ZOOM sur l'éducation : Quel avenir pour l’enseignement agricole ?

JA Mag - Paris

ZOOM sur l'éducation : Quel avenir pour l’enseignement agricole ?

Plus de mixité, moins d’enfants d’agriculteurs : ces dernières décennies, l’enseignement agricole a connu de profonds changements. Mais à quoi ressemblera le lycée agricole de 2030 ? Le ministère de l’Agriculture a tenté de répondre à cette question en menant un travail prospectif

Pour aller plus loin

En décembre 2017, le Centre d’études et de prospective du ministère de l ’Agriculture a publié deux études : > L’enseignement technique agricole : diplômes, insertions et perspectives d’emploi ; > Métiers, qualifications et emplois liés à l’enseignement agricole : quatre scénarios d’ici 2030. À télécharger sur bit.ly/2qSuBGi

Dans l’enseignement technique agricole, 4 élèves sur 10 étudient...les services à la personne ! En 2015, il s’agissait même de la première filière, devant la production agricole (un tiers des élèves de la 4e au BTS). Ce fait marquant résume les profonds changements de l’enseignement agricole au cours de ces dernières décennies. Une évolution qui reflète aussi celle d’un monde rural où le poids des agriculteurs recule. Seuls 12 % des élèves sont enfants d’agriculteurs « alors qu’ils constituaient plus de 40 % des effectifs trente ans plus tôt », indique une récente étude du ministère de l’Agriculture (lire ci-contre).

Un élève sur deux est une fille

Selon cette analyse, les élèves sont de plus en plus jeunes et la parité est désormais acquise, avec une élève sur deux parmi les 200 000 jeunes inscrits. Mais cette mixité est à géométrie variable : les filles représentent 82 % des effectifs dans les services à la personne, mais 38 % dans la production agricole. Quant au rajeunissement des élèves, il serait dû à « la réduction du recours au redoublement » et à « la rénovation de la voie professionnelle ». Lancée en 2009, cette réforme a réduit la durée du bac pro à trois ans (contre quatre auparavant). Conséquence : les élèves suivent des études plus longues. « 30% des diplômés du bac pro poursuivent désormais leurs études en BTSA », notent les auteurs de l’étude, soit « +8 points par rapport à 2011».

Une évolution qui est plutôt une bonne nouvelle. Toujours d’après le ministère, plus le niveau de diplôme est élevé, plus les jeunes ont de chances de trouver du travail, et plus ils ont de chances de décrocher un CDI. L’enseignement agricole jouit d’un meilleur taux d’insertion professionnelle que la moyenne. Par exemple, 83 % des diplômés de bac pro agricole ont décroché un travail dans les 33 mois après leur diplôme (76 % pour la moyenne des bacs pros). Un pourcentage qui grimpe à 91 % après des études supérieures agricoles. Si on y ajoute des taux de réussite aux examens flirtant avec les 80 %, l’enseignement agricole apparaît comme un choix séduisant pour les élèves.

Défi d’attractivité

À quels emplois peuvent prétendre les jeunes diplômés ? Production, forêt, agroalimentaire et aide à domicile – les quatre filières de l’enseignement agricole – représentent 10 % de l’emploi total en France. Mais ces secteurs connaissent « des dynamiques contrastées », note le ministère. Porté par le vieillissement de la population, le secteur des services à la personne devrait poursuivre son développement, malgré des difficultés de recrutement. De son côté, l’emploi agricole recule, mais cette baisse devrait ralentir dans les prochaines années. Car, prévient la Rue de Varenne, « avec plus de 40 % des effectifs qui ont plus de 50 ans, les départs en fin de carrière devraient être nombreux au cours de la prochaine décennie. » L’agriculture risque donc de manquer de bras... alors même que les agriculteurs peinent déjà à recruter ! L’année dernière, 12 000 postes n’avaient pas trouvé preneur. Confrontés à « un véritable défi d’attractivité », les métiers agricoles « devront (...) susciter de nouvelles vocations auprès des jeunes », conclut le ministère.

Réglementations changeantes, pratiques techniques pointues, nouvelles attentes de la société, incertitudes économiques, etc. L’acte de production devient de plus en plus complexe. Une évolution qui est à la fois un avantage (intérêt intellectuel) et un frein (haut niveau de compétences) pour l’attractivité. L’agriculture a une autre carte à jouer : alors qu’elle se numérise à vitesse à grand V, elle peut compter sur les nouvelles technologies pour attirer les nouvelles générations. À condition que l’enseignement leur apporte les compétences adéquates.

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Et (après) demain ?

Sous la houlette du ministère de l’Agriculture, une trentaine d’experts ont planché sur l’avenir de l’enseignement agricole. Ils ont élaboré quatre scénarii à l’horizon 2030. Pour eux, les scénarii 2 et 4 sont « les plus optimistes », les 1 et 3 étant « non souhaitables ».

1 - « Métropolisations et société duale »

Taux de chômage élevé, morosité économique, développement du statut de travailleur indépendant (ubérisation). -> Secteurs porteurs : automatisation,

robotique, intelligence artificielle, analyse des données, médiation, logistique, et commercialisation.

2 - « Économie verte et territoires »

Transition écologique conduisant à un regain de croissance, politiques territoriales dynamiques, écologie industrielle et économie circulaire. -> Métiers techniques valorisés, ainsi que la formation et le conseil. Les métiers les moins attractifs ont du mal à trouver des candidats.

3 - « Le moins cher, par choix ou par force »

Économie guidée par l’optimisation des coûts, chômage persistant, baisse des financements publics, assouplissement du droit du travail et des normes. -> Marché du travail bipolarisé (entre emplois peu qualifiés et emplois surqualifiés), compétences recherchées en gestion, finance et conduite de projets.

4 - « La nature anthropisée et imitée »

Lien social mis en avant, innovation technologique favorisée (notamment dans la bioéconomie), pression accrue des consommateurs (notation), conflits d’usage fréquents. -> Travail de plus en plus nomade, mutualisation poussée entre entreprises, compétences techniques pointues, retours en formation fréquents.

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« Il faut former les jeunes sur la volatilité des prix »

L’enseignement agricole s’est-il adapté aux évolutions de l’agriculture ? L’agriculture évolue de plus en plus vite et l’enseignement doit aussi s’adapter. Nous souhaitons que les enseignants soient mieux formés dans ce sens. Mais le ministère en a-t-il les moyens ? Par exemple, il faudrait mettre en place un module sur la volatilité des prix agricoles. Les jeunes doivent avoir des bases solides pour comprendre la volatilité, réagir rapidement et adapter leur exploitation.

La gestion des risques n’est pas assez dans les mœurs non plus. En termes d’agriculture numérique, les établissements s’adaptent plus ou moins vite. La transformation de l’enseignement agricole a déjà commencé.

Dans quel sens voulez-vous voir évoluer l’enseignement agricole ? Avant tout, il doit rester agricole ! Nous en sommes fi ers et nous ne voulons surtout pas qu’il se retrouve dans le giron de l’Éducation nationale. Être dans le périmètre du ministère de l’Agriculture permettra de s’adapter aux besoins et aux évolutions futures de l’agriculture. Aujourd’hui, les exploitants sont présents dans les conseils d’administration des établissements. C’est un fonctionnement que nous voulons conserver.

Comment redonner de l’attractivité aux formations – et donc aux métiers – agricoles ? L’attractivité passera aussi par l’action syndicale. Si nous parvenons à valoriser nos produits et à mieux vivre de notre travail, ce sera bon pour notre image. Pour cela, il faut des prix rémunérateurs et une Pac qui nous donne de la lisibilité à moyen terme. L’attractivité passera aussi par une communication qui reflète la diversité des territoires et des pratiques agricoles.

Source : JAMAG - n° 745 

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