Notre-Dame-des-Landes - le Premier ministre annonce l'abandon du projet d'aéroport

Delphine Bisson

Notre-Dame-des-Landes - le Premier ministre annonce l'abandon du projet d'aéroport
20180118_NotreDamedesLandes.jpg - © [SEP_CREDIT][SEP_CREDIT]

Le Premier ministre a annoncé l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes à la sortie du Conseil des ministres, le 17 janvier. Il a affirmé que «les conditions» de mise en œuvre «ne sont pas réunies».

Il a poursuivi: «Conformément à la loi, les agriculteurs expropriés pourront retrouver leurs terres s'ils le souhaitent. Les occupants illégaux de ces terres devront partir d'eux-mêmes d'ici le printemps prochain ou en seront expulsés». 

Réaction FNSEA44 - JA44 - Chambre d'agriculture du 44

Agri 44 Loire-Atlantique agricole : Avec l’annonce ce mercredi du 1er ministre sur le non transfert de l’aéroport actuel, comment réagissez vous en tant que présidents des organisations syndicales majoritaires de ce département ? 
Mickaël Huneau : Sur ce sujet, les positions de la FNSEA44 et JA44 ont été travaillées il y a plusieurs années avec nos responsables locaux concernés et validées par nos conseils respectifs. Elles n’ont jamais variées au gré des mouvements politiques et pressions. Je les rappelle en détail :
 Nous étions CONTRE ce transfert car l’implantation d’un tel aéroport et surtout les constructions et axes routiers et ferroviaires attenants, auraient été consommateurs excessifs de foncier et sources de contraintes pour nos activités d’élevage notamment. 
Nous REFUSIONS de participer aux actions de contestation qu’organisaient les partis écologistes, les extrémistes, les anarchistes, les bobos nantais…
Bref ceux qui profitent de ce dossier pour se refaire une virginité médiatique et politique, mais qui n’hésiteront pas non plus un seul instant à employer les mêmes mots et les mêmes actions pour demain contester les orientations agricoles de la FNSEA44 et les JA44, et manifester contre l’implantation de tels ou tels bâtiments d’élevage, telles ou telles porcheries, ou telles ou telles exploitations ne correspondant pas à leur vision erronée et galvaudée de l’agriculture. 
Nous étions POUR ACCOMPAGNER tous les agriculteurs qui seraient au final impactés si une décision politique était venue entériner le projet et lancer la construction. 
Mickaël Trichet : Sur le site actuel de l’aéroport de Nantes Atlantique et sur son extension possible, soyons vigilants aux conséquences agricoles. Une nouvelle fois nous serons là pour accompagner si besoin, autant syndicalement que techniquement.
Sur Notre Dame des Landes et sur le devenir de la politique agricole dans ce secteur, plusieurs situations d’occupations se présentent : les agriculteurs historiquement présents, les néo ruraux qui se sont installés sur le site avec ou sans statut avec ou sans autorisation, les candidats futurs à l’installation, les candidats futurs à l’agrandissement et des occupants illégaux sans aucun lien avec l’agriculture. 
Nous savons que notre agriculture départementale repose majoritairement sur une agriculture de production qu’elle soit conventionnelle, bio, et s’appuyant sur différents circuits de commercialisation.
C’est cette orientation qui permet de maintenir une agriculture nombreuse, créatrice de richesse et d’emploi sur nos territoires et dans l’agro-alimentaire.
Ces orientations existent dans toutes les communes agricoles du département. Elles doivent prévaloir à Notre Dame des Landes de la même manière. Elles sont régies par un projet agricole départemental et un schéma directeur régional des exploitations (SDREA): ils doivent s’appliquer partout en Loire Atlantique. C’est une question d’équité entre agriculteurs, et avec nos concitoyens. C’est une question de droit et de devoirs. Nous demandons que tous les agriculteurs de Loire Atlantique respectent la même réglementation : identification, traçabilité, sanitaire … 
Agri 44 Loire-Atlantique agricole : Au niveau de la chambre d’agriculture, comment comptez vous désormais travailler dans le secteur particulier de Notre Dame des Landes en matière agricole ?
Jacques Lemaître : Depuis la mise en place de la DUP en 2008, la Chambre d’agriculture s’est immédiatement positionnée comme expert et facilitateur des sujets agricoles. C’est dans ce cadre que le chambre consulaire a été force de propositions avec l’ensemble des acteurs engagés par le projet qui a abouti à la rédaction et à la signature des différents protocoles. Comme le projet ne se réalisera pas à Notre Dame des Landes, la Chambre d’agriculture souhaite aussi être force de propositions. Notre vigilance portera sur une réorganisation agricole plurielle du territoire, économiquement viable et écologiquement responsable, à l’inverse d’un « laboratoire du troisième type » consommateur d’argent public et peu productif. 
Dans tous les cas de figure, nous souhaitons que l’emprise de la DUP soit restituée à son usage agricole d’origine et exclut de fait toutes pratiques illégales et nous proposons que les syndicats représentatifs et la Chambre d’agriculture pilotent avec l’Etat une réflexion pour élaborer le projet agricole de territoire en y associant tous les acteurs locaux. Un inventaire territorial y sera nécessaire. Les projets agricoles sur cette zone seront soumis aux règles de droit : tels que passage en CDOA et application du SRDEA. Ces projets seront admis sous conditions d’être totalement transparents sur leurs objectifs agricoles, leurs caractéristiques techniques innovantes, les conditions environnementales et les résultats économiques.
La Chambre d’agriculture propose de recomposer les instances de concertations agricoles existantes depuis 2008 (comité professionnel agricole et comité consultatif foncier), qui associent largement les représentants agricoles et de conserver le pilotage de ce comité professionnel agricole reconfiguré qui restera sous l’autorité de l’Etat. Ce comité professionnel réorganisé, composé initialement de la Chambre d’agriculture, des 4 syndicats représentatifs, ADECA, Syndicat de la propriété rurale, CUMA, SAFER, serait élargi aux membres suivants : Etat et collectivités territoriales. 
Agri 44 Loire-Atlantique agricole : Quelles sont les points qui selon vous restent en suspend et sur lesquels vous exigez des réponses ? 
Mickaël Trichet : Pour nous des points sont non négociables. Il existe un projet agricole départemental. Il existe des règles d’attribution du foncier, d’installation, de priorités d’un schéma régional des structures ; ces règles doivent être appliquées et gérées localement ou départementalement par les instances représentatives issues de la représentations des résultats aux élections chambre. Tout autre fonctionnement ou cautionnement de fonctionnement ne serait pas compris par les agriculteurs du département.
Sur notre territoire contraint de Loire-Atlantique, avec une population importante et en croissance, les enjeux de territoire et les conflits d’usage sont importants. Pour porter ces réflexions et construire des positions pertinentes sur chaque dossier nous nous appuyons sur nos relais locaux. Nous travaillerons de la même manière demain comme hier et quelque soit le territoire. Nous ne voulons pas d’une agriculture à 2 vitesses.
Dans notre chair d’agriculteurs, nous partageons une même passion, l’agriculture. Nous partageons un même outil de production, le foncier. Nous sommes attachés à notre terre. Nous soutenons les agriculteurs qui respectent eux aussi la fierté du métier que nous défendons à savoir : un métier cohérent qui, sans opposer entre elles les différentes agricultures, permette de dégager un vrai revenu, qui appelle l’agriculture à produire plus et mieux, à progresser en compétitivité, à être le socle de filières performantes, créatrices d’emplois et exportatrices, enfin, à assumer un rôle majeur face aux défis de la sécurité alimentaire, de l’environnement, de l’approvisionnement en matières premières et en énergies renouvelables.

Source Agri44

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