AGRIAL lait : Redevenir acteur dans la transformation laitière

Thierry Guillemot

AGRIAL lait : Redevenir acteur dans la transformation laitière

De collecteur pour le groupe CLE/Bongrain à transformateur à travers l'entrée au capital, certes minoritaire, de la société Délicelait, AGRIAL avance ses pions sur l'échiquier laitier.

AGRIAL s'est quasiment taillé une part de lion dans des domaines aussi divers que la transformation des légumes, de la pomme à cidre et des volailles.Normal donc qu'elle affiche aussi une certaine soif dans celui du lait. “Les adhérents souhaitent que nous redevenions un acteur dans la transformation laitière”, ont assuré Ludovic Spiers (directeur général du Groupe) et Rémi Pelhate (président de sa section lait) lors de l'assemblée générale qui s'est tenue jeudi dernier à Pontmain.

900 millions de litres

AGRIAL a donc dévoilé son projet laitier à quelques mois de sa fusion avec sa cousine Elle § Vire (voir ci-dessous). “Il faut préparer l'arrêt des quotas. 2015 est aussi important que 1984”, ont martelé les dirigeants de la coopérative dont le territoire d'influence englobe un bassin laitier à fort potentiel naturel. “L'un des premiers parmi ceux que compteront l'Europe”. Parallèlement, “il nous faut rééquilibrer les activités de transformation du groupe par rapport aux intérêts de nos associés coopérateurs”, a souligné Ludovic Spiers. En d'autres termes, pérenniser les droits à produire, voire les développer en conquérant des parts de marché, et ne pas laisser s'échapper la plus-value inhérente à toute activité de transformation.

Au capital de Délicelait

Et du projet au concret, il n'y a qu'un pas qu'AGRIAL a déjà franchi. Notamment au travers d'une prise de participation (minoritaire) au capital de la société Délicelait (voir encadré). “Un projet CLE compatible” car le développement externe doit aller de pair avec une consolidation de la relation AGRIAL/CLE (Compagnie Laitière Européenne).
Concrètement, Délicelait, pour répondre à la demande de ses clients, doit désormais tracer son lait alors qu'elle s'approvisionnait en partie sur le marché spot. C'est donc AGRIAL, grâce à un prêt de CLE, qui lui fournira annuellement 70 millions de litres jusqu'en 2015. On se construit donc du droit à produire pour l'après 2015.Mais les projets de la coopérative sont plus ambitieux. C'est 200 millions de litres supplémentaires que l'on souhaite trouver pour construire l'après quota.

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Produire 15 à 20 % de plus

Une façon d'accompagner de façon active une nécessaire restructuration laitière.Car, sans en faire un dogme, les dirigeants d'AGRIAL estiment qu'une part significative de ses “agriculteurs, dynamiques et performants, sont prêts à produire 15 à 20 % de lait supplémentaire”.
“Les grands troupeaux ne sont pas forcément les plus compétitifs ne serait-ce qu'à cause d'un problème de capitalisation”, a-t-on rétorqué au cours du débat. “Deux systèmes cohabiteront demain, a souligné Ludovic Spiers. L'important, c'est de pouvoir choisir”. Une approche partagée par Rémi Pelhate pour qui, si la conjoncture se redresse, l'heure est encore à la vigilance et à “la nécessité d'une gestion très pointue des exploitations. Attention aux charges de structure”.
Il ne suffira donc pas demain de produire plus, il faudra produire “maîtrisé”. C'est aussi le message de Jean Geelen, producteur de lait Belge et vice-président de sa coopérative (Milcobel).
Grand témoin de ces travaux, c'est avec beaucoup d'humour qu'il a délivré sa vérité. Par exemple quand le prix du lait était au plus haut. “Nos poches étaient remplies et beaucoup de fermiers ont décidé de s'acheter un nouveau tracteur. Erreur : c'était un nouveau siège pour le tracteur qu'il fallait acheter”. La Belgique n'a plus de Gouvernement mais dispose encore d'un bon sens paysan qui a la frite (lire ci-contre).

Avec Elle § Vire autour du même bol

“Notre projet de fusion avec la coopérative Elle § Vire qui sera proposé lors de nos assemblées générales en juin prochain offre une opportunité pour donner de nouvelles perspectives à nos exploitations”. Rémi Pelhate, président de la filière lait d'AGRIAL s'est félicité de ce projet en cours d'aboutissement. “La production laitière, créatrice d'emplois et de valeur ajoutée, doit être l'un des piliers de l'économie de la région Grand Ouest”. La nouvelle entité pèsera 900 millions de litres et deviendra alors un acteur régional de premier plan. Mais face aux enjeux de demain, certains considèrent que l'ensemble des coopératives laitières de Normandie ne devrait, à terme, faire qu'un.

Délicelait en quelques mots

Délicelait est une PME normande indépendante créée en 1992 et spécialisée dans la fabrication de produits laitiers pour les industriels de l'agroalimentaire et pour les professionnels de la restauration et de la pâtisserie. Elle propose une gamme de crème, lait concentré, yaourt, préparations laitières... Basée à Moyon (50) et comptant 24 employés, elle réalise un chiffre d'affaires de 38 Me et transforme 100 millions de litres de lait par an.

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1480

Au terme de l'année 2010, le nombre d'adhérents est de 1 480 (dont 22 jeunes installés) contre 1 522 fin 2009, soit une diminution de 2,8 % des exploitations. Cette tendance se ralentit. La livraison moyenne par point de collecte est de 337 374 litres.

503 millions

La collecte 2010 a retrouvé du dynamisme. Les adhérents ont apporté 503 millions de litres soit 6,2 % de plus qu'en 2009. Dans le cadre des harmonisations et de la collecte pour tiers, AGRIAL a collecté 580 millions de litres qui ont été livrés sur les sites industriels du Groupe Bongrain/CLE. Avec l'apport d'Elle § et Vire, la collecte atteindra les 900 millions.

98,6 %

Les résultats de la qualité sont sensiblement équivalents à ceux de l'année 2009. 98,6 % du lait est classé en référence. Les quelques mauvais résultats rencontrés sont souvent dus à des acccidents plutôt qu'à une réelle difficulté de maîtrise de ce critère qualité.

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2,643 millions de km

Les moyens opérationnels lait à AGRIAL, ce sont 80 chauffeurs et 30 véhicules qui réalisent 2,643 millions de km par an. Mais, depuis 2006, on a économisé 800 000 km/an pour des volumes collectés plus importants.

Source Réussir l'Agriculteur Normand

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