Fermiers de Janzé (35) : des volailles de 465 jours...

Raphaël Lecocq

Fermiers de Janzé (35) : des volailles de 465 jours...
Poulet de Janzé

La coopérative des Fermiers de Janzé mise sur le temps pour produire ses poulets, pintades, chapons et dindes, tous estampillés Label Rouge. Une croissante lente et qualitative, à l’image de la coopérative elle-même, fédérant 170 éleveurs en quête de diversification laitière. 2018 marque le lancement du poulet bio.

7 adhérents en bio

Après avoir labellisé ses différentes productions au fil du temps (poulet blanc puis chapon blanc et poulet jaune en 1988, dinde en 1992, pintade en 1994 et chapon jaune en 2000, les Fermiers de Janzé se sont lancés dans la production bio cette année. 7 éleveurs représentant 16 poulaillers sont concernés. Le cahier des charges du poulet bio de Janzé est plus strict que celui du poulet bio UE, au niveau du parcours (herbeux, ombragé, planté) et de sa durée (40 jours contre 23), de l’âge à l’abattage (81 jours contre 70 voire 56), de la souche (rustique à croissante lente) et des contrôles. En outre, toute l’exploitation doit être convertie en bio.

A la coopérative des Fermiers de Janzé (Ille-et-Vilaine), l’année s’étire sur 465 jours. 465 jours, c’est la durée cumulée d’élevage des quatre volailles produites par la coop, à savoir le poulet (81 jours), la pintade (94 jours), la dinde (140 jours) et le chapon (150 jours), ces deux dernières étant uniquement produites pour les fêtes de fin d’année. Le temps : c’est en effet l’un des tout premiers facteurs de la production de la coopérative spécialisée dans la volaille de qualité. On n’occulte pas l’alimentation, garantie non OGM (depuis 2009) et le mode d’élevage en plein air. Mais si la durée d’élevage se compte en dizaines et/ou centaines de jours, l’histoire de la volaille de Janzé se compte en centaines d’années. « Nos volailles sont les descendantes des dernières gélines noires que l’on trouvait en Armorique au 18ème siècle », déclare Mickael Auroy, responsable technique de la coopérative. « En 1900, le marché hebdomadaire de Janzé, alors première place de marché du département d’Ille-et-Vilaine, était très réputé ».

Mickael Auroy, responsable technique de la coopérative les Fermiers de Janzé

Complément laitier

La coopérative est cependant toute jeune. Elle est née en 2003, précédée en 1980 par l’association du poulet de Janzé, toujours active et dépositaire des cahiers des charges Label Rouge et IGP de Janzé. En 1980 se profile à l’horizon l’instauration des quotas laitiers (1984), menaçant les petites exploitations familiales mari et femme, produisant moins de 200 000 l de lait sur 35 à 40 ha, sans possibilité d’extension ou de diversification. 30 ans plus tard, en 2015, l’histoire se répète. Cette fois, c’est la suppression des quotas qui laisse dans l’expectative certains producteurs laitiers, qui frappent à la porte des Fermiers de Janzé. C’est ainsi qu’au cours des deux exercices passés, 60 bâtiments ont poussé, pour atteindre un total de 390, exploités par 170 éleveurs, laitiers ou autres. Pas de quoi inonder les marchés et changer significativement la donne économique départementale, l’IGP Janzé cantonnant la production à l’Ille-et-Vilaine et ses cantons limitrophes. « Ce n’est ni notre vocation, ni notre ambition », précise Mickael Auroy. « Le statut de petite coop, véritablement aux mains d’éleveurs, nous convient parfaitement ».

Fermiers de Janzé (35) : des volailles de 465 jours...

Poulet de chair et chair de poule

Si la coop est portée depuis quelques années par une demande croissante en volailles de qualité, elle reste néanmoins prudente dans son développement, faisant sienne le principe de précaution suivant : une volaille mise en production est une volaille vendue. « On a connu la misère », se remémore Mickael Auroy. « C‘était en 2007 quand les cours des matières premières ont flambé. Notre partenaire d’alors, Doux, refuse d’indexer le prix des volailles sur les cours de l’aliment et rompt unilatéralement notre contrat du jour au lendemain ». La coopérative s’est alors tournée vers le groupe LDC et son abattoir SNV situé à Château-Gontier (Mayenne), lequel assure 90 % de la mise en marché dans un esprit de transparence totale, notamment sur les formules et les prix de l’aliment. La coopérative commercialise le solde via une filiale dédiée (appartenant à 100 % à ses éleveurs), histoire de soutenir la notoriété de la marque via des actions ciblées auprès des consommateurs, tels les Toqués de Janzé en fin d’année à Rennes et de rester en prise avec le marché local via la restauration commerciale et collective ou encore les rôtisseries et les boucheries.

Fermiers de Janzé (35) : des volailles de 465 jours...

Le plein d’éleveurs avec moins de vide

Le marché, la demande : les mots reviennent souvent dans la bouche du responsable technique. La variable d’ajustement, c’est moins les prix que la durée du vide sanitaire, que la coop s’efforce de réduire à la portion congrue, non sans brio, au vu des candidats qui frappent à la porte. Ces derniers temps, la demande (des éleveurs) était orientée sur le bio. Là encore, la coopérative s’est donnée du temps, avant d’entériner la démarche en lançant cette année le poulet bio de Janzé (voir encadré). En espérant que la demande (des consommateurs) se confirme.

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