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Transmission : l’éclatement des modèles agricoles comment réconcilier les différentes générations ?

PARIS Le réseau CERFRANCE

Transmission : l’éclatement des modèles agricoles comment réconcilier les différentes générations ?

L’agriculture de modèle laisse la place, depuis quelques années, à une agriculture de projet.Cette agriculture de modèle s’était déployée avec la mise en œuvre de la Politique Agricole Commune au début des années 1960 et a structuré la configuration des exploitations agricolesjusqu’au début des années 2010. Zoom sur ces évolutions et des moyens pour trouver un terrain d’entente entre cédant et repreneur

la fin de l’agriculture de modèle. L’objectif majeur de l’agriculture de modèle était l’optimisation du système productif, par exemple en termes de taille des outils (surface exploitable, dimensionnement des troupeaux…). Un autre objectif important consistait à améliorer les performances productives unitaires (rendement par hectare, lait par vache…). Les transmissions réalisées dans cette période se sont majoritairement inscrites dans cette logique d’optimisation productive. Les cessions participaient à l’augmentation de la taille des outils et les repreneurs, dans le même temps, sophistiquaient les outils, essentiellement par la voie d’investissement de modernisation. En revanche, sur le plan du métier et des savoirs mobilisés, les écarts n’étaient pas aussi grands entre cédants et repreneurs.

Vers l’agriculture de projet

De nos jours, le désengagement des politiques publiques dans le soutien direct aux productions encourage les repreneurs à définir le développement de leur ferme, indépendamment de ces politiques. Les jeunes agriculteurs s’inscrivent de plus en plus dans une logique de projets, où chacun d’eux assure l’adéquation entre le potentiel de la ferme reprise, les atouts et contraintes du territoire, notamment la dynamique des filières présentes dans l’environnement de l’exploitation. Les projets intègrent aussi les compétences particulières des repreneurs, leurs savoir-faire spécifiques ou ceux qu’ils veulent mobiliser. Bref, on le voit, l’architecture de la ferme reprise en 2019 sera différente de celle reprise en 2003 (année du découplage des aides).

Des actifs matériels moins valorisés

Aujourd’hui, le repreneur évalue son potentiel différemment des potentialités mises en avant par le cédant. Les hectares ou bien la production animale présente à la cession ne seront peut-être pas les avantages que cherche le repreneur. On a déjà observé ces décalages dans la reprise d’ateliers d’animaux qui ont été abandonnés par le repreneur, peu de temps après la reprise de la ferme. Du côté du cédant, il pourrait y avoir l’option de valoriser au mieux son affaire en vendant par compartiment l’outil de production. Le risque est cependant grand de se retrouver avec une partie de cet outil sur les bras.

Miser sur les valeurs Immatérielles

En revanche, les valeurs immatérielles, souvent sous-évaluées dans l’agriculture de modèle, prennent tout leur sens dans une agriculture de projet. Cela concerne les atouts territoriaux (appellation d’origine), les productions sous contrats, l’accès à l’irrigation, la localisation proche des usines de transformation, l’organisation collective existante… Autant d’éléments qui seront valorisés dans une agriculture de projet. Ainsi, les petites surfaces proches des centres urbains qui trouvaient difficilement preneur retrouvent de l’intérêt avec le développement des circuits courts. Nombre de porteurs de projets en maraîchage recherchent ce foncier mal valorisé par les grandes cultures mais attractif pour ces projets locaux. L’agriculture de projet est l’illustration de la diversité des productions, des modes de productions et du pilotage des fermes, au fur et à mesure que l’agriculture s’ouvre en direct sur le client final. Elle est aussi le reflet d’une agriculture plurielle, dont les contours paraissent de plus en plus flous. Le cédant, pour conserver la valeur du patrimoine à céder, doit trouver le candidat qui valorisera au mieux les atouts de sa ferme, en argumentant sur des aspects autres que la taille de l’outil. Les repreneurs, de leur côté, doivent évaluer la reprise d’une ferme en adéquation avec l’originalité de leur projet (et non l’inverse). Combien de reprises ont été mal calibrées car les outils (bâtiments, matériels, localisation..) ne correspondaient pas au projet du repreneur ? N’oublions jamais que s’engager sur une reprise de ferme, c’est souvent s’engager, peut-être pas pour la vie, mais souvent pour un long bail !

Article de la revue "Gérer pour Gagner" Sandrine JEAN, Conseillère de Gestion

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