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La bio vit-elle sur les réserves chimiques des Trente Glorieuses ?

Raphaël Lecocq

La bio vit-elle sur les réserves chimiques des Trente Glorieuses ?
Régis Helias, ingénieur et animateur en agriculture biologique chez Arvalis en Occitanie, intervenant au dernier Sommet de l'élevage

La « végétalisation » de l’agriculture biologique, qui la prive des apports des effluents d’élevage, entame la teneur du sol en phosphore disponible, au point d’altérer la fertilité des sols et les rendements. Problème : en bio, le phosphore, c’est du temps et de l’argent.

Un séminaire sol en AB

La bio vit-elle sur les réserves chimiques des Trente Glorieuses ?

Le sol en agriculture biologique : quelles recherches construire ? Tel est le thème d’un séminaire participatif organisé par l’INRA et l’ITAB le mardi 27 novembre à Paris. Concernant tous les systèmes (élevage, grandes cultures, maraichage, viticulture, arboriculture), le séminaire balaiera de nombreux thèmes tels que la gestion des ressources, le bouclage des cycles biochimiques, les interactions sol-plante, la biodiversité, le changement climatique etc.

Spécialisation, céréalisation, végétalisation : le phénomène qui grignote le sacro-saint système polyculture-élevage, vieux comme le monde ou presque, n’est pas propre à l’agriculture biologique. Mais, du point de vue de la fertilisation, l’agriculture conventionnelle peut compenser les apports d’effluents par des éléments chimiques, aux prix certes fluctuants, mais rapidement efficients. Et elle ne s’en est pas privée. « Durant les Trente Glorieuses, après la seconde guerre mondiale, la consommation d’engrais chimiques NPK s’est envolée », déclare Régis Helias, ingénieur et animateur en agriculture biologique chez Arvalis en Occitanie. « A partir de la fin des années 1980, les livraisons de phosphore et de potasse ont véritablement chuté tandis que celles d’azote ont résisté, du fait de ses incidences directes de l’élément sur les rendements. L’analyse des cartes de teneurs en phosphore à l’échelle de la France montre une tendance très nette à l’appauvrissement des sols ».

La bio vit-elle sur les réserves chimiques des Trente Glorieuses ?

« Ça va craquer »

Depuis 2006, Arvalis Institut du végétal conduit dans la Drôme un essai du suivi de la fertilité des sols en grandes cultures conduites en AB. Une partie de l’essai reçoit des engrais organiques riches en phosphore tandis que l’autre ne reçoit que de faibles doses associées à la fertilisation azotée. Résultats ? « Les apports de phosphore ne compensent pas les exportations », souligne Régis Helias. « Les rendements baissent de façon significative pour des espèces telles que le maïs ou le blé. Le problème, c’est que l’agriculture bio se développe de plus en plus sans composante élevage, ce qui la prive des apports d’effluents. En 2011, 66 % des exploitations en agriculture biologique étaient dépourvues d’élevage. Bio ou pas bio, l’agriculture bénéficie encore aujourd’hui des apports massifs des Trente Glorieuses et continue de vivre sur ce stock de phosphore et de potassium. Mais un jour, je ne sais pas quand, ça va craquer ici ou là ».

Les mycorhizes à la rescousse ?

En bio, les fertilisants organiques, hors effluents d’élevage, (composts, farines, mélasses...) ont souvent des teneurs limitées en phosphore, qui plus est peu assimilable en l’état. La problématique est la même pour les phosphates naturels, peu solubles, et encore moins en sols acides qu’en sols basiques. Toujours dans son essai, Arvalis relève que les apports d’engrais organiques riches en phosphore, pour peu qu’ils soient réguliers, permettent de restaurer la fertilité et les rendements. Qui plus est, le maintien ou, du moins, l’amortissement de la chute de la teneur en phosphore, s’avère rentable à moyen terme. Le réinvestissement dans la fumure de fond, éclairé par des analyses de sol, trouvera peut-être le soutien de la recherche dans le domaine des mycorhizes, association symbiotique entre champignons et racines. « Les mycorhizes participent à la solubilité du phosphore », explique Régis Helias. « Elles sont d’autant plus efficaces que le sol est pauvre en phosphore. Mais certaines ont des effets négatifs sur la croissance des végétaux, il reste encore beaucoup à découvrir sur le sujet ».

Itinérance animale

On n’ose pas trop songer à une « ré-animalisation » de l’agriculture. « Elle n’est pas à exclure », relève l’ingénieur qui cite l’exemple de Frédéric Thomas, spécialiste de l’agriculture de conservation et qui réserve les couverts végétaux de son exploitation solognote aux Angus d’un éleveur. « L’itinérance de troupeaux sur des exploitations céréalières est peut-être une voie d’avenir », conclut Régis Helias.

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Commentaires 31

Baba

D'accord avec gigi45 et DM88. Laissons l'agriculture aux agriculteurs et aux agronomes de terrain.'(pas ceux qui encombrent les ministères et les administrations). L'histoire nous montre que les rendements du 19è siècle et de la moitié du 20ème étaient faibles. C'était
du100% bio et les agriculteurs de l'époque étaient aussi intelligents que ceux d'aujourd'hui.
N'oublions pas qu'à cette époque, il y a eu des famines en France et en Europe. Les engrais
et la lutte contre les maladies ont amélioré la situation. Certains pensent que c'était mieux
autrefois!!!! L'opinion publique va devoir réfléchir !!!

DD49

Bien vu DM88 par contre il n y a pas que le grand public qui comprend rien il y a aussi gigi45

DM88

Un agronome par définition doit comprendre le fonctionnement d'un champ cultivé pour proposé des pratiques agricoles en adéquation avec les objectifs et les attentes du moment. Arvalis fait ici un constat simple qu'est celui de l'intérêt de la polyculture élevage. Ce système de culture, en bio ou en conventionnel, est complémentaire et c'est la dessus que l'on devrait davantage communiquer notamment auprès du grand public qui ne comprend rien aux modèles agricoles.

gigi45

Avant la première guerre mondiale le rendement moyen du blé en France était de 10 à 12 qx /ha. C'est vers cela qu'on se dirige si on applique les méthodes du passé.

DD49

Suite. Il est vrai que les teneurs en potasse et en phosphore de mes sols ont légèrement baissé(je te rappelle sur25 ans) mais elle reste tout a fais satisfaisante.Au début j entendais:cela va durer 5 ans après c est passé à 10 maintenant je n entends plus personne!je m arrête là et je vais éviter d aborder l aspect économique , cela risquerait de te faire mal au c..!

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