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Les formes de résilience du secteur agroalimentaire français face au Covid-19

. Chambres d'agriculture France

Les formes de résilience du secteur agroalimentaire français face au Covid-19

L’évolution de la conjoncture économique en France a démontré que tous les maillons de la chaine de valeur du secteur agroalimentaire étaient les moins affectées par les effets économiques de la crise du covid-19. Cependant, la phase progressive du déconfinement et la reprise de l’activité économique s’accompagneront de différentes stratégies de survie des entreprises du secteur.

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La dernière note de conjoncture de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) [1] confirme la résistance du secteur agricole et alimentaire au milieu du marasme économique qui s’annonce dans les prochains mois. Alors que la perte d’activité atteint en moyenne -30 % après le déconfinement du 11 mai pour l’ensemble de l’économie française, le secteur agricole et des industries agroalimentaires affichent des pertes bien plus  modérées, de respectivement -6 % et de -2 %. La consommation des ménages semblent également se maintenir dans ces secteurs malgré le déconfinement et le retour progressif à des comportements normalisés de consommation. Le secteur de la Grande Distribution a profité de cette « économie de confinement » sur ces trois derniers mois, mais avec des évolutions très différenciées qui sont venus confirmer certains virages stratégiques, déjà entrepris ou à venir.

Nouvelle crise ou nouveau tournant des GMS ?

Les déplacements géographiques de la consommation ont davantage profité aux réseaux d’enseignes situés dans des zones rurales ou aux branches de magasins de proximité au cœur des centres urbains, contrairement aux enseignes s’appuyant sur les hypermarchés des zones péri-urbaines encore délaissés par rapport aux comportements de prévention sanitaire adoptés par les consommateurs. Le canal de la consommation alimentaire par le digital (qui représente actuellement 10 % des ventes alimentaires contre 5,7 % en 2019) a aussi permis d’assoir la position dominante de certaines enseignes leader sur ce marché telles que Leclerc, permettant d’ailleurs d’équilibrer les résultats de l’enseigne avec la perte de fréquentation dans les hypermarchés, tout en accélérant le déploiement de ce canal par d’autres enseignes à l’image de Monoprix et de la promotion de la technologie « Ocado Smart Platform » dans le cadre de l’ouverture de sa première plateforme de préparation de commandes en Île-de-France. Proximité géographique et proximité des produits, digitalisation et recherche de partenariats innovants… autant d’axes stratégiques vers lesquels la Distribution va accélérer ses investissements pour pérenniser ses activités et survivre dans un environnement concurrentiel où les parts de marché ont significativement évolué en l’espace d’un an (graphique 1). Une évolution à mettre en perspective avec la structure de ces distributeurs : les cours de l’action Casino et Carrefour ont respectivement perdus -31 % et -28 % à la cotation de début juin 2020 par rapport au cours le plus élevé de l’action à un an, amenant à des refontes stratégiques importantes de ces groupes déjà en difficulté financière pour renouer rapidement avec la rentabilité ; dans le même temps, les enseignes de coopérateurs ont confirmé leurs bons résultats financiers, démontrant l’avantage d’une structuration décentralisée par rapport à des sociétés capitalistiques avec tête de réseau.

[1] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4498146?sommaire=4473296

Une survie différenciée entre coopératives et industriels

Les maillons intermédiaires de la chaîne de valeur agroalimentaire vont être confrontés de façon très différente aux impacts de la crise. Les perspectives s’annoncent délicates selon les derniers relevés de l’Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA), les industries agroalimentaires ayant fait face à une érosion de leur rentabilité avec des surcoûts non répercutés sur les prix de vente, alors que les besoins en investissement vont être conséquents par rapport aux objectifs de sortie de crise (digitalisation, décarbonation) sans avoir des perspectives de marché rassurantes [1]. Le secteur accusera probablement un important taux de renouvellement des entreprises de petites et moyennes tailles, en particulier pour les fournisseurs intermédiaires qui ont subi la réorientation des flux de commercialisation pendant le confinement.

Pour les coopératives, il est probable que l’on assiste à une consolidation du secteur avec des fusions plutôt que des liquidations d’entités. En effet, la structure de propriété, la détention d’un capital abondant et l’absence de contrainte de maximisation de profit tendent à favoriser les coopératives en période de crise et de reprise économique par rapport à des entreprises classiques [2]. La moindre disparition des coopératives par rapport aux entreprises s’expliquerait également par leur proportion à procéder à des fusions pour « survivre » en temps de crise, garantissant notamment la pérennité de l’activité de la coopérative en position d’acquéreur. Depuis 2014, le nombre d’opérations (unions, fusions, acquisitions-cessions) dans le secteur de la coopération agricole française s’élève d’ailleurs en moyenne à près de 70 par an.

Une culture de la résilience chez les agriculteurs ?

Si certaines filières se sont retrouvées en nettes difficultés avec la fermeture de débouchés essentiels à l’écoulement des productions (restauration hors domicile, exportation), de nombreux exemples ont montré l’agilité avec laquelle une partie des agriculteurs pouvaient s’adapter à des bouleversements économiques. La création spontanée de drive, de points de livraison et le passage en ventes directes ont permis de lever de nombreuses barrières techniques et psychologiques dans l’orientation commerciale des exploitations. La redondance des crises dans le secteur agricole a quelque peu ancré chez les agriculteurs des habitudes d’adaptation et de transformation des modèles pour faire face aux difficultés. L’après-crise en 2020 sera donc certainement le théâtre de profondes mutations, aussi bien de la fourche jusqu’à la fourchette.

Article extrait de la Lettre économique de juin 2020 des Chambres d'agriculture. -  Quentin Mathieu APCA

[2] https://www.ania.net/wp-content/uploads/2020/05/Barom%C3%A8tre-ANIA-Covid19-3-Impacts-sur-l%E2%80%99activit%C3%A9-%C3%A9conomique-des-IAA-Mai-2020-3.pdf

[3] Valette, J., Amadieu, P., & Sentis, P. (2018). Les coopératives résistent-elles mieux? Une analyse de survie des coopératives agricoles françaises. Finance Contrôle Stratégie, (21-2).

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