Achat d'aliment : L'envolée des prix des matières premières va t-elle durer ?

Emeline Bignon

Les marchés agricoles sont sous tension et les perspectives pour 2011 n'annoncent pas d'accalmie. La facture promet d'être salée pour les éleveurs laitiers, qui craignent une surchauffe de leurs coûts de production.

La volatilité des cours fait désormais partie du paysage. « Avec l'abandon progressif des mécanismes de soutien des prix institués par la PAC, le marché européen se voit en prise directe avec le marché mondial, constate Benoît Labouille, directeur d'Offre et Demande agricole. C'est la raison fondamentale qui explique les fluctuations de prix plus marquées des matières premières agricoles. » Une première déferlante, en 2007, d'une ampleur jamais égalée sur les dix dernières années, avait déjà fait grimper les prix agricoles à des niveaux records. L'année 2010 connaît une nouvelle explosion des cours. Le prix du blé est passé de 115 €/t en juin à 170 €/t en juillet, et les cours ont doublé en l'espace d'un an. L'orge et le maïs, céréales traditionnellement stables, n'ont pas échappé à cette hausse. Le prix des tourteaux a aussi fait des bonds ces dernières années. En 2008, le cours du soja a varié de 150 €/t sur l'année (120 €/t en colza); en 2010, l'écart entre le pic et le creux s'est élevé à 50 €/t en soja et 70 €/t en colza.

L'offre et la demande placent les marchés sous tension

L'une des spécificités des produits agricoles est qu'une variation minime de la production ou de la consommation provoque un impact énorme sur les prix. « En l'absence de stocks régulateurs, une baisse des estimations de la production mondiale de 3 % des céréales au début de l'été a suffi à provoquer une flambée des prix quasi-immédiate de 70 % ! », mentionne l'Institut de l'élevage dans son dossier spécial consacré à la flambée des prix.
« La volatilité n'est pas facile à appréhender, d'autant qu'aujourd'hui, l'analyse des fondamentaux ne suffit plus », souligne Benoît Labouille. La demande des pays émergents, et en particulier la montée en puissance de la Chine, contribue à une diminution des stocks de matières premières et engendrent des situations plus tendues. Le développement des biocarburants et le dérèglement climatique sont aussi en cause. D'après les statistiques, il y aurait quinze fois plus d'aléas climatiques dans le Monde qu'auparavant.

Même si l'offre et la demande continuent d'orienter les cours, de nombreux facteurs externes amplifient désormais les fluctuations naturelles. (S. Leitenberger)

Même si l'offre et la demande continuent d'orienter les cours, de nombreux facteurs externes amplifient désormais les fluctuations naturelles. (S. Leitenberger)

 

Les financiers amènent une agitation sur le marché

Ces dernières années, la sphère financière s'est emparée d'une part grandissante des marchés agricoles. Cette financiarisation et la spéculation qui l'accompagne accentuent la volatilité naturelle des prix agricoles. « Les flux spéculatifs vont et viennent, et intensifient tout mouvement à la hausse ou à la baisse. On ne peut nier un impact évident, mais ces phénomènes ne doivent pas masquer les réalités du marché », souligne l'expert. D'autres risques, telle que la situation politique ou sanitaire des États, ont aussi un impact. La crise en Libye et l'accident nucléaire au Japon ont semé momentanément un vent de panique sur les marchés, qui a entraîné la chute brutale des cours sans que les fondamentaux n'affichent de changements significatifs.
Pour les éleveurs, cette volatilité des cours des matières premières se traduit par une plus grande variabilité du coût d'achat des aliments et un manque de visibilité accru. Entre deux éleveurs qui travaillent de la même façon (mêmes produits, mêmes fournisseurs), selon le moment où ils achètent leurs aliments, il peut y avoir un grand écart de coût qui se répercute forcément sur la marge de l'atelier.
« Lorsque les prix des tourteaux et des céréales s'envolent de façon concomitante, comme c'est le cas à nouveau aujourd'hui, tous les élevages laitiers, quel que soit leur système fourrager, risquent d'en payer les conséquences », peut-on lire dans l'analyse de l'Institut de l'élevage. Cela dit, les élevages les moins autonomes apparaissent les plus exposés à cette flambée.

Source : La Dépêche

Source : La Dépêche

 

Impact économique démultiplié si les quantités de concentrés dérapent
D'après l'Institut de l'élevage, une nouvelle envolée du prix des matières premières conduirait à une augmentation moyenne du coût de production de 15 à 20 €/1000 litres en plaine et de 20 à 25 €/1000 litres en montagne entre 2010 et 2011. Ces estimations ont été élaborées à partir de données issues d'exploitations suivies dans les réseaux d'élevage. Des groupes ont été constitués selon le niveau d'exposition des élevages à la volatilité des prix. « Dans le groupe le plus économe en intrants, l'impact de la conjoncture simulée pour 2011 reste inférieur à 15 €/1000 litres en plaine et 20 €/1000 litres en montagne, quel que soit le système fourrager, précise l'étude. Par contre, pour les ateliers les moins économes, l'impact apparaît potentiellement plus important dans les systèmes herbagers : + 15 à 25 €/1000 litres en plaine et + 20 à 30 €/1000 litres en montagne. »

 

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Lait de mai 2011. (R. Lait n°247, p. 30 à 52)

Source Réussir Lait Mai 2011

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