Agriculture : David Sève, arboriculteur dans le Gard : « la situation est catastrophique »

B.BOUCHOT d'après AFP

Il y a plus qu'urgence parce que la situation est catastrophique », affirme David Sève, arboriculteur dans le Gard quelques heures avant l'ouverture au ministère de l'Agriculture d'une réunion technique sur les aides à apporter à la filière fruits et légumes.

Nombre d'exploitations en baisse

Les arbres fruitiers de David Sève couvrent une quarantaine d'hectares le long du Rhône, à Beaucaire.

Les cerises, par exemple, se sont vendues cette année environ 40 centimes d'euros au kilo en dessous du prix de revient. « C'est toute l'arboriculture qui est touchée. La pêche, la cerise, la tomate, aujourd'hui ces trois productions sont exsangues », affirme M. Sève. Pour les abricots, dont il a ramassé environ 150 tonnes, le prix de vente a été équivalent au coût de revient. Quant aux pommes, dont la saison commence, les perspectives n'incitent pas à l'optimisme: la Royal Gala part à 65 centimes d'euros le kilo, calibré et conditionné, pour un coût de revient là aussi équivalent. « On travaille à zéro », commente David Sève, dont l'exploitation tient grâce à 40 ha de céréales.

Dans le Gard, en dix ans, souligne-t-il, le nombre d'exploitants en fruits et légumes a chuté de 50%, et les surfaces d'environ 30%. Et aujourd'hui, « vous avez 20% des exploitants en redressement judiciaire », poursuit-il.

La pêche et la nectarine sont d'autres productions en grande difficulté, témoigne Aurélie Pascal, une exploitante de Saint-Féliu d'Amont, (Pyrénées-Orientales). A environ 1,10 euro le kilo de pêches, conditionné, « on est en-dessous du coût de revient », assure-t-elle. David Sève, lui, a préféré arracher il y a sept ans ses 17 hectares de pêches et de nectarines, pourtant « on n'a pas de problème de débouchés ». A ses yeux, « si on en est arrivé là, c'est en raison d'une concurrence déloyale et du monopole de la grande distribution ».

Les raisons de la crise

La concurrence de l'Espagne est pointée du doigt. L'Espagne « produit 40% des fruits et légumes en Europe » et les coûts de production - et notamment les salaires et charges sociales qui constituent en France environ 60% du coût de revient d'une pêche, selon Aurélie Pascal - y sont nettement inférieurs à ceux de l'Hexagone. Les importations tirent ainsi les prix vers le bas, constatent les deux producteurs, tous deux membres des Jeunes agriculteurs.

Quant à la grande distribution, « à six ou sept (enseignes), ils font la pluie et le beau temps », constate David Sève. Sur la question du remboursement, sur injonction de l'Union européenne, de 500 millions d'euros d'aides publiques versées entre 1992 et 2002 aux producteurs de fruits et légumes, l'arboriculteur estime que c'est à l'Etat qui les a versées, de prendre ses responsabilités.

Ce qu'attendent les producteurs

David Sève veut des mesures d'urgence, radicales, parmi lesquelles un encadrement des marges réalisées par la grande distribution avec le principe du « coefficient multiplicateur »: « Vous achetez un euro, vous ne pouvez pas vendre plus de 1,5 ou 2 euros », explique-t-il, soulignant que « si les prix versés aux producteurs sont bas, ils le seront pour les consommateurs. Cela permettrait d'écouler la production ». Il faut aussi des mesures sur les cotisations sociales - « une année blanche », espère Aurélie Pascal -, sur les remboursements d'emprunts ou les questions de réassurance à l'exportation.

Source AFP

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