INAO : O comme Origine et...Ouverture

Raphaël Lecocq

INAO : O comme Origine et...Ouverture

Cépages résistants, volumes complémentaires individuels, irrigation, filets pare-grêle : en l’espace de quelques années, l’INAO a fait preuve d’une ouverture inédite sur plusieurs sujets. Leur dénominateur commun ? Le changement climatique.

Un site dédié aux SIQO

nosproduitsdequalite.fr : c’est le site que vient de créer l’INAO pour aider les consommateurs à identifier les produits sous Signes officiels de la qualité et de l’origine (SIQO), à savoir AOP, IGP et Label Rouge, avec une entrée au choix par produit, par signe ou par département. L’INAO recense 468 produits sous AOP, 218 sous IGP et 428 produits sous Label Rouge.

Trois dates. 1905 : la loi du 1er août, qui vise à réprimer la fraude, définit la notion de produit loyal en précisant quelle est la région, qui seule, a le droit de porter le nom d’une appellation d’origine. 1935 : la loi Capus introduit en prime une dimension qualitative, liée au mode de production (cépages, rendements...). Les Appellations d’Origine sont désormais « Contrôlées ». 1947 : naissance de l’INAO, Institut national des appellations d’origine (INAO), en charge de la gestion des AOC, puis des IGP et label Rouge, avant d’être rebaptisé Institut national de l’origine et de la qualité en 2007. Trois chiffres. Les vins et spiritueux produits sous Signes officiels de la qualité et de l’origine (SIQO) représentent 94 % de la production nationale. Le chiffre d’affaires dépasse les 20 milliards d’euros, dont 12,9 milliards d’euros à l’export, record historique atteint en 2017.

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2017, l’an 1 des cépages résistants

Il est de bon ton de dénigrer le carcan des appellations et son grand ordonnateur qu’est l’INAO, même si, soit dit en passant, aucun producteur de vin, de fromage ou de foie gras n’est obligé de produire sous SIQO. Et certains ne s’en privent pas, jusqu’à en plastronner. A l’INAO, les cahiers des charges ne s’écrivent pas, ils se gravent dans le marbre et l’Institut reste souvent de marbre à toute velléité de changement, qui pourrait confiner au tripatouillage et in fine au discrédit. Les temps changent. En l’espace de quelques année, l’INAO a fait preuve d’ouverture sur plusieurs sujets, tels les cépages résistants aux maladies cryptogamiques. En avril 2017, 12 cépages résistants au mildiou et à l’oïdium (Bronner, cabernet blanc, cabernet cortis, johanniter, monarch, muscaris, pinotin, prior, saphira, solaris, soreli et souvignier gris ) étaient officiellement inscrits au catalogue, ouvrant la voie à une réduction de 80% à 90% des traitements. En janvier dernier, ils étaient rejoints 4 variétés Inra ResDur : Artaban et Vidoc en rouge, Floreal et Voltis en blanc. En 2018, sous l’impulsion des AOC « Bordeaux », « Bordeaux supérieur » et « Crémant de Bordeaux », qui ont formulé plusieurs demandes d’introduction de mesures agroécologiques dans leurs cahiers des charges, dont le recours à tout autre cépage hors ceux des grandes régions, à hauteur de 5 % de l’encépagement de l’exploitation et 10 % de l’assemblage final de la couleur considérée, le Comité national des vins à AOC a validé la constitution d’un groupe de travail sur l’évolution de l’encépagement, en considérant que ce dossier était transversal à toutes les AOC viticoles. Il faudra des années pour faire évoluer l’encépagement mais la pompe est amorcée, non sans garde-fous. Les variétés résistantes font l’objet d’un suivi dans le cadre de l’Observatoire national du déploiement des cépages résistants (Oscar). L’observatoire évalue leur comportement face aux différents agents pathogènes, ciblés ou non par les gènes de résistance.

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Volume complémentaire individuel

Les temps changent. Le temps aussi. Les aléas climatiques engendrent une très forte variabilité inter-annuelle des rendements. La réponse existe. Elle s’appelle VCI : Volume complémentaire individuel. Le VCI autorise les vignerons à produire davantage de vin que ce que les décrets d’appellation décrètent, mais avec des plafonds fixés par les syndicats viticoles, seules entités habilitées à demander une procédure de VCI. Le volume bloqué peut être commercialisé les années où la récolte est déficitaire en volume ou de moindre qualité. Il s’agit en quelque sorte d’une assurance récolte en nature, permettant aux vignerons de lisser leur production de vin et de préserver ainsi leurs revenus et leurs filières commerciales. Il s’agit d’une procédure réglementairement très encadrée, de l’autorisation jusqu’à la mise en marché des volumes concernés en passant par les conditions de stockage et d’embouteillage. C’est en 2013 que l’INAO a autorisé le premier VCI. Il concernait les vins blancs à AOP, non sans avoir en avoir supervisé l’expérimentation pendant 5 ans. En 2015, les VCI ont concerné les vins rouges à AOC, avant d’être expérimenté sur les IGP tranquilles à partir de 2016. En 2018, le Comité national des AOC viticoles s’est prononcé pour renforcer le dispositif en ouvrant la possibilité, de constituer une réserve annuelle individuelle, mobilisable les années difficiles, dans la limite de 20% du rendement de l’appellation et d’un cumul de 50% sur 3 ans.

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Entrouverture des vannes sur l’irrigation

Autre sujet où l’INAO a mis un peu d’eau dans ses vignes : l’irrigation. En septembre 2017 était publié un arrêté relatif à l'irrigation des vignes aptes à la production de vins à appellation d'origine contrôlée (AOC). En résumé, l’irrigation des vignes est possible entre le 1er mai et le 15 août pour les AOC dont le cahier des charges intègre la possibilité de déroger à l’interdiction d’irriguer. C’est le cas actuellement de 88 AOC sur un total de 309, les non éligibles pouvant décider de modifier leur cahier des charges dans ce sens. Les parcelles irriguées ne doivent pas dépasser le seuil de rendement fixé dans le cahier des charges des Organismes de défense et de gestion (ODG) concernés. En revanche, les ODG peuvent demander des augmentations de rendements pour les parcelles non irriguées, y compris lorsqu’une dérogation à l’interdiction d’irriguer aura été accordée en amont d’une campagne. L’irrigation est interdite après le 15 août, pour les AOC mais aussi pour les IGP et les VSIG. Les dispositifs de goutte-à-goutte enterrés sont autorisés. L’INAO actait ainsi les effets dépressifs du dérèglement climatique sur la physiologie de la vigne et les caractéristiques organoleptiques des raisins.

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Les filets anti-grêle compatibles avec les AOC

Si les vannes de l’irrigation s’entrouvrent pour les vignes AOC, encore faut-il disposer de la ressource en eau, maitriser l’itinéraire hydrique et bien évidemment, supporter les investissements requis, soit 2000 € et 3000 €/ha pour la mise en place d’un réseau de goutte à goutte aérien et les installations requises en amont (pompage, filtration), non comptée la consommation d’eau comprise entre 300 et 1000 m3/ha. Pour ce qui est d’un réseau de goutteurs enterrés, il faut compter entre 3000 €/ha et 4000 €/ha hors pose. Autre aléa, autre parade : les filets anti-grêle. Ils sont désormais autorisés dans les vignes à AOC et à IGP. Ainsi en a décidé l’INAO à la lumière d’une expérimentation conduite pendant trois ans en Bourgogne. Le déploiement de filets n’a modifié ni le microclimat ni les caractéristiques organoleptiques des vins, deux points de vigilance de l’INAO, qui n’a pas non plus relevé d’incidence rédhibitoire sur le paysage. Les Organismes de défense et de gestion (ODG) devront modifier leur cahier des charges en conséquence pour permettre l’utilisation des filets. Si la barrière réglementaire est tombée, le prix de la protection, compris entre 15 000 €/ha et 20 000 €/ha, devrait réserver la technique aux parcelles à haute valeur ajoutée. Et là, l’INAO n’y est pour rien.

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