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Fumiers et lisiers : précautions d’utilisation et prévention sanitaire (2/2)

Dr Didier GUERIN – GDS Creuse – www.gdscreuse.fr

Fumiers et lisiers : précautions d’utilisation et prévention sanitaire (2/2)

Les effluents d’élevage peuvent constituer une source importante de contamination. Pour chaque élevage, la connaissance du niveau potentiel de risques détermine les précautions adéquates d’utilisation pour une prévention sanitaire raisonnée.

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https://www.pleinchamp.com/elevage/actualites/fumiers-et-lisiers-risques-sanitaires

La résistance des agents viraux et parasitaires responsables des gastro-entérites néonatales implique qu’en cas de processus épidémique de diarrhée dans son élevage, le stockage des effluents d’élevage, en vue d’utilisation sur des prairies devra être allongé (5 mois). De plus, un épandage sur les prairies destinées à être pâturées par les jeunes ou les couples mère-veau sera à éviter.

Le précédent article présentait les risques sanitaires des fumiers et lisiers. Nous allons voir ici les précautions d’utilisation pour une prévention sanitaire adaptée.

Une variabilité des risques selon le type d’effluent d’élevage

Les deux facteurs principaux du niveau de risque de transmission de maladies à partir du stockage et de l’utilisation agronomique des effluents d’élevage, outre la pathogénécité propre des agents des contenus, sont leur concentration initiale dans l’effluent stocké puis épandu et leurs caractéristiques biochimiques spécifiques.

Un effet thermique épurateur dans les fumiers

Les fumiers contiennent une forte proportion de cellules générant des fermentations dont les processus thermiques très importants limitent considérablement la survie des agents infectieux et des parasites. La teneur en matières solides et la température élevée atteinte des fumiers expliquent leur effet épurateur en quelques semaines. Par rapport aux fumiers, dans les composts, les réactions biochimiques en milieu aérobie provoquent des élévations de températures plus rapides et plus intenses d’une dizaine de degrés environ. Toutefois, diverses parties de ces deux types d’effluents n’atteignent pas uniformément des températures élevées : les parties superficielles du fait d’échanges thermiques avec l’air ambiant et les parties profondes si la quantité de paille est insuffisante. Il faut environ 8 kg de paille par animal et par jour pour atteindre 60°C en fermentation anaérobie et 70°C en fermentation aérobie. Cette quantité de paille est rarement atteinte quel que soit le type de logement et, de ce fait, les températures qui en découlent non plus. Cependant, si la durée de stockage du fumier, sans nouvel apport quotidien, est de l’ordre d’un mois, un seuil de sécurité suffisant est obtenu, la durée d’une température modérément élevée compensant l’effet d’une température très élevée, sauf pour les ookystes de protozoaires et les œufs d’ascaris.

Une persistance plus longue au sein des lisiers

Dans les lisiers de bovins, la température reste assez basse et assez constante (20 à 30°C). Ce phénomène est favorable à une survie des bactéries plus longue dans ce type d’effluent que dans les fumiers et dans les composts. Mais la compétition pour les substrats nutritifs avec les bactéries commensales, ces dernières étant beaucoup plus nombreuses, entraîne une disparition des bactéries pathogènes avec des durées de stockage de deux mois s’il n’y a pas de réensemencement quotidien par les fèces des animaux excréteurs. La seule difficulté du contrôle de la contamination des fosses reste la latence entre l’épandage et le remplissage total des fosses. La teneur en matière sèche des différents produits semble jouer sur l’homogénéité des concentrations de bactéries en différents points du stockage. La variation est faible pour les lisiers alors que dans les fumiers, l’écart entre échantillons du même tas peut atteindre ou dépasser un facteur 10.

Pour les élevages confrontés à des diarrhées néonatales ou de la paratuberculose, des précautions supplémentaires devront être prises en matière de gestion des effluents afin de ne pas entretenir le cycle de contamination. L’utilisation des fumiers sur les prairies, en particulier pâturées par les jeunes, est à proscrire ou ne peut être réalisée qu’après une mise en tas minimum de 6 mois.

Une variabilité des risques selon le type d’agents pathogènes

Certains agents pathogènes s’avèrent plus résistants. La période d’un mois pour les fumiers ou deux mois pour le lisier se trouve insuffisante pour permettre un assainissement des effluents par rapport à ses entités. Des précautions supplémentaires doivent donc être mises en place pour une prévention efficace vis à vis de ces maladies. Cela concerne essentiellement les trois éléments ci-dessous.

Les diarrhées néonatales

La résistance des agents viraux et parasitaires responsables des gastro-entérites néonatales implique, en cas de processus épidémique de diarrhée dans son élevage, que le stockage des effluents d’élevage, en vue d’utilisation sur des prairies, devra être allongé (5 mois). De plus, un épandage sur les prairies destinées à être pâturées par les jeunes ou les couples mère-veau sera à éviter.

Les affections à clostridies

La contamination des effluents d’élevage s’effectue essentiellement lors de persistance d’un cadavre en leur sein. Une attention toute particulière sera donc à porter aux effluents d’élevage risquant de contenir des cadavres d’animaux. Cela s’avère être le cas pour les effluents d’élevage de volailles.

La paratuberculose

L’extrême résistance du germe de la paratuberculose implique que dans les élevages atteints, l’utilisation des fumiers sur les prairies, en particulier pâturées par les jeunes, est à proscrire ou ne peut être réalisée qu’après une mise en tas minimum de 6 mois.

Une variabilité des risques en fonction de l’environnement géoclimatique et de l’utilisation des surfaces

Après l’épandage des effluents contenant divers contaminants, les risques de contamination sont élevés pour les zones qui jouxtent des lieux d’épandage de produits fortement contaminés. L’enfouissement est une précaution favorable pour protéger la végétation de surface et la dissémination aérienne mais son efficacité est limitée s’il y a une forte infiltration d’eau et surtout du ruissellement et de l’érosion due à des précipitations importantes. Par temps ensoleillé, la destruction des micro-organismes est en revanche rapide. Les risques de contamination par les effluents contenant des agents pathogènes par ingestion d’herbe sont modérés si l’on prend la précaution de ne faire pâturer les parcelles ayant reçu ces effluents que 8 semaines après leur épandage sauf en présence de germes résistants.

La gestion des effluents d’élevage : un axe important de notre concept « Le sanitaire… j’adhère ! »

Les précautions sanitaires à prendre par rapport aux effluents d’élevage se déroulent en trois étapes :

  1. Une connaissance du niveau de contamination des effluents utilisés. La concentration de microbes pathogènes découle des pathologies observées dans l’élevage. Une attention particulière sera portée sur les pathologies à germes résistants (diarrhées néonatales, pathologies à clostridies, paratuberculose).
  2. Une période de stockage (sans nouvel apport quotidien) d’un mois pour les fumiers ou composts (bonnes pratiques de réalisation nécessaires) ou de deux mois pour les lisiers. En cas de présence de pathologie à germes résistants, l’action sera adaptée (non-utilisation sur prairies pâturées, durée de stockage augmentée).
  3. Des risques résiduels résultant de l’utilisation agronomique des effluents d’élevage : contamination directe de l’eau des mares ou des cours d’eau.

De plus, n’oublions pas dans nos éléments de prévention la désinfection des matériels de transport et de manipulation des différents effluents d’élevage, en particulier pour ceux utilisés collectivement. Enfin, là aussi, comme dans toute action sanitaire de prévention, l’action demande à être individuelle et aussi collective afin d’éviter les contaminations de voisinage (transmission par l’eau).

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Commentaires 1

PALAN696

Etude fort inintéressante, une étude identique serai nécessaire pour l'épandage des résidus de collecte des ordures "ménagères".
Car ce type de déchets est employé en quantité "industrielle" par certaines exploitation agricole, et épandu à proximité d'habitations.

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