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Vers une limitation de l’usage des effluents d’élevages industriels en bio

Raphaël Lecocq

Vers une limitation de l’usage des effluents d’élevages industriels en bio
Sulky

Dans son dernier guide de lecture du règlement européen de l’Agriculture biologique, l'INAO caractérise pour la première fois la notion d’élevage dit "industriel" par des seuils, à savoir 60 000 poules pondeuses, 3 000 porcs de plus de 30 kg ou encore 900 emplacements de truies. Les effluents issus de ces élevages seront proscrits en bio à compter du 1er janvier 2021.

Tolérance

De même que celui de l’Agriculture biologique, le cahier des charges de la mention Nature et Progrès ne proscrit pas l’usage d’effluents non bio. « Il y a une tolérance du fait du manque de ressources dans certains départements ou pour de jeunes installés », explique Alice Lyonnet, animatrice au service gestion de Nature et Progrès. « On exige en revanche des garanties quant au chargement ou encore à l’usage de produits phytosanitaires et vétérinaires. S’agissant des effectifs, le sujet est en réflexion, dans la perspective du congrès mondial de la bio en 2020 à Rennes. Le sujet fait débat, entre puristes et pragmatiques ».

« Les fumiers ou excréments d'animaux liquides ne peuvent pas être utilisés en agriculture biologique s'ils proviennent d'un élevage industriel ». Telle est la règle inscrite dans le règlement (CE) 889/2008 régissant l’agriculture biologique au sein de l’Union européenne. Problème : ce même règlement ne donne aucune définition qualitative et quantitative d’un élevage industriel.

La France s’est emparée du sujet il y a quelques années, avec la création d’un groupe de travail au sein du Comité national de l’agriculture biologique (CNAB), l’instance rattachée à l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO). Le CNAB est en charge de l'interprétation française du cahier des charges communautaire, ce qui passe par la mise à jour régulière du règlement national, qualifié de « guide de lecture » du règlement européen.

Des chiffres, une première

Depuis décembre 2017, le groupe de travail étudie les critères déterminant la notion d’élevage « industriel » pour les effluents non valorisables en bio. Il a émis à plusieurs reprises ses recommandations assorties d’un calendrier de mise en œuvre. Sa dernière version, finalisée en juillet dernier, fait pour la première fois mention de chiffres. « Seront proscrits les fumiers ou excréments d'animaux liquides en provenance d’élevages comptant plus de 60 000 poules pondeuses élevées en cages, plus de 3 000 porcs de plus de 30 kg ou encore plus de 900 emplacements de truies en systèmes caillebotis ou grilles intégral », fait savoir Blaise Leclerc, expert en fertilisation organique à l’Institut de l’agriculture et de l’alimentation biologiques (ITAB). « Les volailles de chair ne sont pas concernées car elles sont élevées au sol ». Le document ne mentionne pas les élevages de veaux. 

Règlement UE inchangé

Le nouveau guide de lecture entrera en application le 1er janvier 2021. Le délai est censé permettre aux exploitations potentiellement impactées de s’adapter à la nouvelle donne, dont l’impact est très difficile à évaluer. « Les Chambres d’agriculture et la FNAB ont bien essayé de sonder les éleveurs mais les retours ont été trop peu nombreux pour pouvoir en tirer des conclusions », poursuit Blaise Leclerc.

Le 1er janvier 2021, c’est aussi la date à laquelle entrera en vigueur le nouveau règlement européen régissant l’Agriculture biologique. Ce dernier précisera-t-il sa propre définition de l’élevage industriel, en s’inspirant de l’initiative française ? « C’est fort peu probable, répond Olivier Catrou, responsable du Pôle agriculture biologique à l’INAO. Les contextes sont trop disparates d’un pays à l’autre du point de vue des élevages et des terres en présence, donc de l’offre et des besoins. Je pense que l’harmonisation européenne en la matière est un vœu pieu. En France, d’une région à l’autre ou d’un système à l’autre, ce n’est déjà pas simple. C’est tout l’intérêt du guide de lecture, qui permet d’impulser de nouvelles exigences réglementaires tout en ménageant le développement de l’agriculture biologique ».

Ce sont les mêmes raisons qui justifient la possibilité de recourir à des effluents issus d’exploitations conventionnelles sur des terres bio, avec une bio en croissance ne pouvant pas, mathématiquement, viser l’autosuffisance.

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Commentaires 26

gilbertbio

inutile de commenter car censure ....... si l"on n'est pas dans " les coeurs......???"

gege17

si on veut étre bio,on n'utilise que du bio sur la ferme,et non pas 50 camions de fiente qui traverse la france pour des bios de 400 ha comme prés de ma ferme,et les jus qui dégoulinent sur la route ,bio pas b'eau.

bou21

ils vont interdire ces effluents et dans le même temps ils autorisent les engrais organiques à base de farines de viande de plumes issus de ces mêmes élevage.vous trouvé cela cohérents vous??

viande

Quand on produit bio il faut que tout soit bio,( mais certains veulent continuer à avoir 2 UGB ha, d'autres veulent faire des céréales sans animaux, les déjections d'animaux conventionnels ne sont pas bio, alors elles doivent être interdites en bio, point final) sinon le consommateur ne va pas suivre longtemps au porte feuille s'il y a des résidus de pesticides et d'antibiotiques mis délibérément dans les sols...

Coeur

Les ressources utilisées en Bio devraient être garantis sans contaminant d'élevage (antibiotique, molécules de synthèse), vu que c'est un des objectifs du Bio.
Donc, en quoi être un élevage industriel serait "pire" qu'un élevage "plus petit". Tu as 55 000 poules, c'est ok, et celui qui en a 60 000, c'est pas bon ? Quels sont les études qui montrent une véritable contamination en élevage plus gros ?

On nage en pleins délires émotionnelles, sans aucune réalité scientifique.
Soit, par principe moral, tous les intrans doivent provenir de filière bio. Vu que ça ne semble pas facile, les intrans devraient être contrôlés et conforment à une utilisation en bio.

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