Exportations de blé : la France revoit ses prévisions à la baisse

Lise Monteillet

Chargement de céréales dans un bateau

Lors du dernier conseil spécialisé céréales de France AgriMer, les objectifs d’exportation de blé tendre ont été abaissés. En cause : la parité euro – dollar et la redoutable concurrence des autres pays producteurs.

La France revoit ses objectifs d’exportation à la baisse, face aux difficultés rencontrées par les opérateurs pour expédier du blé tendre par delà les frontières françaises. Entre janvier et février, les prévisions de FranceAgriMer ont été revues à la baisse, tant à l’international (de 9,3 à 9 millions de tonnes) qu’au sein de l’Union européenne (de 8,6 à 8,5 millions de tonnes). « L’objectif fixé en début de campagne s’éloigne », commente Rémi Haquin, le président du conseil spécialisé céréales chez FranceAgriMer. Résultat : un stock final sur le marché estimé à 3,25 millions de tonnes pour la campagne 2017/2018.

« On a laissé passer des affaires », constate Rémi Haquin. En cause : la montée de l’euro face au dollar, ainsi qu’une concurrence mondiale exacerbée. « Les origines françaises ne sont pas compétitives sur la scène internationale », résume Arthur Portier, consultant chez Agritel. Les blés provenant de la Mer noire et de Russie se révèlent de féroces compétiteurs.

Difficultés sur les marchés traditionnels

« On tablait sur des exportations importantes vers l’Algérie et le Maroc, habituellement, c’est nous qui faisions la majorité des volumes sur ces marchés », indique Arthur Portier. Or, la présence de blé argentin a contrarié les espoirs des exportateurs français en Algérie. Les taux de change jouent un rôle majeur. Tandis que l’euro a augmenté de 20 % par rapport au dollar depuis le 1er janvier 2017, le peso argentin a diminué de 20% sur la même période.

À l’échelle mondiale, l’Egypte et l’Indonésie sont les deux plus importants importateurs de blé. Mais la France peine à trouver sa place sur ces marchés qui pèsent environ 12 millions de tonnes de blé chacun. « Les Égyptiens ont goûté au blé russe, qui leur convient, note Arthur Portier. Les Russes raflent toutes les parts de marché au blé français parce qu’ils sont moins chers ».

En Indonésie, les besoins en blé ne cessent d’augmenter ces dernières années, face à l’augmentation démographique, l’occidentalisation des régimes alimentaires, les besoins de l’alimentation animale et l’expansion de la meunerie. Néanmoins, ce sont surtout l’Australie, l’Ukraine et le Canada qui profitent de cette hausse de la demande. La France a déjà exporté, ponctuellement, vers l’Indonésie, dont une partie de la demande concerne du blé fourrager. Mais le renchérissement du coût du fret, associé à la parité euro/dollar, plombent sa compétitivité. 

Encore des opportunités ?

La campagne d’export de blé français n’est pas encore terminée. « Est-ce que, grâce à la qualité du blé français, on va réussir à aller chercher de nouveaux marchés ? » s’interroge Arthur Portier, qui entrevoit des opportunités en Afrique noire.

Outre Atlantique, le dernier rapport de l’USDA fait état de conditions de culture des blés d’hiver préoccupantes aux États-Unis. Voilà « un point de tension à surveiller », selon le consultant d’Agritel. Celui-ci précise qu’il est « un peu tôt pour faire des projections sur les rendements ». Le mois de mars devrait être déterminant.

Dans l’immédiat, la filière française des céréales peut se consoler avec l’augmentation des exportations de blé tendre vers l’Union européenne. Alors que l’objectif d’export intracommunautaire était en moyenne de 7,3 millions de tonnes entre 2011-2012 et 2016-2017, il est fixé pour la campagne en cours à 8,45 millions de tonnes. Certes, il a été revu un peu à la baisse en février, mais il demeure supérieur aux années précédentes, suite aux mauvaises récoltes au nord de l'Union européenne. 

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