèle familial et à taille humaine" : l'image d'Epinal de la ferme française a du plomb dans l'aile, confrontée à de multiples difficultés, au premier rang desquelles l'installation des jeunes et l'appétit des investisseurs.

Modèle dominant au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le modèle familial strict du couple avec enfants "ne représente plus que 20% des exploitations", selon François Purseigle, sociologue et co-auteur du livre "Le nouveau capitalisme agricole, de la ferme à la firme" (Presses de Sciences Po). Ce modèle avait déjà commencé à muter au début des années 1960, avec la création des groupements agricoles d'exploitation en commun (Gaec) qui permettaient aux personnes d'une même famille de s'associer, voire de faire entrer des personnes extérieures sur l'exploitation.

"Le modèle a bougé, (...) cette structure en Gaec a regroupé parfois plutôt des voisins pour une meilleure efficience dans le travail, un allègement des astreintes, notamment dans l'élevage", explique François Beaupère, éleveur de volailles et de vaches laitières dans le Maine-et-Loire et en charge du dossier de la préservation du foncier aux chambres d'agriculture. Si la structure a éclaté en diverses formes d'organisation, les modèles proches du modèle familial représentent encore 90% des exploitations, selon M. Purseigle.

"A l'autre bout, on a une espèce d'agriculture de firme, des montages sociétaires, où on a une holding financière, dont on ne connaît pas l'origine des capitaux, (...), ça manque un peu de transparence", explique M. Beaupère. Ces "firmes" ne représentent que 10% des exploitations, mais concentrent 28% de l'emploi et 30% de la production brute standard du secteur agricole, selon le programme Agrifirme, financé par l'Agence nationale de la recherche.

"Il y a des montages sociétaires qui permettent de défiscaliser et qui mettent une concurrence déloyale sur le marché", déplore dans un entretien à l'AFP Emmanuel Hyest, président de la fédération FNSafer, en charge de la mise en place des politiques publiques pour le foncier agricole. "La difficulté, c'est qu'on privilégie les montages avec des niveaux de financement de ces exploitations qui sont trop chers par rapport à ce que peuvent mettre des jeunes".

Loi foncière, l'Arlésienne

"Il n'y a pas si longtemps, des exploitations de 500 à 1000 hectares, il y en avait quelques unes par département. Aujourd'hui, il y en a au moins une par canton, voire plus, et le phénomène s'accentue", affirme M. Hyest. Si le phénomène était à l'origine concentré dans les régions céréalières du nord du pays, "aujourd'hui, tous les territoires français, y compris les zones d'élevage", sont concernés. "On ne peut pas nier le fait qu'il y ait des investisseurs, mais les premiers à racheter des fermes, ce sont les agriculteurs eux-mêmes", renchérit François Purseigle.

Sur un million d'hectares qui se libèrent chaque année, suite à des cessations de fermes ou des départs à la retraite, "vous avez 400 000 hectares qui partent à la concentration", 500 000 hectares où s'installent de jeunes agriculteurs, et 100 000 hectares d'urbanisation, détaille-t-il. Témoin de cette tendance : la superficie moyenne par exploitation agricole est passée d'une quarantaine d'hectares en 2000 à 65 hectares en moyenne en 2017, selon les dernières données disponibles de la Mutualité sociale agricole (MSA). "Ce modèle à taille humaine qu'on souhaite maintenir en France (...) risque tout doucement de s'étioler, et pourquoi pas de disparaître dans 20 ans, dans 30 ans, et on ne souhaite pas ça", indique M. Beaupère, appelant de ses voeux "une loi foncière" afin de "mieux contrôler, maîtriser ces montages" financiers.

L'obstacle à l'installation des descendants d'agriculteurs est parfois la famille elle-même, souligne M. Purseigle : "on préfère préserver la ferme pour venir y passer des vacances qu'y voir installé quelqu'un". Il estime que la loi foncière "ne pourra pas entraver un changement de préférence dans les familles", compte tenu de la "sacro-sainte propriété individuelle". M. Hyest y voit pourtant un outil pour "maintenir un modèle de société, avec des agriculteurs qui sont des entrepreneurs et vivent sur les territoires ruraux". Il espère que le président Macron, qui avait promis cette loi pour "faciliter l'accès au foncier" pour les jeunes agriculteurs, réaffirmera le 22 février, à l'ouverture du salon de l'agriculture, sa volonté de concrétiser cette intention.

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Commentaires 2

Farmer

il y a une semaine j’ai perdu mon fils accidentellement il travaillait avec moi tout était tracé. Aujourd’hui tout est remis en cause, travailler pour qui et pourquoi.....à tous ces grands soiffards de terre et autres qui s’ imagine invincible n’oubliez pas? Un notre avenir c’est la mort (une cellule animale ou végétale elle née et elle meurt). Deux nous sommes propriétaires de rien juste propriétaires dans un espace temps. Trois après la mort c’est l’argent..........

kent

je suis exploitant depuis 1988 .J'ai toujours exploité avec honnêteté et respect du voisin.Le seule problème c'est que le voisin a toujours exploité dans le seule but de manger tous ces collègues a grand coup d'argent et de non respect de la loi.Toutes les lois peuvent bien être créée il y aura toujours quelqu'un qui les contournera grâce a des connaissances bien placée et a grand renfort d'argent.Aujourd’hui j'ai 72 ha et un petit élevage allaitant et le voisin 500 ha et une entreprise de travaux agricole avec des terres exploitées sans autorisation.Alors avant de créée des lois il vaudrait mieux faire appliquer celles qui existent.

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