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Des étables pleines et des granges déjà bien vides

AUVERGNE AGRICOLE (63) journal

Des étables pleines et des granges déjà bien vides
Les granges sont déjà bien vidées tandis que l'hiver est loin d'être terminé. © EDE/Conseil élevage

Situation très tendue sur la zone de l’AOP saint-nectaire et il est important que la taille des troupeaux soit réajustée aux potentialités des surfaces.

Bien sûr, la sécheresse ne s’est pas limitée à cette zone, mais les exploitations en fort accroissement de cheptel ont des difficultés à supporter un déficit important de récoltes et d’herbe à pâturer à l’automne. Il est évident que la taille des troupeaux doit être réajustée aux potentialités des surfaces.

Des bilans fourragers largement déficitaires malgré les achats

Globalement sur la zone, à la mi-décembre, environ 2/3 des éleveurs avaient acheté du fourrage. Ils sont environ 30% à avoir acheté en fin d’été mais comme l’herbe d’automne a manqué, ils devront procéder à des achats supplémentaires. Selon les conseillers de la zone, un quart des éleveurs n’ont toujours pas trouvé de solutions pour pallier au manque de stocks : difficulté à écouler le surplus d’animaux, difficulté à trouver des fourrages ou des aliments à des prix raisonnables, difficultés de trésorerie,… Seuls 10 à 13% des élevages sont en situation d’autonomie fourragère. « Sur mon secteur, tout le monde est inquiet, lâche Guillaume Labussière qui travaille sur le Cézallier. Certains ont acheté du foin en été mais il a déjà été mangé à l’automne. Mi-décembre, des génisses étaient encore dehors ; c’est une solution qui permet de limiter la consommation de stocks mais la croissance des animaux en patît. À cette date, beaucoup d’éleveurs n’ont pas acheté plus d’aliment que les années précédentes (faible disponibilité, prix élevés) et ils gardent les vaches car la vente est difficile. Dans beaucoup d’exploitations de mon secteur, il manque presque 2 mois de stocks, la situation est critique. » Jean Christophe Robert suit des éleveurs sur l’Ouest du Sancy (Artense et Sancy). « Dès la fin août, certains éleveurs ont acheté du fourrage sur la zone et hors zone ». En effet, le cahier des charges de l’AOP autorise l’achat d’un kilo de matière sèche par jour et par an pour les vaches. Quant aux génisses, elles peuvent avoir une alimentation hivernale non produite sur la zone dès lors qu’elles restent sur la zone en période de pâturage, plus de la moitié de l’année. D’autres éleveurs ont laissé passer l’automne en espérant que le pâturage permette de retarder la rentrée à l’étable. Hélas, ils ont dû entamer les stocks de récoltes plus tôt que d’habitude. Contraints d’opter pour l’achat de fourrages, ils sont confrontés aux prix élevés et au manque d’offre d’aliments. Par ailleurs, les éleveurs qui souhaitent vendre des animaux se retrouvent face à un marché saturé où les prix sont tirés vers le bas. Au final, les conseillers s’accordent à dire que les éleveurs vont réformer peu d’animaux et qu’ils procèderont à de nouveaux achats d’aliments. Une chose est sûre, les animaux ne mangeront pas autant qu’il le faudrait dans beaucoup d’étables.

Viser l’équilibre surfaces - cheptel

Les exploitations où les stocks fourragers vont être suffisants pour nourrir le cheptel en place peuvent être qualifiées « d’exploitations en équilibre ».. Ces exploitations ont un chargement (animaux/ha) en accord avec les potentialités des surfaces. La conduite des surfaces et la conduite du troupeau sont en cohérence et cela, en général depuis plusieurs années. « Ce sont des éleveurs qui gardent une marge de sécurité. Ils optimisent la conduite du troupeau : nombre de génisses à élever, suivi de la reproduction, réforme des vaches improductives, en fonction des contraintes de surface, de bâtiment, de main d’œuvre » affirme Anne Bapt, conseillère sur les Dômes Sancy. Les conseillers sont unanimes. Pour pérenniser les fermes et la filière, il va falloir adapter la conduite des systèmes fourragers et des troupeaux en tenant compte des changements climatiques. Et pour viser régulièrement l’autonomie fourragère, il sera nécessaire de revenir à des chargements plus adaptés aux potentialités des surfaces pour les exploitations qui ont accru leur cheptel de façon importante alors que le foncier n’a pas suivi. Une année comme celle-ci prouve une fois de plus que la cohérence surface-cheptel permet de passer sans trop d’impact, sur la trésorerie notamment. « Je sensibilise les éleveurs à prévoir l’utilisation des parcelles (récolte-pâture) avant le démarrage de végétation ; avec pour objectif de constituer des stocks de report. Je martèle en évoquant que la sècheresse ne sera plus exceptionnelle » précise Jean Christophe. Anne Bapt insiste sur la conduite du troupeau. « Pour optimiser la production, les vaches avec des problèmes sanitaires, de reproduction, de qualité du lait ou qui ne font pas trop de lait, ne doivent pas être maintenues dans le troupeau ». Les éleveurs craignent de voir baisser leur volume de production s’ils diminuent le nombre de vaches. Or, avec 5 à 7% de vaches en moins dans le troupeau, on peut maintenir sans problème la production laitière totale : ces exploitations tendues en matière de disponibilités en fourrage ont tout à gagner à avoir un peu moins de vaches et à mieux les alimenter avec les fourrages produits.

J. Chaussaroux

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