anonymous

« Je n’imagine pas Cristal Union remettre en cause la Sucrerie de Bourdon »

AUVERGNE AGRICOLE (63) journal

« Je n’imagine pas Cristal Union remettre en cause la Sucrerie de Bourdon »
C.R.

Prix, pression sanitaire, changement climatique, restructuration industrielle… la filière betterave sucrière tangue. Tour d’horizon avec Régis Chaucheprat, président de la CGB Limagne, le syndicat betteravier.

La filière betterave sucrière est particulièrement mal menée en France. La fin des quotas en 2017, conjuguée à une baisse des cours et à une forte pression sanitaire sur la betterave sucrière, impacte la filière. Régis Chaucheprat, agriculteur à Charmes dans l’Allier, producteur de betteraves, blé, maïs et colza sur 88 ha non irrigués, président du syndicat des betteraviers CGB Limagne revient sur l’actualité.

Récemment la CGB a dénoncé « des conditions de rémunération inacceptables » chez certains sucriers qui sont revenus sur leurs engagements de prix. Les producteurs de Bourdon-Cristal Union ont-ils été victimes de ce retournement ?

Les producteurs de Cristal Union ont perçu 22,12€ -11€ la tonne fin novembre 2018 et 11,12€ au 31 mars dernier. Cela correspond à l’engagement annoncé au début de l’automne dernier, soit entre 22€ et 24€ la tonne. En revanche, Tereos, à 19 €/t, a versé un second acompte inférieur de 6 €/t par rapport à l’an dernier alors que les engagements d’apports des betteraves n’ont pas changé. Cela a donc légitimement créé déception et incompréhension chez les producteurs. Plus globalement, je rappelle que la production de betterave sucrière subit une baisse continue de son prix depuis la fin des quotas. Entre 2012 et 2017 le paiement moyen à la tonne était à 33€…contre 22,12€ en 2018 chez Cristal Union.

Les surfaces betteravières en Limagne ont diminué cette année de près de 800 ha. Est-ce en raison de la baisse des cours ?

Bien évidement, la chute du prix de la betterave sucrière concourt à cette diminution des surfaces dans les plaines du Puy-de-Dôme et de l’Allier ; mais ce n’est pas la raison essentielle. Les planteurs sont également confrontés aux changements climatiques et à une forte pression sanitaire, notamment au développement depuis ces deux dernières années de la cercosporiose. Or nous disposons de moins en moins de produits pour lutter efficacement contre cette maladie. Certaines molécules y répondent mais leur utilisation est interdite en France… Nous constatons aussi depuis quatre ou cinq ans le retour du charançon lixus junci, un ravageur majeur de la betterave dont les larves se nourrissent et se développent dans la racine et contre lesquelles nous ne disposons plus de produit de traitement adapté. Les producteurs se sentent aujourd’hui totalement démunis face à ces impasses agronomiques et le découragement prend le dessus.

Quelles sont les solutions pour la production ?

La filière mise aujourd’hui sur la recherche et l’innovation pour développer des variétés plus tolérantes aux agresseurs. Certaines d’entre elles sont déjà sur le marché pour lutter par exemple contre la cercosporiose. Mais chaque solution demande du temps à la recherche…un temps à la fois court et long pour les planteurs ! Pour aider les producteurs à passer ce cap difficile, nous avons sollicité l’aide de la Région et des Conseils départementaux de l’Allier et du Puy-de-Dôme. Le Département 63 a décidé d’attribuer une aide aux planteurs puydômois de 15% sur le prix de la semence à l’hectare, sur des variétés plus tolérantes à la cercosporiose. Nous attendons les réponses du département de l’Allier et de la Région…j’espère que c’est en bonne voie !

La diminution de la surface betteravière en Limagne ne représente-t-elle pas un danger pour la filière locale et la sucrerie de Bourdon ?

Il y a effectivement un seuil de 4 800 ha à ne pas dépasser si nous voulons conserver notre filière locale en lien avec la Sucrerie de Bourdon. La production a d’ailleurs tout son intérêt en Limagne. C’est une tête d’assolement extrêmement intéressante ; elle assure la rotation des cultures et constitue un très bon précédent blé en réduisant les problèmes de mycotoxines. Elle permet aussi de casser le cycle et d’isoler en Limagne les parcelles de maïs semence. 4 800 ha c’est aussi la surface minimum nécessaire pour faire fonctionner la Sucrerie de Bourdon.

Il y a quelques semaines, Saint-Louis Sucre, filiale du groupe allemand Südzucker, annonçait la fermeture de trois usines en France. Craignez-vous le même sort pour la Sucrerie de Bourdon ?

Le groupe Cristal Union n’a fait aucune déclaration en ce sens. Pour l’instant ce ne sont que des rumeurs qui circulent et je n’ai rien à dire ni à commenter sur ce sujet. Ceci étant, je serais surpris par une telle décision qui irait à contre sens des circuits courts et de l’économie circulaire prônés aujourd’hui par la société. N’oublions pas que la Sucrerie de Bourdon est la plus ancienne sucrerie métropolitaine (bientôt 200 ans) et la seule située le plus au sud de la France. Sa production de 60 000 tonnes de sucres en moyenne est destinée pour moitié aux marchés Auvergne-Rhône-Alpes, le reste au sud de la France et une partie de l’Espagne et de l’Italie. Nous avons donc une carte à jouer en termes d’image auprès des industriels et des consommateurs. Et puis, Bourdon c’est 420 planteurs et entre 300 et 350 emplois directs et indirects dans la région ; soit un poids économique non négligeable que je n’imagine pas être remis en cause par une décision de fermeture de Cristal Union.

Autre sujet sensible actuellement : la ressource en eau et l’irrigation ; un autre problème auquel sont confrontés les agriculteurs y compris les planteurs…

Nous avons dans l’Allier et le Puy-de-Dôme, la matière première, l’eau, mais nous ne savons pas la stocker ! C’est un non-sens alors qu’aux États-Unis par exemple, dans une région comparable à la notre, constituée de plaines entourées de montagnes, les agriculteurs peuvent s’appuyer sur deux années de stockage d’eau d’avance. En France, le sujet reste compliqué. Il n’ y a pas de réelle volonté politique pour avancer sur la constitution de réserves d’eau. Il nous faudrait un projet ambitieux capable de redonner du souffle à notre agriculture. Avec 450 000 ha de surfaces, près de 6 millions de tonnes de sucre(1), la filière betterave sucrière française permet de dégager 1,4 milliard de produits dans la balance commerciale. Ce n’est pas rien ! C’est un poids économique non négligeable qui mérite l’écoute et l’action des politiques publiques.

Propos recueillis par C.Rolle

(1) Sur 190 millions de tonnes de sucre produites dans le monde dont 20 millions en Europe (2017).

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires