Conversion bio des exploitations agricoles de grandes cultures

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Conversion bio des exploitations agricoles de grandes cultures

L’expert foncier est un agronome qui appréhende les exploitations agricoles sous l’angle systémique. Quoi de plus normal qu’il mette au service de l’agriculteur ses connaissances pour l’accompagner dans une modification majeure de son système d’exploitation que constitue la conversion en production biologique en grandes cultures.

I - LE BIO, C’EST QUOI ?

Le bio, c’est trouver un nouvel équilibre agronomique et économique au système de production de l’exploitation afin de rendre celui-ci durable. C’est une non utilisation de produits chimiques de synthèse, une non utilisation d’azote minéral, une non utilisation d’OGM (organisme  génétiquement modifié), et une utilisation possible de produits répertoriés sur une liste positive. C’est aussi une notification pour les exploitations à l’Agence Bio et une certification par un organisme habilité. La production bio a le vent en poupe avec + 17 % de surfaces en 2016 par rapport à 2015.

II - CHANGEMENT DE PARADIGME

Il faut abandonner certains réflexes pour en apprendre d’autres et comprendre que la production bio, ce n’est pas la production en conventionnel privée de ses moyens de défense. C’est un système technique bien à part avec ses propres problématiques. L’Expert Foncier accompagne l’agriculteur dans sa recherche de solutions adaptées à son exploitation.

1) L’enjeu numéro 1 : l’enherbement
Maintenir les parcelles dans un état d’enherbement acceptable est une préoccupation pour le producteur bio. Une série de mesures agronomiques doivent être mises en place en fonction de la situation pédoclimatique des exploitations afin de lutter contre ce fléau majeur qui peut remettre en cause, à brève échéance, la production sans herbicides. Les leviers d’actions sont multiples. Ils seront toujours positionnés par anticipation, car la technique bio s’accorde mal avec l’urgence. L’Expert Foncier aide l’agriculteur à identifier le risque potentiel de développement d’adventices en fonction des rotations et du type de sol et met en place un plan de lutte en amont.

2) Quelques exemples de moyens de lutte contre les herbes indésirables
a) Les matériels
- La charrue est efficace dans la lutte contre les adventices en inter culture.
- La herse étrille et la houe rotative sont aussi les outils de base de l’exploitation bio, en fonction du type de sol, de son degré d’humectation et du type de cultures.
- L’écimeuse à récupération d’épis s’utilise pour faucher et récupérer les inflorescences d’adventices comme la folle avoine.
- La rotoétrilleuse, hybridation entre la herse étrille et la houe rotative, peut être une solution d’avenir mais demande à être confirmée.
- La bineuse optique, pilotée par caméra, accepte des inter-rangs de 15 cm, ce qui permet de biner l’ensemble des cultures.
- L’andaineuse sécurise les récoltes en cas de salissement de parcelles.

Tous ces matériels peuvent faire l’objet d’une aide financière régionale à l’acquisition.

b) Les rotations
La rotation prend tout son sens dans la lutte contre les adventices. L’alternance des cultures d’hiver et d’été, les intercultures et les cultures fourragères, comme la luzerne, concourent à conserver des parcelles propres.

c) Les cultures associées
Elles font partie des grands axes de recherche en agriculture bio. L’association démontre sa supériorité en matière de productivité et de lutte contre les adventices, les maladies et les insectes. L’Expert Foncier puise dans cette panoplie pour organiser la lutte contre les mauvaises herbes en fonction des conditions de l’exploitation.

3) L’enjeu n°2 : la fertilisation azotée
L’azote est le premier facteur de rendement, en bio comme en conventionnel. L’Expert Foncier doit faire l’inventaire des sources d’azote disponibles pour l’exploitation afin de répondre au mieux aux besoins des cultures. Il doit également aborder d’éventuels problèmes d’approvisionnement futur du fait d’un possible changement de règlementation ou bien d’une raréfaction de la ressource d’azote organique. Enfin, l’Expert Foncier est à l’affût des nouveautés techniques comme les cultures associées en décalé.

4) L’enjeu n°3 : la commercialisation
Une culture bio semée est une récolte vendue. Gare aux difficultés de commercialisation sur ce marché qui reste étroit. Une contractualisation reste le meilleur moyen de sécuriser ses ventes. L’Expert Foncier doit insister sur ce point et proposer des pistes pour trouver des débouchés aux productions de l’exploitation.

5) L’enjeu n°4 : les types de sols
Tous les sols ne se prêtent pas facilement à une conversion bio. Certains sont plus faciles que d’autres. L’Expert Foncier, en visitant chaque parcelle, doit identifier les caractéristiques  pédologiques afin d’effectuer un diagnostic portant sur la faisabilité technique de la conversion en mode bio.

III - INFLUENCE DE LA CONVERSION BIO SUR LA VALEUR DE L’EXPLOITATION

L’Expert Foncier porte également un regard sur les chiffres de l’exploitation. Une conversion bio produit généralement les effets suivants sur une exploitation :

1) Augmentation du parc matériels
Une exploitation bio possède un parc matériels plus important en matière d’outils de désherbage mécanique, mais aussi de triage et d’installation de stockage. Faire du bio, c’est se servir d’un trieur pour séparer les récoltes de plantes associées, enlever les graines d’adventices, rendre un lot commercialisable. C’est aussi devoir stocker ses récoltes.

2) Diminution des charges d’intrants
La facture de produits phytosanitaires disparaît et les achats d’engrais sont en baisse.

3) Accroissement de la masse salariale
Les charges de personnel augmentent nettement, que ce soit sous forme d’emploi saisonnier ou permanent. La baisse des intrants ne compense pas cette hausse notamment dans les exploitations bio soucieuses de maîtriser le salissement des parcelles.

4) Augmentation du nombre d’heures/tracteurs
Il faut savoir que les désherbages mécaniques provoquent une hausse du nombre d’heures de fonctionnement des tracteurs

5) Hausse du chiffre d’affaires
La baisse de rendement est compensée par de meilleurs prix à la vente, ce qui peut induire une légère augmentation du chiffre d’affaires pour un même système d’exploitation. On remarque également une stabilisation du chiffre d’affaires car les fluctuations des cours et des rendements sont moins importantes qu’en conventionnel.

6) Un résultat bio équivalent au conventionnel
En définitive, le résultat de l’exploitation grandes cultures reste pratiquement inchangé après son passage en bio, mais attention à la grande variabilité qui peut exister entre les exploitations selon les types de sols et les systèmes de culture.

IV - LA PROBLÉMATIQUE DE DEMAIN

1) Les aides au maintien
Les aides nationales au maintien des exploitations bio sont abandonnées en 2017, mais les aides régionales issues du 2ème pilier peuvent perdurer en fonction des régions. Cette décision fragilise les exploitations bio historiques face à la concurrence des produits bio d’origine étrangère qui pourrait avoir un impact sur le niveau des prix d’achat à terme.

2) Le bio venu de l’Est
Les produits bio grandes cultures commencent à venir des pays de l’Est, attirés par les débouchés et les prix intéressants.C’est une menace pour les exploitations bio françaises qui ont besoin du niveau de prix actuel pour perdurer, d’autant plus que les aides au maintien sont vouées à disparaître. L’Expert Foncier doit aborder tous ces sujets avec le candidat à la conversion, afin que celui-ci puisse prendre sa décision en connaissance de cause.

V - LES INTERROGATIONS DE L’EXPERT FONCIER

Si la majorité des exploitants bio maîtrisent l’enherbement, certaines parcelles sont chaque année un peu plus envahies par des vivaces comme les chardons. Les parcelles se salissent et constituent un stock de graines pour plusieurs années. Pour une parcelle soumise au statut du fermage, la question de la bonne exploitation du fond pourrait être posée. La pression foncière aidant, les propriétaires inquiets devant l’état dégradé de leurs parcelles pourraient être tentés de changer de locataire. La situation est la même en matière de fertilisation. C’est un fait que certaines exploitations bio n’apportent pas les éléments fertilisants nécessaires aux besoins de la culture en place. Celle-ci puise dans les réserves du sol, avec un effet à terme sur la fertilité naturelle et sur le potentiel de production des parcelles mises en location.

1) Inventaire préalable à la conversion
Un inventaire des sols avant conversion bio, effectué par l’Expert Foncier, devrait pouvoir faire référence en cas de contestation de la part du bailleur. Les futurs exploitants bio doivent faire un état des lieux des parcelles avant la conversion de celles-ci. L’Expert Foncier est compétent et reconnu dans ce domaine.

2) Conversion bio et amélioration foncière
Lors d’une reprise, peut-on réclamer une amélioration du fond pour conversion en bio ? L’expert devra déterminer si la conversion bio d’une parcelle ou d’une exploitation lui donne une survaleur. L’abandon des aides au maintien ne plaide pas dans ce sens, mais la question doit être posée et analysée dans son contexte.

CONCLUSION

Ce bref survol d’un système de culture complexe, innovant, à fort potentiel d’améliorations techniques prouve que la conversion bio des exploitations doit être appréhendée sous un angle systémique. Ainsi l’Expert Foncier est le partenaire de l’agriculteur candidat à la conversion bio par l’apport d’un regard technique pluridisciplinaire, critique et indépendant, afin que l’aventure devienne un succès.

Yannick CANOT, Expert foncier (51)

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