Sevépi (27) : livrer du bon grain

Raphaël Lecocq

Sevépi (27) : livrer du bon grain
Sevépi

Axée sur la montée en gamme de ses céréales, oléagineux et protéagineux, la coopérative a depuis bien longtemps séparé l’ivraie du bon grain. Sevépi, une petite coopérative de base mais qui ne fait pas dans le basique.

20 ans de bio

Outre ses filières qualité, Sevépi est engagée dans la production de céréales bio depuis 20 ans. Un engagement précoce, encore modeste (5 000 t soit 1 % de la collecte) mais qui double tous les deux ans. « La politique de Sevépi est de respecter tous les modes de production et de proposer à chacun une valorisation en conséquence », indique Jean-Baptiste Hue. Le directeur estime que les attentes sociétales en la matière touchent plusieurs cordes que sont la santé, la proximité ou encore l’économie solidaire.

Montée en gamme : l’expression a été largement usitée par le président de la République dans les hangars de Rungis le 11 octobre 2017, à l’occasion de la clôture du premier chantier des États généraux de l’alimentation, consacré à la création et à la répartition de valeur. Si la loi Alimentation se fait toujours attendre, il y a bien longtemps que Sevépi a, dans son domaine, séparé l’ivraie du bon grain, incitant ses adhérents à cultiver et à livrer des grains sortant des standards. « Cette orientation, qui remonte à plusieurs décennies en arrière, n’est toujours pas préemptée pas nos concurrents », se réjouit son directeur Jean-Baptiste Hue. Basée à Douains (Eure) et rayonnant aux confins de l’Eure, des Yvelines et du Val d’Oise, la coopérative compte environ 1200 adhérents et collecte bon an mal an 500 000 t de grains, dont les deux tiers en blé tendre.

Sevépi (27) : livrer du bon grain

Label Rouge, la belle fierté

Des blés améliorants, des containers d’orge de brasserie en partance pour la Chine, du colza érucique pour la chimie verte, du tournesol pour l’oisellerie, du pois protéagineux pour la filière sans gluten : tels sont les produits de gamme de Sevépi. Dernière orientation en date : du blé tendre destiné à la production de farine Filière Label Rouge. Initiée en 2017, elle a mobilisé cette année 250 adhérents pour une production de 25 000 t. Pourquoi le Label Rouge ? « Jusqu’à présent, les céréaliers avaient tendance à pousser leurs propres marques auprès des industriels », répond le dirigeant. « Je pense aux référentiels CRC ou IRTAC. Le problème, c’est que dans un supermarché, le concept d’agriculture raisonnée ne parle pas au consommateur, qui distingue en revanche le bio du non bio, le sans OGM, le sans antibiotique etc. ». Et le Label Rouge. Contraintes ? Traçabilité sans faille, 11,5 % de protéine minimum sans dérogation possible, zéro insecticide au stockage. Pas de correcteur chez le meunier, panification traditionnelle chez le boulanger. Plus-value ? « Les trois parties y trouvent leur compte », assure Jean-Baptiste Hue. « Mais l’argent n’est pas tout. Un adhérent qui cultive 4 ha de blé Label Rouge sur une sole totale de 250 ha ne vous parlera que du Label Rouge. Il ne faut pas sous-estimer la force de levier de la fierté ».

Jean-Baptiste Hue (2ème en partant de la gauche), directeur de Sevépi, entouré de son comité de direction, à parité homme-femme

Le tout-venant aussi

Tous grains confondus, les produits de gamme représentent aujourd’hui entre 40 et 50 % de la collecte de Sevépi. La coopérative, présente également sur le segment du bio (voir encadré), estime disposer d’une marge de progression, qui pourrait déboucher à moyen terme sur un ratio deux tiers / un tiers. Tous les adhérents ne sont pas disposés à multiplier les cahiers des charges comme des petits pains. Il faut aussi composer avec les contrariétés des aléas. Sans oublier la typologie des marchés. Il y a enfin le tropisme de Rouen, à quelques encablures. « Si c’est du bon, c’est pour Sevépi, entend-on dans la campagne », relate le directeur. « C’est très satisfaisant mais je ne voudrais pas faire passer l’idée que la coopérative ne prend pas le tout-venant ». Une précision un brin saugrenue mais qui s’explique. Sevépi est une coopérative 100 % céréalière qui, avec zéro diversification et zéro filiale, ne peut compter que sur ses grains et sur sa saine gestion pour équilibrer ses comptes. Elle mise aussi sur les partenariats (Union Terres de France, Yvelines Céréales, Val’Epi...) pour optimiser ses charges et recettes. Et sait aller chercher 9,2 €/t d’économies quand survient une disette inédite comme à l’été 2016 (- 31 % de collecte).

Sevépi (27) : livrer du bon grain

La coop, pas obsolète

Appro, collecte, conseil : Sevépi assume et cultive son statut de coopérative de base et ses principes, consistant par exemple à ne pas collecter loin de ses silos. Ses adhérents le lui rendent bien : 90 % de la collecte est engagée au 30 novembre et 8 adhérents sur 10 adoptent les services (conseil) proposés par la coop. Engagement, fidélité, coopération : autant de totems qui ne craignent pas l’obsolescence. « On n’entend pas les défenseurs du modèle, ce n’est pas propre à la coopération », analyse Jean-Baptiste Hue. « Si vous êtes performant, il n’y a aucune raison de voir s’échapper des agriculteurs, qui fondamentalement sont attachés à la notion du collectif ». La moitié des membres du conseil d’administration de Sevépi a moins de 40 ans. La sève est dans l’épi.

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Commentaires 1

Jean

Chapeau à ces céréaliers coopérateurs !
Certains " bouffeurs de gros céréaliers" qui s'expriment largement sur ce forum sont ils prêts à une telle discipline ?....ou préfèrent ils le chacun pour soi de la vente directe , quitte à dénigrer ce que fait le voisin pour mettre sa production en avant ...

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