Agriculture de précision : comme un oiseau dans le ciel

Marine Suteau

Daniel et Didier Rupaud avec le technicien tenant le drone agricole qui a cartographié une parcelle de 8 ha de colza.
Daniel et Didier Rupaud avec le technicien tenant le drone agricole qui a cartographié une parcelle de 8 ha de colza.

Les prises de vue aérienne sont désormais au service de l’agriculture de précision. La chambre d’agriculture met à disposition des outils innovants à travers le service MesDron’im@ges. Décollage sur colza à Ligné.

260 hectares de colza ont déjà été « photographiés » par le drone aux ailes noires et jaunes. Cet objet agricole nouvellement identifié dans le paysage de Loire-Atlantique répond à une demande économique et écologique. « Nous sommes tous embarqués dans cette agriculture écologiquement intensive » déclare Jacques Lemaitre, président de la chambre d’agriculture, « les institutions se doivent de soutenir les évolutions en agriculture et d’intégrer les attentes de la société en matière de sécurisation des produits notamment. Faisons confiance à la modernité. » Chose dite, chose faite.

Après un vol de 5 minutes au-dessus de la parcelle de 8 ha de colza, le drone agricole a enregistré des centaines d’images. Elles seront retraitées pour déterminer la biomasse du colza, élément clé dans l’apport d’engrais. « Ce premier vol officie de test pour notre exploitation », explique Daniel Rupaud, agriculteur ayant sollicité le service MesDron’im@ges. « Le vol de drone est très rapide, contrairement aux anciennes techniques de relevés. Cette démarche rentre dans une stratégie de recherche de marge, sans oublier l’aspect environnemental. » Depuis le passage du drone, il a effectué son premier apport azoté, en ajustant les doses en fonction de l’interprétation des images de sa parcelle de colza.

800 g dans les airs

Ciblé au-dessus de la parcelle, le drone effectue son vol en la divisant en bandes. L’entreprise Airinov, chargée de réaliser les prestations de drone, décrit le fonc­tionnement de l’appareil. « Con­struit en polypropilène (EPP), le drone est conçu pour être à la fois léger, souple et résistant. Quatre capteurs situés sous le drone effectuent les photographies destinées aux systèmes d'interprétation. Nous avons travaillé en partenariat avec l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) dans la conception des capteurs », explique Romain Fa­roux, directeur commercial de l’entreprise Airinov. Lors de sa prestation au Gaec des trois moulins chez Daniel et Didier Rupaud, il a volé à 150 mètres du sol. Les yeux rivés au ciel, le public suit tous les mouvements du drone. À la fin de l’exercice, les capteurs ont enregistré des centaines d’images, avec une précision à 2 cm environ. Restent à interpréter les données produites par cette technologie, et c’est ce que propose le service MesDron’im@ges.

Valorisation des parcelles

Pourquoi le colza ne pousse pas uniformément ? Où en est la croissance du blé ? Les interprétations des clichés du drone permettent de répondre à ces questions. Les données de biomasse entrent dans le pilotage de la fertilisation du colza. « Nous nous positionnons sur une nouvelle prestation. Le drone effectue deux passages au-dessus de la même parcelle, l’un en entrée d’hiver, l’autre en sortie d’hiver. Le capteur du drone mesure la lumière reflétée par le feuillage des cultures, indicateur de l’état de développement du couvert végétal. Les relevés ainsi effectués sont retranscrits en cartes de biomasse. Après interprétation des clichés, nous effectuons un conseil auprès de l'agriculteur. Sur cette parcelle de colza, nous savons exactement où apporter de l'engrais pour éviter la sur-fumure qui ne sert à rien et la sous-fumure qui réduit les rendements. En moyenne, il faut tabler sur une économie de 70 € par ha », explique David Leduc, conseiller à la chambre d'agriculture en charge de MesDron'im@ges. Le délai devrait se raccourcir à une semaine, entre la prise de vue par le drone et le conseil du technicien de la chambre d'agriculture.

Autre facilité pour l'agriculteur, la transmission des données via l'outil de gestion MesP@rcelles. Celles-ci peu­vent directement s'intégrer au GPS du tracteur. La boucle est bouclée. La chambre d'agriculture ne compte pas s'arrêter au colza. « Nous sommes aujourd’hui en calibrage pour d’autres cultures comme le blé qui nécessite plus d’informations agronomiques. Les perspectives sont aussi ouvertes à d'autres grandes cultures. Tout est une question de paramétrage et de développement », résume Alain Airiaud, directeur de la production végétale. La chambre d'agriculture conduit actuellement quatre essais sur des parcelles de référence. Les prestations de service sur blé devraient débuter en 2015.

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