Les débouchés d'avenir : ces filières qui recherchent des producteurs

JA Mag Paris

Les débouchés d'avenir : ces filières qui recherchent des producteurs

La France a vu son nombre d’exploitations agricoles diminuer de 11 % entre 2010 et 2016. Certaines filières prometteuses sont en manque d’agriculteurs et cherchent à installer de nouveaux exploitants

Les débouchés d'avenir : ces filières qui recherchent des producteurs

De nombreuses productions sont amenées à se développer dans les prochaines années et sont donc en recherche d’agriculteurs à installer. Les cultures anciennes, par exemple, reviennent sur le devant de la scène. Longtemps en déclin, elles sont désormais de plus en plus recherchées par les consommateurs. Le sarrasin, ou blé noir, en est le parfait exemple. Cette pseudo-céréale, utilisée prin­cipalement dans l’élaboration des galettes bre­tonnes, a failli disparaître dans les années 1980. Mais un groupe de producteurs meuniers s’est fé­déré pour créer une IGP (Identification géogra­phique protégée) Blé noir de Bretagne. Aujourd’hui, la production fait face à la concurrence de nom­breux pays européens. Mais les qualités du sarrasin ont séduit de plus en plus d’agriculteurs français : sa culture demande peu d’intrants.

Autre culture oubliée jusqu’il y a peu, le chia, qui bénéficie depuis 2017 d’une filière Chia de France. Elle vise à développer et à faire connaître cette culture auprès du plus grand nombre. Le chia est une formidable source d’oméga 3 d’origine végé­tale. Or, plus de neuf Français sur dix présentent des carences en acides gras et oméga 3. Aupara­vant importée par des pays sud-américains, le chia se développe dans l’Hexagone. Aujourd’hui, 100 t sont produites sur le sol français et 1 000 emplois y sont associés.

Le quinoa apparaît lui aussi de plus en plus dans nos assiettes. Cette graine originaire de l’Amérique latine est prisée pour sa richesse en protéines, en acides gras, en oméga 3 et en antioxydants. En créant il y a une dizaine d’an­nées la filière Quinoa d’Anjou, la Coopérative des Pays de la Loire (CAPL) fait figure de pionnier. Aujourd’hui, 300 cultivateurs pro­duisent du quinoa au sein de la coopérative. Un chiffre amené à augmenter sur l’ensemble du territoire français. Engagée dans un partenariat avec le sélectionneur Abbottagra, la CAPL produit un tiers du quinoa consommé en France.

Le sorgho est également un débouché prometteur pour les agricul­teurs français. Proche du maïs, cette culture a de réels atouts pour l’alimentation animale. La sole européenne ne représente qu’1,5 % de la production mondiale. Cette production dispose donc d’une marge de progression importante. La Fédération nationale de la production de semences de maïs et de sorgho (FNPSMS) a enga­gé dès 2017 une action de promotion du sorgho en France afin de structurer la filière et d’obtenir des financements européens. De 2017 à 2021, quatre plans de promotion visent à augmenter la production française, qui représente aujourd’hui environ 70 000 ha

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Importante marge de progression pour le sorgho

Le boom des brasseries artisanales a fait augmenter la demande en houblon. Une production qui avait fortement reculé entre 2008 et 2013 face à la concurrence allemande ou du Royaume-Uni. Le Comptoir agricole est la première coopérative productrice de hou­blon en France. Située en Alsace, elle représente 95 % des sur­faces. Les surfaces sont passées de 800 ha à 335 ha entre 2008 et 2013. Mais depuis 2014, la production a progressé de 6 %, notam­ment dans les deux régions historiques de production (le Nord et l’Alsace, qui ont connu une hausse de 19 % en 2016). Car le débouché est là : en 1998, il y avait 50 brasseries artisanales en France. Il y en a 1 247 aujourd’hui ! Or, elles ont aujourd’hui des difficultés à se fournir en houblon français. Une bière artisanale demande cinq à dix fois plus de houblon qu’une bière industrielle.

Malgré son retard face à ses concurrents européens, la France a entamé un programme de recherche variétale dès 2001, afin de répondre aux attentes des consommateurs pour des produits ori­ginaux et de qualité. Les brasseurs sont même 87 % à être prêts à s’engager à acheter du houblon français sous forme de contrats pluriannuels. Une manière d’inciter les producteurs à se tourner vers cette production qui offre de réels débouchés.

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Objectif 250 000 ha pour le soja français

La production française de tourteaux de soja est en augmentation constante. Les surfaces occupées par cette légumineuse sont passées de 28 000 ha en 2008 à 147 000 ha en 2018. Cependant, la production made in France ne représente que 10 à 15 % de la demande totale des éleveurs français. Le reste provient d’importa­tions massives en provenance des États-Unis ou d’Amérique du Sud, où cette culture participe à la déforestation. Terres Univia, l’interprofession des oléoprotéagineux veut restructurer la filière. Son but ? Atteindre les 250 000 ha de production d’ici 2025. La fi­lière a même créé une charte Soja de France pour la campagne 2018 afin de mieux faire connaître le soja français et de mettre en valeur les produits qui en sont issus auprès des consommateurs. Cette charte s’appuie sur quatre engagements : l’origine France, une production non-OGM, la traçabilité de la graine aux produits de première transformation et la durabilité.

Le soja a l’avantage de se plaire dans plusieurs ré­gions françaises et tout particulièrement dans les bassins historiques de production que sont le Sud- Ouest et l’Est de la France. Il a également des atouts pour améliorer les performances environnementales des systèmes de cultures dans lesquels il s’insère. La charte Soja de France permet enfin de sécuriser la production par un contrat obligatoire entre pro­ducteurs et collecteurs ou premiers utilisateurs de graines

Les débouchés d'avenir : ces filières qui recherchent des producteurs

Il y a 10 ans, il n’y avait plus d’installation en filière ovine et les porteurs de projet ne pensaient pas à cette production. La filière a su inverser la tendance. Le point avec Patrick Soury, éleveur en Charente et président du Comité d’orientation d’Inn’Ovin

Qu’est-ce qu’Inn’Ovin ? Le renouvellement des générations était un objectif de survie pour la filière ovine. Avant Inn’ovin, nous avions déjà mis en place deux programmes de promotion. L’objectif est de dynamiser la filière en créant des actions de promotion à destination des jeunes générations et de ceux qui sont en phase d’installation. 

Quels sont les besoins de renouvellement de la filière ? Dans les cinq à dix ans à venir, plus de 50 % des exploitations seront à reprendre. Pour qu’il y ait des candidats, nous devons mener une action de communication pour que les jeunes s’intéressent à la production ovine. Nous proposons aussi via Inn’ovin des formations à destination des enseignants et des techniciens afin de les former à certains outils pour mieux connaître la production.

 Avez-vous inversé la courbe des installations ? Il y a dix ans, il n’y avait pratiquement plus d’installation en production ovine. Aujourd’hui, nous avons plus de reprises, même si nous ne compensons pas tous les départs à la retraite. Avant, ce n’était pas une production auxquels les porteurs de projets pensaient à l’installation. Désormais, ce n’est plus le cas. Nous avons aussi bien des hors cadre familial qui s’installent, des reconversions professionnelles ou des ateliers complémentaires ovins qui apparaissent sur les exploitations. Notre filière ne produit que 40 % de la consommation française. Il y a donc de la place pour accueillir des porteurs de projet.

Article JA MAG PARIS - n° 752/2018

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