Achat d'aliment : Faire face à la flambée des matières premières

Emeline Bignon

Déjà en 2008, les cours des céréales et des tourteaux s'étaient affolés. Trois ans plus tard, une nouvelle déferlante secoue les élevages. Comment se prémunir de cette volatilité grandissante ?

La volatilité des prix des matières premières est une réalité. Il faut s'y faire. Pour les éleveurs, le risque « prix » sur les achats d'aliments devient un enjeu majeur, ce poste représentant grosso modo la moitié des charges opérationnelles. Si elle est mal anticipée, la fluctuation des cours peut avoir de lourdes conséquences sur le coût de production.
« Dans la conjoncture actuelle, on ne peut plus se contenter d'être simplement producteur de lait, soulignait Laurent Taupin, vice-président du Clasel, lors d'une récente journée consacrée à la gestion de l'approvisionnement en Mayenne(1). « Il faut apprendre à gérer nos appros différemment et à définir une vraie stratégie d'achat. C'est une nouvelle facette du métier. Entre deux éleveurs laitiers techniquement bons, selon le moment où ils achètent et vendent, il peut y avoir une grosse différence de marge. »
À défaut de pouvoir lutter contre la volatilité, il faut chercher à en atténuer les conséquences. Deux possibilités pour se protéger. La première est de réduire son risque d'exposition. La meilleure précaution à long terme est sans doute de réorienter les systèmes d'élevage vers des fonctionnements plus économes en intrants, plus extensifs, qui limitent autant que possible l'impact des variations de coûts.

La stratégie d'achat est une nouvelle corde à l'arc des éleveurs. (P. Cronenberger)

La stratégie d'achat est une nouvelle corde à l'arc des éleveurs. (P. Cronenberger)

Cela dit, cette réflexion ne peut pas s'envisager du jour au lendemain... À court terme, un calcul de la ration au plus juste s'impose. Si jamais les quantités de concentrés dérapent, l'impact économique risquerait d'être démultiplié. Pour se prémunir de la volatilité, certains éleveurs ont opté pour l'autoconsommation de leurs céréales ou l'échange céréales-aliments. C'est notamment le cas de l'EARL du Mézeray qui, depuis l'été dernier, a souscrit un contrat d'échange sur 40 tonnes d'aliment.
La seconde solution est de gérer son risque. Cela passe par des outils de couverture pour sécuriser sa marge en bloquant un prix d'achat. C'est le principe des contrats à livraison différée, qui permettent une projection de trois mois à un an à l'avance. Le prix sera d'autant plus compétitif que le nombre d'intermédiaires est limité et que le volume est important. Peut-être est-ce le moment de réfléchir à une solution de stockage ou de se grouper pour passer commande ? Demain, d'autres solutions seront accessibles aux éleveurs, via le marché à terme et les options. Mais attention, s'il peut sécuriser un prix, ce système complexe n'est pas une affaire d'amateur. Il faut être formé et informé.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Lait de mai 2011. (R. Lait n°247, p. 30 à 52)


(1) journée co-organisée par la chambre d'agriculture et le Clasel.

Source Réussir Lait Mai 2011

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