Sécheresse : une campagne de production de maïs atypique

Anne Sophie LESAGE

Entre "bonnes nouvelles" et "résultats catastrophiques", la récolte de maïs 2018 a eu son lot de surprises. Xavier Cassedanne, expert Grandes Cultures à Crédit Agricole SA, revient sur la campagne de production en France et en Europe.

Comment se passe la campagne 2018 de maïs ?

Xavier Cassedanne : "Entre de très bonnes nouvelles, voire des surprises notamment sur les systèmes irrigués et des résultats catastrophiques localisés sur des exploitations non irriguées.  Le 1er constat est un début de récolte avec 10-15 jours d’avance par rapport à la moyenne quinquennale. Bien que la récolte arrive bientôt à son terme, selon Céré’obs, 65% des surfaces étaient récoltés au 8 octobre. Il est encore trop tôt pour avoir une vision complète de la situation. Selon l’Agpm et Arvalis le rendement moyen devrait avoisiner de 92-93 q/ha alors que dans le même temps, Agreste, les services du ministère de l’Agriculture tablent sur un rendement de 89.9 q/ha, en baisse de 12 % par rapport à 2017."

L’eau : clé de réussite pour le maïs ?

X.C. : "Ce qui est certain, c’est l’écart qui se creuse entre les exploitations agricoles dotées de systèmes d’irrigation et celles qui n’en ont pas. Dans certains cas l’écart peut atteindre 30 q /ha de différence. Le couple fortes chaleurs et apport d’eau pendant l’été a été très bénéfique pour le cycle végétatif du maïs d’autant plus qu’il y a peu d’arrêtés de restrictions d’eau mise à part dans le Puy de Dôme. Les pluies hivernales et printanières ont finalement permis de remplir les nappes et les rivières de façon très satisfaisante. Mais tout le monde n’a pas eu cette chance, les potentiels de rendements ayant été fortement endommagés par l’été sec. Les régions les plus impactés sont la région Ile de France, Centre, Rhône-Alpes et l’Est de la France. L’inquiétude qui a fait suite aux semis tardifs dans le Sud-Ouest a finalement été lévée, les résultats étant plutôt corrects. A noter également que la production de maïs grains devrait être amputée par le transfert de surfaces pour le fourrage en raison toujours de cet été chaud et sec mais il est encore difficile à évaluer. L’Agpm parle de 50 000 ha de grains récoltés et transformés en fourrage dans l’Est et les Pays de la Loire à comparer avec la situation caniculaire de l’été 2003 où l’équivalent 140 000 ha avaient été transférés vers le fourrage."

Y a-t-il des bonnes nouvelles ?

X.C. : "Dans ce contexte encore incertain, on peut souligner quelques bonnes nouvelles : un contexte de prix supérieur aux 3 dernières années, profitant de la tension qui existe sur le marché du blé tirant toutes les matières premières à la hausse, mais tiré à la baisse ces dernières semaines en raison de niveaux de productions encore très confortables aux Etats-Unis. Autre bonne nouvelle, on devrait voire une utilisation plus massive de maïs grain chez les fabricants d’alimentation animale, en raison d’un écart de prix avec le blé tendre plus favorable au maïs. Enfin, la récolte des grains à faible humidité liée au temps sec, devrait générer une économie sur le séchage des grains, en l’occurrence non nécessaire. C’est toujours 10 à 15 €/tonne d’économiser. Et des surprises dans d’autres pays européens notamment les pays de l’Est."

Justement. Comment la récolte se passe dans les pays de l’Est, nos principaux concurrents ?

X.C. : "En Hongrie les rendements s'affichent meilleurs qu'attendus, avec un très bon niveau malgré une fin de cycle sèche et chaude. Mais c’est surtout en Bulgarie et en Roumanie, qu’on s’attend à des niveaux de production records. En effet, ces 2 pays ont profité de fortes précipitations estivales qui ont coïncidé avec les stades clefs d'élaboration du rendement pour toutes les cultures de printemps et ont permis d'assurer un excellent potentiel en particulier en maïs grains. Les rendements devraient atteindre, pour ces deux pays, des niveaux records."

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