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Raphaël Lecocq

Daniel et Nadine Auffray, éleveurs à La Chapelle des Fougeretz (Ille-et-Vilaine)

Daniel et Nadine Auffray se sont diversifiés dans la volaille Label Rouge pour contrebalancer les cours erratiques du lait. Pas suffisant toutefois pour motiver la reprise de l’exploitation par l’une ou l’autre de leurs filles.

Du Janzé dans les cantines ? Chiche!

Les Fermiers de Janzé produisent bon an mal an 5 millions de volailles (poulets, pintades, chapons, dindes), à 90 % sous la marque Janzé, ce qui représente 5 % du marché français de la volaille Label Rouge. « C’est un marché mâture depuis une dizaine d’années », confie Mickael Auroy, responsable technique de la coopérative. « On verra si la Loi alimentation a un impact sur la commande publique en restauration collective, approvisionnée aujourd’hui à 90 % par de la volaille d’importation. Si c’est le cas, il faudra revoir les procédures d’appel d’offre, qui ne favorisent pas du tout l’approvisionnement local dans l’état actuel de la réglementation ».

Une exploitation de 45 ha, un contrat laitier de 350 000 l avec Sodiaal, deux poulaillers de 400 m2 produisant des volailles Label Rouge. Installés à La Chapelle des Fougeretz (Ille-et-Vilaine), Daniel et Nadine Auffray sont des adhérents très représentatifs des Fermiers de Janzé (Ille-et-Vilaine). Une coopérative dont les origines remontent aux années 1980 et dont la vocation était d’offrir aux petites exploitations laitières du département une source complémentaire de revenus, destinés à compenser le manque à gagner dû à l’instauration des quotas laitiers. Trois décennies plus tard, ni la raison d’être ni la pertinence des Fermiers de Janzé n’ont varié d’un iota. Avec 170 adhérents répartis sur le département breton et quelques cantons limitrophes, la petite coopérative (10 salariés) est restée sage dans son développement. Et n’a pas l’ambition de changer à elle seule la face de l’agriculture. « Les Fermiers de Janzé, c’est un seul métier, la volaille de qualité IGP et Label Rouge, sans couvoir, sans usine d’aliment, sans abattoir », explique Mickael Auroy, son responsable technique. « Les onze éleveurs membres du conseil d’administration s’imposent les décisions à eux-mêmes avant de les imposer à l’ensemble des adhérents. Et pour un seul métier, ils y consacrent tout de même une demi-journée par mois en conseil d’administration ».

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2 euros de marge pour 1000 litres

Daniel et Nadine Auffray ont érigé leurs deux poulaillers en 1998 et 1999, environ 10 ans après la reprise de l’exploitation des parents de Daniel, qui produisaient alors 120 000 litres de lait. Avec une EPI de départ de 200 000 litres, le couple est monté en production au fil du temps pour se stabiliser autour de 350 000 litres il y a cinq ans. Le travail sur la génétique et l’alimentation permet de contenir la taille du troupeau à moins de 50 vaches, moyennant une productivité de 8000 à 9000 litres par bête. Pas suffisant pour dégager un bénéfice quand le prix du lait tutoie les 300 euros les 1000 l. « En 2017, on a touché un prix moyen de 312 euros pour un coût de production de 310 euros », déclare Daniel Auffray. « En 2016, le prix était descendu à 280 euros ». Les éleveurs compensent la faiblesse des marges par les volumes, en acceptant de produire entre 30 000 et 40 000 litres de lait supplémentaires entre août et octobre, à la demande de Sodiaal qui s’est engagé à alimenter les tours de séchage mise en service par Synutra. Les derniers rebondissements du dossier Sodiaal / Synutra, liés aux atermoiements de la Chine sur ses approvisionnements en lait en poudre, interrogent Daniel et Nadine Auffray sur la pérennité de cette soupape. « Pour le moment, on n’a pas les informations », explique l’éleveur. « Or c’est maintenant que je dois prendre la décision ou non d’inséminer les vaches qui me permettront de produire ce surplus l’été prochain ».

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Un Smic une fois les poulaillers payés

Les éleveurs y voient un peu plus clair avec leur atelier de volailles. Leur rémunération est le résultat d’une équation entre le prix fixé au contrat, la rotation des bandes, autrement dit la durée du vide sanitaire, et enfin leurs performances techniques. La coopérative est parée contre le risque de variation du coût de l’aliment grâce à leur indexation sur le prix des volailles. « On est le seul groupement de producteurs français dans cette logique », souligne Mickael Auroy. « Cela suppose une transparence totale de nos coûts de production vis à vis de notre abatteur SNV ». Visiblement, la transparence, le partenariat, ça paie. « Nos deux poulaillers nous permettent de dégager l’équivalent d’un Smic », déclare Nadine Auffray. « Mais je précise que nos bâtiments sont payés ». Payer, compter : c’est, avec la production de lait et de volaille, la troisième occupation quotidienne de Nadine et Daniel Auffray. Une astreinte que leurs deux filles, parties dans d’autres univers professionnels, ne connaîtront pas. Quoi que, pour ce qui est de compter....

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Commentaires 8

chable

Encore un bel exemple du naufrage de Sodiaal.

duracuire

slogans honteux , rien de plus a y ajouter , l'agriculteur est un cerf comme au moyen age

ERIC

le smic quand les prêts sont fini de payer et avant il vivait d'amour et d'eau fraiche , que l'on arrête de nous bourré le mou avec vos publication qui pour moi sont orchestré par le credit agricole et et les coopérative, donner de l'espérance ou iln'y en pas c'est pas cool .......

Ehpotsirhc

6,5 jours sur 7 de boulot, 65 heures de travail par semaine, 1 semaine de vacances par an, des centaines de miller d'euros investis, des attaques régulieres de toutes part sur nos façons de produire.... tout ça pour le SMIC !! Mais quelle autre profession accepterait ça ??

JC

Un SMIC une fois les bâtiments payés : ça veut dire pas d'argent avant 10 ans au moins ! Qui est capable de s'installer dans ces conditions ? Sachant qu'il faut bosser le WE, se lever la nuit pour les enlèvements… et pendant ce temps là on nous promet que la marge sera mieux distribuée entre les différents intervenants de la production.

Il est vrai que 0 à diviser entre tous, ça va pas être compliqué à partager, mais pas sûr que les autres maillons soient à un tel niveau de rémunération...

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