[Culturales] Co-farming : trois agriculteurs témoignent

Raphaël Lecocq

[Culturales] Co-farming : trois agriculteurs témoignent

Avec des prix au plancher et des surfaces non extensibles, les charges de mécanisation grèvent la rentabilité des exploitations. Le co-farming, consistant à partager les facteurs de production, matériels et humains, constitue un gisement de compétitivité, doublé d’enjeux sociaux et sociétaux.

Un « bouton » confiance

A la mode numérique ou non, le partage de matériel, de main d’œuvre ou de savoir-faire repose sur la confiance entre les opérateurs. Sur les plateformes numériques, ce sont les avis d’utilisateurs qui donnent des gages aux uns et aux autres. La multiplication des plates formes aidant et l’usage de l’une ou l’autre pouvant être épisodique, l’association #Cofarming a créé un passeport de confiance qui permet de visualiser de manière transversale les avis des uns et des autres sur les différentes plateformes partie prenante, à savoir : AgriFind, AgriEchange, la Balle ronde, EchangeParcelle, FarmLeap, LinkinFarm et WeFarmUp.

Daniel Gerber, céréalier à Gragnague (Haute-Garonne)

WeFarmUp ou l’opportunisme assumé

Daniel Gerber exploite 170 ha de grandes cultures (blé dur, semences de maïs et de potagères) à Gragnague (Haute-Garonne), aux deux tiers en bio. Une conversion impliquant le recours à davantage de matériels, alors que l’agriculteur était passé au semis direct au début des années 2000, avant d’y renoncer et de diviser par deux sa SAU d’alors (350 ha). « Passer au bio signifiait recourir à davantage de matériels mais vu les tarifs, il était hors de question d’investir », explique Daniel Gerber. « La plateforme WeFarmUp est arrivée au bon moment. Elle est très simple d’usage avec les photos et les descriptifs de matériels, confiance et assurance incluses. Je loue occasionnellement depuis deux ans une herse rotative. J’en prend le même soin que si elle m’appartenait et tout se passe bien avec son propriétaire. Je pense louer d’autres matériels à l’avenir. La plateforme pourrait m’éviter dans certains cas d’avoir recours à une entreprise de travaux, dans la mesure où je suis équipé en traction et en autoguidage RTK. La location évite d’immobiliser des capitaux dans du matériel au profit d’investissements dans l’agronomie ou dans le bâti. La limite, c’est la distance. Je suis prêt à louer un matériel situé à 1 heure 30 de tracteur de mon exploitation. Si la plateforme se développe, cette distance va se raccourcir ».

Jean-Marc Degans céréalier à Tirene-Pontéjac (Gers).

Partager un peu plus qu’un salarié

Jean-Marc Degans exploite 240 ha de céréales, irriguées et stockées, à Tirene-Pontéjac (Gers). Sur son exploitation, c’est la main d’œuvre qui est apparue comme le premier des facteurs limitants. Le décès accidentel de son père au travail et la naissance de ses enfants ont convaincu le jeune agriculteur d’intégrer un groupement d’employeurs, constitué de 7 agriculteurs et comptant deux salariés. « Le groupement me permet d’avoir un appui de main d’œuvre qu’aucune autre formule ne pourrait me procurer », souligne Jean-Marc Degans. « Seul, je ne pourrais pas assumer l’embauche d’un salarié, ne serait-ce qu’à mi-temps, alors que le groupement offre une souplesse certaine dans l’organisation. Le fait d’être en groupe diminue aussi au passage la charge de travail administrative inhérente au salarié. Si le salarié comble un besoin de main d’œuvre, il permet également de rompre l’isolement et de restaurer la sociabilité. Ce type d’organisation n’est pas incompatible avec l’entraide entre voisins, sans facturation et qu’il faut impérativement préserver. C’est d’autant plus vital que l’agriculture concentre les regards de la société. Seules l’entente et l’entraide nous permettront de faire front ».

Hervé Oulé, céréalier à Touget (Gers)

Sur-mécanisé en offre, sous-mécanisé en charges

Exploitant 180 ha de céréales irriguées à Touget (Gers), Hervé Oulé est président de la Cuma des deux vallées, spécialisée dans le maïs, du semis à la récolte. En 2015, la Cuma a investi dans des bineuses, herses étrilles et autres écumeuses adaptées aux itinéraires bio. « Il est courant d’entendre dire que le partage du matériel est compliqué en bio, du fait des fenêtres d’intervention restreintes et des temps de travaux à rallonge », déclare Hervé Oulé. « Notre Cuma prouve le contraire. Non seulement nous intervenons aux moments opportuns, mais en prime avec du matériel dernier cri, renouvelé régulièrement et à un prix de revient hyper compétitif. Sur mon exploitation, j’ai conservé le matériel d’irrigation ainsi qu’un tracteur âgé de 20 ans et affichant 6000 heures. Dans ces conditions, on n’a pas droit à l’erreur et la Cuma se doit de fonctionner, ce qui passe par le respect de l’engagement, du matériel etc. Le coût de revient réel chaque matériel n’a aucun secret en Cuma alors que la propriété individuelle est parasitée par un problème culturel lié à l’attachement au matériel, doublé d’un problème fiscal. L’assolement en commun constitue l’étape d’après, moyennant un communautarisme encore plus poussé, sans doute pas pour tous mais riche d’expériences et d’enseignements ».

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