Diversification - Mickaël Magne, le cuir dans la peau

JA Mag - Paris

Diversification - Mickaël Magne, le cuir dans la peau

Pour mieux valoriser son élevage de veaux sous la mère, Mickaël Magne vend la peau de ses bêtes à un sellier de luxe. Une montée en gamme qui va de pair avec un plus grand bien-être animal.

La peau, c’est la grande richesse de l’animal

Diversification - Mickaël Magne, le cuir dans la peau

Le PER a commencé en janvier 2014 avec la collecte des peaux. On a été labellisé jusqu’au 31 décembre 2017. Le cluster Réso’Cuir a accepté de reprendre l’animation pour l’année 2018. L’objectif, c’est d’avoir une suite logique au PER qui soit à la fois viable et durable. (…) En faisant en sorte que l’éleveur continue à être rémunéré pour son travail, sans pour autant que ce soit le transformateur qui doive le rémunérer. (…) Aujourd’hui, il n’y a que le transformateur – en l’occurrence la sellerie – et la coopérative qui rémunèrent l’éleveur. Sauf qu’ils ont budgétisé ce financement pour quatre ans, pas plus. (…) Aujourd’hui, il y a une volonté politique derrière le PER, mais il faudrait que les décisions soient prises au niveau national. Il faut une décision de type ministériel disant : « Aujourd’hui, le 5e quartier, ou une partie du 5e quartier [dont la peau, NDLR], revient à l’éleveur. » (…) Alors, on aurait toutes les cartes en main pour continuer à améliorer les peaux avec les éleveurs, et ils auront les moyens nécessaires pour le faire. La difficulté qu’on a aujourd’hui à étendre le projet à de nouveaux éleveurs, c’est qu’on n’a plus de fonds. (….) Il faut qu’il y ait une volonté de chacun.

7 h 30 dans la salle de tétée. Parmi les 62 vaches limousines à robe rousse réunies avec leurs petits, deux sortent du lot : une normande et une montbéliarde. Les deux laitières supplémentent la ration de lait des veaux les plus âgés qui partiront bientôt pour l’abattoir. Voilà bientôt quinze ans que Mickaël Magne s’est installé avec son cousin à Saint-Méard-de-Drône, en Dordogne, pour élever des veaux sous la mère estampillés Label rouge. Mais depuis 2014, les deux associés parviennent aussi à valoriser leurs bêtes pour leurs peaux. « Nous sommes rémunérés à hauteur de 40 € par peau », précise Mickaël. Dix euros sont pris en charge par la coopérative Univia qui emmène les bêtes à l’abattoir. Les trente euros restants sont versés par CWD-Devoucoux. Ce fleuron de la sellerie sportive française, basé à Nontron (dans le nord du département) transforme les peaux en selles de cheval sur mesure. « Ils avaient des problèmes d’approvisionnement en peaux, raconte Mickaël. Elles venaient de l’étranger, mais elles étaient parfois piquées. Ils ne savaient pas trop quelle qualité ils allaient avoir. »

Des peaux de qualité pour réduire les importations.

Entre le Gaec de la Tour et les ateliers de CWD, les veaux passent entre les mains de quatre intermédiaires : la coopérative, l’abattoir, le transporteur et le tanneur. Pour s’assurer qu’aucune peau de qualité ne se perde en route ou ne soit confondue avec le cuir d’un simple veau de boucherie, Mickaël a recours à un double système de traçabilité : « On colle une pastille jaune dans le passeport du veau et un macaron vert sur l’animal (…) Quand le veau arrive à l’abattoir, le bouvier sait déjà qu’il est destiné au Pôle d’excellence rural Cuir (PER). Il le met de côté et tous sont abattus en même temps. » Le PER Cuir a été créé en 2012 par la chambre économique de Dordogne (qui regroupe les trois chambres consulaires du département). Le but ? Réduire l’importation des peaux et booster la qualité des cuirs produits sur le territoire. Vingt-quatre exploitations ont accepté de relever le défi. Les conditions ? « Il fallait être localisé dans le Périgord vert, adhérer au plan sanitaire de la chambre et faire abattre nos animaux dans le département, à Ribérac ou à Thiviers, après quoi les peaux partent à la tannerie de Chamont », précise Mickaël.

L’objectif : « 60 à 80 € par peau ».

Pour obtenir un cuir de haute qualité, il faut une peau sans aucune aspérité. Le jeune éleveur a donc remplacé toutes ses clôtures barbelées par du fil électrique lisse pour éviter les égratignures. « On a fait ça en deux ans, parce qu’il a fallu élaguer les arbres. » En tout, 11 km de fil ont été posés autour de 70 ha de prés. « C’est un fil électrique simple qui résiste à 600 kg de charge. Une vache qui bomberait dedans, elle s’arrêterait ! » Coût de l’installation : 8 400 €, dont la moitié a été financée par les aides européennes Leader, le conseil régional et le conseil départemental. Mickaël a aussi pris à bras-le-corps le problème des poux et de la teigne. « Les poux font des trous dans la peau et la teigne laisse de grosses tâches. À la tannerie, ils ne peuvent pas s’en servir. (…) Les pertes, ils n’en veulent pas. C’est donc à nous de faire attention qu’il n’y ait pas de parasites. » L’éleveur administre à ses jeunes veaux un traitement antiparasitaire, en deux fois « car ça semble plus efficace, ils se grattent moins et profitent plus ». Sans oublier le vaccin contre la teigne dès la naissance.

jamag3

JAMAG  n° 747: Laurene Mainguy 

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires