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Bliss, la rupture technologique en pulvérisation viticole ?

Raphaël Lecocq

Bliss, la rupture technologique en pulvérisation viticole ?
Irstea

L’Irstea a mis au point des descentes aptes à réduire les pertes quasiment à néant, grâce au confinement de la pulvérisation entre des lames d’air formant un bouclier autour des lignes de sprays. La sobriété phytosanitaire induite se double d’une sobriété énergétique. Adaptables aux pulvérisateurs en parc, les descentes Bliss constituent une véritable rupture technologique en puissance. Derniers tests cet été au champ avant l'industrialisation.

Bliss, la rupture technologique en pulvérisation viticole ?

Si l’invention n’était pas le fait de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea), le doute serait permis. La pulvérisation de précision, en viticulture, est en effet une chimère. Contrairement aux cultures basses et aux appareils à rampes, les pulvérisateurs viticoles doivent composer avec l’architecture arbustive de la vigne par ailleurs très évolutive entre le débourrement et les premiers rognages. La diversité des modes de plantation et des modes de conduite, parfois au sein d’une même exploitation (vignes avec ou sans palissage par exemple) complique la donne.

Résultat : selon l’Institut français de la vigne et du vin (Ifv), entre 20 à 70 % du volume de pulvérisation peut manquer sa cible selon les stades de végétation, les matériels en usage et les réglages. Autrement dit : se disperser dans l’atmosphère et pénétrer dans le sol. Sachant que la vigne génère un Indice de fréquence de traitement (IFT) moyen de 12 et qu’elle représente en France environ 15% de la consommation de pesticides (en valeur) pour 3% de la SAU, l’enjeu est loin d’être anodin, aux plans économique et environnemental.

Vincent de Rudnicki, chercheur à l’Irstea à l’origine du projet Bliss (Blade low impact spray system)

Les gouttelettes confinées entre des barrières d’air

L’Irstea pouvait-il réussir là où une vingtaine de constructeurs s’évertue depuis des décennies à améliorer l’existant, dont les derniers appendices, que sont les descentes face par face et par les panneaux récupérateurs, peinent à convaincre les viticulteurs, au motif qu’ils sont couteux et qu’ils induisent en prime une révision à la baisse des débits de chantiers, comparativement aux pratiques en usage ? « Ces dernières années, on a beaucoup travaillé sur la caractérisation des matériels pour inventorier l’origine des pertes dans le milieu et tenter de trouver des palliatifs, sans remettre en question la conception de base des appareils », explique Vincent de Rudnicki, chercheur à l’Irstea à l’origine du projet Bliss (Blade low impact spray system).

« Je suis reparti d’une feuille blanche. En matière de pulvérisation viticole, l’air est à la fois le problème et la solution. La solution parce que l’air permet de fabriquer les gouttes dans le cas d’un appareil pneumatique ou de les acheminer jusqu’à leur cible dans le cas d’un jet porté. Le problème parce que les phénomènes de turbulence sont source de dissémination excessive dans l’air et au sol. Le système Bliss consiste à générer des lames d’air au moyen de diffuseurs disposés de chaque côté du rang traité. Les gouttelettes sont ainsi emprisonnées entre deux écrans transversaux invisibles mais constituent une barrière physique, et de la même manière dans les parties supérieure et inférieure. La turbulence, bien réelle à l’intérieur de ce halo, force le dépôt des gouttelettes sur la végétation et seulement la végétation ».

Bliss, la rupture technologique en pulvérisation viticole ?

Ecophyto en vigne ? C’est fait !

Breveté, un prototype Bliss a été sur la vigne artificielle EvaSprayViti (UMT ECOTECHVITI), en utilisant les protocoles de mesures associés. Ses performances ont été comparées aux pulvérisateurs commerciaux face par face ou en voûtes. Là où ces derniers ne dépassent pas 67% (pleine végétation) et 72% (début de végétation) de produit effectivement déposé sur les feuilles, Bliss permet d’atteindre des qualités de couverture jusqu’à 87% avec moins de 0.3% de perte de produit dans l’air et moins de 2% au sol. Le tout avec une bonne uniformité en surface et en profondeur tout en améliorant le traitement du cœur de végétation grâce à la turbulence centrale des flux d’air.

Les essais se sont avérés probants dans la configuration pour vignes étroites comme pour vignes larges. L’épaisseur du tapis végétal est prise en compte en ajustant la puissance de l’air généré par les descentes. On oubliait : Bliss rend ainsi possible une économie de produit de 20 à 40%. Autrement dit, Ecophyto en viticulture, c’est (presque) fait ! Une véritable rupture technologique en puissance.

Bliss, la rupture technologique en pulvérisation viticole ?

Un pulvé d’élite, mais pas élitiste

Doté d’un entrainement électrique, le bilan énergétique est également flatteur puisque deux fois moins énergivore qu’un entrainement hydraulique. Les descentes Bliss ont aussi l’avantage d’être légères et peu encombrantes, à la différence des panneaux récupérateurs. Elles pourraient, selon son concepteur, être intégrées sur des descentes de pulvérisation aujourd’hui en parc, le tout sans mobiliser des matériaux et des technologies dispendieuses.

Bref, une petite révolution en puissance, que l’institut confronte actuellement au vignoble, avec des tests en conditions réelles. « On fait souvent le reproche aux viticulteurs de mal traiter la vigne », déclare Vincent de Rudnicki. « Mais à leur décharge, on ne leur en donne pas les moyens techniques de mieux faire. Puisse Bliss combler cette lacune ». Bliss sera présenté officiellement au Sitevi, du 28 au 29 novembre prochain à Montpellier (Hérault).

En 2017, Vincent de Rudnicki, poursuivi par cette quête d’amélioration de la pulvérisation en viticulture, avait déjà mis au point avec  Picore un dispositif d’aide au réglage des pulvérisateurs, là aussi adaptable aux appareils en parc et crédité d’un potentiel d’économie de bouillie de 15 à 20%. Picore est aussi garant de la traçabilité des applications. Le système est commercialisé par Sika.

Commentaires 1

le bigourdan.

A quand un système équivalent en grandes cultures?

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